Les élections de mi-mandat approchent à grands pas et le premier ouragan de la saison atlantique menace la côte du Golfe.
Mais le président Donald Trump espère vraiment, vraiment que la météo ne l’empêchera pas d’assister à un autre grand match de football universitaire — celui-ci en Alabama, samedi soir.
«Un ouragan et du football? J’adore l’Alabama. Je dois aller voir le match. Ce serait vraiment très difficile», a réagi M. Trump mercredi, lorsqu’on lui a demandé si l’ouragan Isaias — dont la trajectoire prévue fait craindre des répercussions importantes dans certaines régions de l’Alabama, du Mississippi et de la Floride — pourrait modifier ses plans.

M. Trump doit se rendre au stade Bryant-Denny à Tuscaloosa, où l’Alabama accueille la Géorgie dans un match opposant deux équipes du top 10, après un rassemblement prévu dans l’après-midi au Tennessee.
Les responsables discutent toujours de la façon dont la tempête pourrait affecter le match. Mais si cela se produit et que le président américain est présent, ce serait le 10e match de football universitaire auquel il assisterait en tant que président depuis 2017 — y compris le match de fin septembre à Knoxville, où le Texas a battu le Tennessee 20 à 17.
M. Trump a indiqué mercredi aux journalistes : «S’il y a un ouragan, je ne veux rien faire» qui détournerait l’attention des intervenants d’urgence et des forces de l’ordre de la tempête, affirmant qu’il souhaitait que les gens soient en sécurité. «Nous verrons bien», a-t-il ajouté.
Inhabituel de mêler le football avec les élections de mi-mandat
Un président cherchant à donner un coup de pouce à son parti à l’approche des élections de mi-mandat n’envisagerait généralement même pas d’assister à deux matchs de football universitaire si près du jour du scrutin. Mais la passion de longue date de M. Trump pour le sport — et pour les grandes foules — est souvent un facteur déterminant dans son calendrier de déplacements.
Les événements sportifs en direct — en particulier les grands matchs qui attirent des amateurs occasionnels partout au pays — comptent parmi les rares émissions télévisées capables de rassembler encore un large public en temps réel. Mais mêler sport et politique peut s’avérer délicat: M. Trump a été acclamé, mais aussi hué lorsqu’il est apparu sur l’écran géant du Tennessee, bien qu’il se trouve dans un État profondément républicain.
«Je pense que ce qu’ils essaient de faire, c’est de tirer parti de cette diffusion : susciter l’enthousiasme, en particulier chez les jeunes hommes», a expliqué Dan Palazzolo, politologue à l’Université de Richmond, qui a mené des recherches, publié des ouvrages et enseigné sur l’intersection entre la politique et le sport.

Selon M. Palazzolo, le Tennessee et l’Alabama constituent des «bastions sûrs» et M. Trump «considère clairement le sport comme un moyen de créer un lien avec une certaine partie de sa base électorale».
Alors que les présidents se rendent généralement dans les États clés indécis à l’approche des élections, la chute de la cote de popularité de M. Trump signifie que certains candidats républicains pourraient chercher à prendre leurs distances par rapport au conflit contre l’Iran, de plus en plus impopulaire, et à la hausse des prix de l’essence qu’elle a entraînée.
La Maison-Blanche affirme que la présence du président à des matchs de football américain — même dans des États traditionnellement républicains — peut mobiliser ses partisans fidèles partout au pays. Le porte-parole de la Maison-Blanche, Taylor Rogers, a décrit le président comme «le plus grand champion du sport universitaire de l’histoire des États-Unis» et a soutenu que M. Trump avait utilisé ses pouvoirs exécutifs et soutenu les efforts du Congrès pour tenter de réformer la gouvernance de ce sport.
Donald Trump en est maintenant à sa première semaine de ce qu’il a annoncé être une tournée de 32 jours avant le jour du scrutin, le 3 novembre — incluant une visite la semaine dernière en Alabama ainsi que d’autres arrêts au Texas, en Oklahoma, en Ohio et au Nebraska. Au cours des prochaines semaines, sa tournée le mènera notamment en Géorgie, en Caroline du Nord, au Michigan, au Kansas et en Alaska.
Le sport à des fins politiques
Richard Nixon a publiquement mis en avant sa passion farouche pour le football américain afin de «faire la différence sur le plan politique en s’appropriant les valeurs de la classe ouvrière du Midwest», a rapporté M. Palazzolo. Son successeur, Gerald Ford, était un centre hors pair de l’Université du Michigan et a utilisé son passé de joueur comme un élément clé de son style personnel simple et accessible lors de ses campagnes électorales.
Mais M. Trump a fait des événements sportifs un élément central de son deuxième mandat. Ancien propriétaire des New Jersey Generals de l’USFL, Trump a récemment assisté à la Coupe des présidents et s’est rendu en avion à son terrain de golf pour l’Open d’Irlande.
Il était présent à la finale de la Coupe du monde, aux finales de la NBA et au championnat de football de la NCAA, tout en célébrant son 80e anniversaire avec un spectacle de l’UFC sur la pelouse de la Maison-Blanche.

Rien qu’en 2025, Trump s’est rendu au Super Bowl, au Daytona 500, à la Ryder Cup, à un match des Yankees de New York et à la finale masculine de l’Omnium des États-Unis, ainsi qu’à des combats de l’UFC et aux championnats de lutte de la NCAA.
«Cela profite à l’image de marque plus que toute autre chose. Car, selon moi, son image de marque, c’est celle du “passionné de sport”», a mentionné Dave Mowery, un consultant basé en Alabama qui a travaillé sur des campagnes pour les deux partis.
«Je sais que tout est politique», a ajouté M. Mowery. «Mais cela le place presque au-dessus de la politique et en fait ce genre de personne que l’on voit dans la tribune avec le public.»
Dans certains États, il y a un risque de réactions négatives
M. Mowery, un partisan de la Géorgie qui prévoit assister au match de samedi contre l’Alabama, a indiqué qu’une visite présidentielle oblige les partisans à composer avec des mesures de sécurité supplémentaires et à arriver tôt pour prendre place dans les gradins bien avant le début du match.
Il a ajouté que tout le monde sur place ne soutiendra pas Donald Trump, même si peu de gens seront suffisamment frustrés par ces perturbations pour voter pour les démocrates uniquement pour cette raison. Voir le président apparaître sur le tableau d’affichage ou saluer la foule depuis une loge privée ne lui vaudra probablement pas non plus de votes de la part du public, selon le consultant.
M. Palazzolo estime que le fait pour un président de se rendre à un match de football représentait une «perte de temps» alors qu’il n’existe aucune preuve que cela puisse influencer le comportement des électeurs — et il a ajouté que cela risquait de susciter des réactions négatives, en particulier dans certaines régions du pays où le football demeure un sujet bipartisan, «les conservateurs et les libéraux trouvant un terrain d’entente au stade».
M. Mowery a expliqué que la différence entre assister à un grand match dans le Sud et dans d’autres régions du pays réside dans le fait que le football universitaire y est l’attraction principale. Cela contraste avec les matchs de la LNF, qui peuvent attirer davantage de spectateurs dans d’autres États clés, plus au nord.
Il a également ajouté que ce n’est pas un hasard si M. Trump s’en tient à assister aux matchs universitaires les plus prestigieux. «Si le Sports Guy contribue à promouvoir la marque, alors vous voulez vous situer au sommet de cette chaîne alimentaire», a-t-il avancé. «Il veut assister au meilleur match à l’affiche. Il veut se retrouver au sommet des palmarès.»
