Le président ukrainien Volodymyr Zelensky estime ces mesures prises par son ancien ministre de la Défense, Mykhailo Fedorov, notamment sa participation à des manifestations de grande ampleur et ses appels à la tenue d’élections, étaient malavisées.
M. Zelensky a exposé publiquement pour la première fois des détails sur leur dispute.
Tout en faisant allusion aux dépenses du ministère, il a mentionné que celui-ci avait fourni des informations inexactes qui auraient contribué à une rencontre délicate avec le président américain Donald Trump au sujet de l’utilisation de Starlink en Russie.
M. Zelensky a souligné des données mettant en lumière la pénurie croissante de missiles de défense aérienne Patriot dont l’Ukraine a besoin pour contrer les attaques balistiques russes, les livraisons des alliés occidentaux ayant diminué au cours des trois dernières années alors même que les frappes de missiles russes s’intensifiaient.
Il a toutefois reconnu les progrès réalisés sur les champs de bataille, faisant valoir que les forces ukrainiennes avaient presque entièrement repris la région de Dnipropetrovsk, dont seuls environ 10 kilomètres carrés restent sous contrôle russe.
Il a tenu ces propos samedi lors d’une réunion de deux heures à huis clos avec des journalistes, dont la transcription a été publiée dimanche.
Ses commentaires ont abordé un large éventail de sujets, allant des derniers développements sur le champ de bataille aux efforts visant à contrer les attaques balistiques russes, en passant par l’état d’avancement des négociations de paix, les défis budgétaires de l’Ukraine et la tourmente politique entourant la destitution de M. Fedorov.
«J’avais vraiment, et j’ai toujours, une attitude très positive envers Mykhailo [Fedorov]. Nous avons traversé beaucoup d’épreuves ensemble. Mais je crois qu’il s’engage lui-même, ou qu’on le pousse, dans de mauvaises voies», a-t-il déclaré.
M. Fedorov, ministre populaire à qui l’on attribue la modernisation des forces armées ukrainiennes et l’accélération de l’adoption par l’armée des technologies et de la guerre des drones, a été limogé le mois dernier après s’être, selon certaines sources, brouillé avec le commandant en chef des forces armées du pays. Son limogeage a déclenché des manifestations de masse qui ont duré plusieurs semaines, mais qui n’ont finalement pas réussi à faire revenir le gouvernement sur sa décision. M. Fedorov a ensuite appelé à la tenue d’élections dans un discours vidéo.
Le président a dit avoir proposé à M. Fedorov quatre options différentes pour qu’il puisse continuer à travailler au sein du gouvernement. Celui-ci les a rejetés ces quatre propositions.
M. Zelensky a également réagi face aux manifestants contre l’ancien chef de l’armée Oleksandr Syrskyi, qu’il a démis de ses fonctions, et contre l’actuel ministre de la Défense, le général de division Yevhen Khmara, estimant qu’ils étaient allés trop loin.
«Peut-être que certains n’apprécient pas Syrskyi pour une raison ou une autre. Mais les slogans “Syrskyi est le diable, Khmara est le diable”? Écoutez, c’est trop. Vous comprenez ? En principe, on ne peut pas traiter les militaires de cette manière et tolérer cela, d’autant plus que ce sont les militaires qui ont rendu possible la tenue de manifestations pacifiques dans la capitale ukrainienne.»
Le président a également évoqué les fortes pressions financières qui pèsent sur l’effort de défense ukrainien. Il a indiqué que le ministère de la Défense était confronté à un déficit budgétaire de 27 milliards $ après que des décisions de dépenses prises plus tôt dans l’année ont anticipé des fonds initialement prévus pour le second semestre 2026.
Évoquant une enquête pour corruption qui a conduit M. Zelensky à limoger l’un de ses plus hauts responsables cette semaine, il a déclaré que les enquêteurs ne pensaient pas qu’il était impliqué. Les enquêteurs avaient cité un directeur adjoint de la présidence parmi les suspects dans une affaire de blanchiment d’argent.
«Les responsables des agences de lutte contre la corruption n’ont aucune question à me poser. Ils comprennent parfaitement que je ne suis impliqué dans rien de tel. Et c’est important pour moi», a-t-il témoigné.
