Conflit au Moyen-Orient

Le Canada juge les frappes sur l’Iran «contraires au droit international»

«De prime abord, cela semble ne pas être conforme, ou être contraire au droit international.»

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Le premier ministre Mark Carney répond à une question alors qu'il participe à une table ronde au Lowy Institute à Sydney, en Australie, le mercredi 4 mars 2026. Le premier ministre Mark Carney répond à une question alors qu'il participe à une table ronde au Lowy Institute à Sydney, en Australie, le mercredi 4 mars 2026. (Adrian Wyld)

Le premier ministre canadien Mark Carney a jugé mercredi que les frappes américano-israéliennes contre l’Iran «semblaient de prime abord être contraires au droit international», au deuxième jour d’une visite en Australie d’où il a appelé à une «désescalade rapide».

Lors d’une réunion au Lowy Institute, un groupe de réflexion basé à Sydney (sud-est), M. Carney a déclaré que le Canada se réjouissait des mesures visant à changer le régime iranien, qu’il a qualifié de «principale source d’instabilité et de terrorisme» au Moyen-Orient.

«De prime abord, cela semble ne pas être conforme, ou être contraire au droit international», a-t-il cependant déclaré, tout en concédant : «C’est à d’autres qu’il appartient d’en juger. Je ne suis pas juriste, et encore moins expert en droit international».

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Le dirigeant canadien est devenu l’une des voix les plus influentes au niveau mondial pour critiquer le président américain Donald Trump, à qui il s’est fréquemment opposé. M. Trump a menacé avec insistance d’annexer le Canada et imposé des droits de douane exorbitants au pays.

Lors d’un discours très suivi à Davos (Suisse) pour le Forum économique mondial en janvier, M. Carney avait estimé que l’ordre mondial des décennies passées était «fracturé» et appelé les «puissances moyennes» à s’unir face aux forces «hégémoniques».

Mercredi, l’ancien banquier central a estimé que le conflit au Moyen-Orient était «un nouvel exemple de la faillite de l’ordre mondial».

«Nous implorons toutes les parties, y compris les États-Unis et Israël, de respecter les règles d’engagement internationales», a-t-il lancé.

«Le Canada appelle à une désescalade rapide des hostilités et est prêt à aider à atteindre cet objectif», a-t-il ajouté, avant de marteler : «Le Canada réaffirme que le droit international s’impose aux belligérants».

«Regrets» de Carney

Les États-Unis et Israël ont lancé leur attaque tôt samedi, tuant rapidement le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, deux jours après que des émissaires américains se soient entretenus avec l’Iran à Genève (Suisse) au sujet d’un accord nucléaire.

Depuis, l’Iran intensifie ses tirs de missiles et de drones de représailles à travers le Moyen-Orient, frappant mardi un consulat et une base américains, tandis que les États-Unis et Israël affirment avoir pilonné des sites stratégiques à Téhéran.

Le conflit régional a également des conséquences de plus en plus graves pour le Liban, où le Hezbollah, mouvement armé chiite longtemps soutenu par Téhéran, a lancé des drones et des roquettes sur Israël en représailles à l’assassinat de l’ayatollah Khamenei.

Samedi, après le début de l’opération militaire israélo-américaine, M. Carney avait assuré les États-Unis du soutien du Canada, estimant que l’Iran avait échoué à démanteler son programme nucléaire et à cesser de soutenir des groupes armés.

Mercredi, il a cependant exprimé ses «regrets» que les efforts internationaux n’aient pas réussi à désarmer l’Iran.

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«Les États-Unis et Israël ont agi sans saisir les Nations unies ni consulter leurs alliés, y compris le Canada», a-t-il souligné.

Mark Carney doit rencontrer jeudi son homologue australien Anthony Albanese et s’adresser au Parlement dans la capitale Canberra.

Sa visite en Australie vise à attirer des investissements et approfondir les liens avec le pays d’Océanie.

Mark Carney n’a de cesse de répéter depuis des mois que le monde est devenu de plus en plus dangereux et que les États-Unis ne sont plus un partenaire fiable. Il a fait de la réduction de la forte dépendance de son pays à l’égard de l’économie américaine la pièce maîtresse de sa politique économique extérieure.

Le bureau d’Anthony Albanese a présenté Mark Carney comme un dirigeant partageant les mêmes idées que le premier ministre australien et a déclaré que son déplacement serait axé sur la sécurité économique et les minerais critiques, dont l’Australie regorge, ainsi que sur la défense.

«Alors que nos pays sont confrontés à de nouveaux défis et opportunités, nous devons approfondir notre coopération avec nos partenaires afin de promouvoir nos intérêts nationaux», avait expliqué M. Albanese la semaine dernière.