L’armée américaine a annoncé samedi avoir lancé de nouvelles frappes aériennes contre l’Iran afin de «punir rapidement» les Gardiens de la révolution iraniens pour une attaque en Jordanie qui a coûté la vie à deux militaires américains, fait un disparu et quatre blessés nécessitant une hospitalisation.
Ces frappes visaient à réduire davantage la capacité de l’Iran à entraver le trafic pétrolier dans le détroit d’Ormuz, a expliqué le Commandement central américain. Avant la guerre, cette voie maritime représentait environ 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole.
Ces nouvelles frappes interviennent après que l’armée américaine a annoncé ses premiers décès de soldats américains dus à des tirs iraniens directs depuis le début du conflit, après une attaque de drones et de missiles contre une base en Jordanie vendredi. Les victimes n’ont pas été identifiées.
Depuis le début du conflit, 16 militaires américains ont été tués et plus de 430 blessés.
Quelques minutes avant l’annonce par les États-Unis des décès de soldats, samedi matin, le guide suprême iranien a mis en garde contre des «leçons inoubliables» si les États-Unis poursuivaient leurs attaques contre la République islamique.
Ces propos, diffusés à la télévision d’État et attribués à Mojtaba Khamenei, qui n’est toujours pas apparu à l’écran depuis le début de la guerre, ont également qualifié la signature du président Donald Trump de «sans valeur et invalide».
Un négociateur iranien a annoncé que Téhéran suspendait ses engagements relatifs à l’accord intérimaire signé il y a environ un mois et visant à mettre un terme définitif aux combats.
Ces déclarations de Téhéran ont rompu un autre lien fragile, alors que la guerre ne semble pas près de se terminer. M. Khamenei met désormais en garde contre les «leçons» à tirer non seulement de l’Iran, mais aussi de ses alliés armés dans la région, qu’il qualifie d’«Axe de la Résistance».
Les États-Unis ont donné une alerte aux voyages internationaux en raison de la montée des tensions.
L’élargissement des frappes menace désormais les civils et les infrastructures, notamment les usines de dessalement d’eau potable, tandis que l’économie mondiale est de nouveau en alerte.
Les États-Unis ont violé leurs engagements au titre de l’accord et l’Iran «ne les respecte plus», a dit Kazem Gharibabadi, vice-ministre iranien des Affaires étrangères, à la télévision d’État.
Aucune nouvelle information n’a été communiquée concernant les efforts de médiation.
Les soldats américains face à des risques croissants
Le dernier décès enregistré d’un militaire américain était celui d’un pilote d’hélicoptère qui s’est écrasé en mer d’Arabie au début du mois.
Au début du conflit, une frappe de drone iranienne contre un centre de commandement au Koweït a tué six soldats. Un soldat est mort lors d’une attaque contre une base en Arabie saoudite. Six autres ont péri dans l’écrasement d’un avion ravitailleur en Irak.
Samedi, les dégâts les plus importants causés par les frappes iraniennes ont été enregistrés au Koweït, où une usine de dessalement d’eau et une installation pétrolière ont été touchées, selon les autorités koweïtiennes et la Kuwait Petroleum Corporation.
Ces dernières ont refusé de préciser les emplacements. Il s’agissait de la deuxième attaque en deux jours contre une usine de dessalement dans ce petit pays désertique qui dépend du dessalement pour 90 % de son eau potable.
Les frappes ont blessé plusieurs personnes sur le site pétrolier et provoqué un incendie à l’usine de dessalement, entraînant l’arrêt de plusieurs groupes électrogènes.
Plusieurs pompiers et un ouvrier ont été blessés en luttant contre deux autres incendies déclenchés par des frappes iraniennes, selon les pompiers koweïtiens.
Le Koweït a brièvement fermé son espace aérien en raison de menaces de missiles, et Kuwait Airways a annoncé le report de la plupart de ses vols à destination et en provenance de la capitale.
Parallèlement, l’Irak a indiqué avoir abattu des drones d’attaque au-dessus d’Erbil.
L’agence de presse officielle jordanienne Petra a indiqué que les systèmes de défense aérienne du royaume avaient intercepté des missiles iraniens, tandis que les sirènes d’alerte ont retenti à plusieurs reprises à Bahreïn tout au long de la journée et en Arabie saoudite dans la matinée, selon leurs gouvernements respectifs.
Le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG), Jasem Mohamed al-Budaiwi, a accusé l’Iran de crimes de guerre pour ses frappes contre des infrastructures et des installations civiles.
Infrastructures touchées en Iran
Le Commandement central américain a déclaré samedi matin que ses frappes, menées pour la septième nuit consécutive, avaient ciblé des «sites de surveillance, des infrastructures logistiques militaires, des dépôts d’armes souterrains et des capacités maritimes».
Des frappes aériennes américaines ont touché une centrale électrique et une usine de dessalement dans la province d’Hormozgan, au sud de l’Iran, a rapporté la télévision d’État iranienne.
L’agence de presse officielle IRNA a indiqué que l’usine de dessalement de Bonji avait été détruite, privant d’eau potable environ 10 000 personnes, et qu’une autre usine de dessalement située sur l’île stratégique de Qeshm, à l’intérieur du détroit, avait été endommagée.
Selon IRNA, les frappes nocturnes ont endommagé deux tunnels et un pont, interrompant la circulation sur une autoroute principale menant à Bandar Abbas, principal port iranien situé près de l’endroit le plus étroit du détroit.
L’agence a précisé que trois ponts avaient été touchés samedi, dont un sur la route de Bandar Abbas.
L’Iran a reconnu pour la première fois vendredi des «attaques contre ses infrastructures électriques» lors des frappes aériennes américaines, tandis que son ministère de l’Énergie exhortait la population des provinces du sud, «en proie à des chaleurs extrêmes», à réduire sa consommation d’électricité. Il n’a pas précisé les infrastructures touchées.
Les autorités iraniennes ont déclaré qu’au moins 50 personnes avaient été tuées et plus de 500 blessées lors des frappes américaines des trois dernières semaines, dont 8 tuées vendredi lors d’une frappe sur un pont.
L’Iran et les É.-U. se disputent le détroit
L’Iran a de facto fermé le détroit à la navigation après le début du conflit, après les frappes américaines et israéliennes du 28 février. Cette situation confère à Téhéran un important levier de négociation.
L’Iran affirme que le détroit doit être sous son contrôle exclusif et que les navires doivent s’acquitter de droits de passage, bien que la communauté internationale le considère depuis des décennies comme une voie navigable internationale.
Ces derniers jours, l’Iran a tiré sur des navires et le trafic maritime a chuté à son plus bas niveau en trois semaines, selon un organisme international de suivi du transport maritime.
Donald Trump a repris ses menaces de cibler les centrales électriques et les ponts iraniens afin de contraindre Téhéran à relâcher son emprise.
La semaine dernière, les États-Unis ont rétabli un blocus naval sur les ports iraniens pour stopper les exportations de pétrole brut.
Samedi, l’armée américaine a annoncé avoir dérouté cinq navires et en avoir neutralisé un depuis lors.
Avant le début du conflit, les États-Unis étaient en pourparlers avec l’Iran au sujet de son programme nucléaire.
M. Trump subit désormais des pressions politiques pour mettre fin à la guerre et éviter un conflit prolongé au Moyen-Orient, conflit qu’il avait combattu durant sa campagne.
