🌍 Conflit au Moyen-Orient

Israël refuse de voir le conflit israélo-palestien «importé» en Thaïlande

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Sondhi Limthongkul, propriétaire d'un groupe de presse et militant politique, s'adresse à une foule de partisans qui réclament la fin des prétendus accaparements de terres par des étrangers, devant l'ambassade d'Israël à Bangkok, en Thaïlande, le jeudi 10 septembre 2026. Sondhi Limthongkul, propriétaire d'un groupe de presse et militant politique, s'adresse à une foule de partisans qui réclament la fin des prétendus accaparements de terres par des étrangers, devant l'ambassade d'Israël à Bangkok, en Thaïlande, le jeudi 10 septembre 2026. (Sakchai Lalit/AP Photo/Sakchai Lalit)

Israël ne veut pas voir le conflit israélo-palestinien «importé» en Thaïlande, a affirmé mardi à l’AFP son ambassadrice dans le pays d’Asie du Sud-Est, dont la réputation accueillante est mise à mal par de récents incidents et manifestations teintées d’antisémitisme.

«Il m’est encore très difficile d’employer le mot “antisémite” ici, en Thaïlande», a dit Alona Fisher-Kamm. «C’est vraiment, vraiment très éloigné de leur mentalité, de leur tolérance et de leur façon de voir les choses».

À plusieurs reprises ces dernières semaines, des manifestants se sont rassemblés sous les fenêtres de son ambassade, dans le centre de Bangkok, pour crier leur mécontentement envers les Israéliens.

Lors du dernier rassemblement, mené par le leader du mouvement ultra-royaliste des «chemises jaunes» Sondhi Limthongkul, certains brandissaient des pancartes «Dehors les Juifs» ou «Vous les Juifs ne comprenez pas la culture thaïlandaise, alors dégagez».

Des manifestants brandissant des pancartes participent à une manifestation réclamant la fin de ce qu'ils qualifient d'accaparement de terres par des étrangers, devant l'ambassade d'Israël à Bangkok, en Thaïlande, le 10 septembre 2026. Des manifestants brandissant des pancartes participent à une manifestation réclamant la fin de ce qu'ils qualifient d'accaparement de terres par des étrangers, devant l'ambassade d'Israël à Bangkok, en Thaïlande, le 10 septembre 2026. (Sakchai Lalit)

Des manifestations ont également eu lieu sur l’île touristique de Phuket, où un dîner organisé pour célébrer Rosh Hashanah, le Nouvel an juif, a été annulé à la dernière minute par crainte de violences.

Le rabbin Yehuda Kaploun, responsable de la lutte contre l’antisémitisme au Département d’État américain, s’est dit sur X «profondément préoccupé par la montée de la rhétorique antisémite en Thaïlande».

«Décalage culturel»

Les manifestants dénoncent des incivilités répétées selon eux de touristes israéliens, qui ne respecteraient pas toujours les coutumes locales.

«Je pense qu’il existe une forme de décalage culturel», a reconnu Alona Fisher-Kamm, évoquant «des cas de manque de respect» ou de «comportements inappropriés».

Plusieurs commerces ont décidé de fermer leurs portes aux Israéliens, comme ce parc animalier de l’île de Koh Samui dont le gérant français est aujourd’hui sous le coup d’une d’expulsion.

Les Israéliens, parmi d’autres nationalités, sont également accusés de contourner, par l’intermédiaire de prête-noms thaïlandais, les restrictions imposées aux étrangers pour l’acquisition de foncier ou l’exploitation d’entreprises.

Plusieurs affaires relayées par les médias thaïlandais ont récemment alimenté la polémique, notamment celle d’une école illégale sur l’île de Koh Phangan — surnommée la «petite Tel Aviv» — ou d’un celle d’un cimetière juif qui aurait inhumé des corps après l’expiration de sa licence.

«Il existe une sorte de campagne sur les réseaux sociaux qui cherche à créer une rupture entre les Israéliens et les Thaïlandais», a estimé l’ambassadrice.

Elle a été reçue la semaine dernière au ministère thaïlandais des Affaires étrangères pour évoquer «les mesures à prendre afin de limiter ces incidents» et «veiller à ce que le conflit au Moyen-Orient ne soit pas importé ici».

Les défis de l’accord sur le désarmement du Hamas et un retrait israélien de Gaza Voyez le compte-rendu de la situation de Juliette Poireau.

Règles de bonne conduite

«Les touristes sont les bienvenus en Thaïlande, mais cela ne veut pas dire, quelle que soit leur nationalité, qu’ils peuvent y faire ce qu’ils veulent», a déclaré après leur rencontre le chef de la diplomatie thaïlandaise Sihasak Phuangketkeow.

«Ce que nous voulons éviter, c’est que (…) cela finisse par affecter les relations entre nos deux pays», a-t-il ajouté, rappelant qu’un accord bilatéral permettait à des dizaines de milliers de Thaïlandais de travailler en Israël, notamment dans l’agriculture.

L’ambassade d’Israël a édité des brochures en hébreu rappelant les règles de bonne conduite, diffusées sur les réseaux sociaux et distribuées par les services consulaires, les structures communautaires, les compagnies aériennes ou les agences de voyage.

Plus de 420 000 Israéliens — plus de 4% de la population — ont visité l’an dernier la Thaïlande, une destination particulièrement prisée des jeunes au terme de leur service militaire obligatoire.

«C’est un pays magnifique. Les gens sont tolérants, chaleureux, intelligents et accueillants, y compris envers les Israéliens», a souligné Alona Fisher-Kamm.

«Ce n’est un secret pour personne, l’Europe n’est peut-être plus aussi attrayante qu’auparavant pour les touristes israéliens», a-t-elle relevé. «Ils essaient d’être aussi loin que possible du conflit».