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Trump affirme que Taïwan est un «bon atout de négociation» avec Pékin

Le président américain laisse désormais entendre que la question de Taïwan est désormais négociable.

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Le président Donald Trump traverse la pelouse sud de la Maison-Blanche, vendredi 15 mai 2026, à Washington, à son retour de Pékin où il a rencontré le président chinois Xi Jinping. Photo AP/Jacquelyn Martin Le président Donald Trump traverse la pelouse sud de la Maison-Blanche, vendredi 15 mai 2026, à Washington, à son retour de Pékin où il a rencontré le président chinois Xi Jinping. Photo AP (Jacquelyn Martin)

Les récentes déclarations du président américain Donald Trump, selon lesquelles les ventes d’armes à Taïwan constituent un «très bon atout de négociation» dans les relations entre les États-Unis et la Chine, attisent les inquiétudes au sein de cette démocratie insulaire que Pékin revendique comme sienne.

M. Trump a fait cette déclaration lors d’une entrevue accordée à Bret Baier sur Fox News, diffusée juste après que le président américain eut conclu vendredi une visite à haut risque en Chine.

La Chine considère Taïwan comme une province séparatiste, qu’elle est prête à reconquérir par la force si nécessaire. Les États-Unis, à l’instar de tous les pays entretenant des relations officielles avec Pékin, ne reconnaissent pas Taïwan comme un pays, mais constituent le plus fervent soutien et le principal fournisseur d’armes de l’île.

Donald Trump laisse désormais entendre que cette question est négociable.

Interrogé sur la question de savoir s’il approuverait un contrat d’armement de 14 milliards $ destiné à Taïwan, bloqué depuis des mois, M. Trump a répondu que cela dépendait de la Chine.

«Je maintiens cela en suspens et cela dépend de la Chine, a-t-il déclaré. C’est franchement un très bon atout de négociation pour nous. Il s’agit d’une quantité importante d’armes.»

Rencontre Trump-Xi: le bilan d’un sommet sur fond de tensions Par Sabrina Rivet | Le voyage de Donald Trump en Chine a pris fin vendredi. Le président américain et son homologue chinois, XI Jin Ping, ont tenté de s'entendre sur des enjeux majeurs, mais leurs discussions n’ont pas donné lieu à d'avancées majeures dans de grands dossiers.

Les États-Unis sont tenus par leur propre législation de fournir à Taïwan les moyens de se défendre et considèrent toute menace pesant sur l’île comme un sujet de grave préoccupation.

En subordonnant les ventes d’armes américaines à Taïwan à ses négociations avec la Chine, M. Trump risque de contribuer à l’un des «scénarios cauchemardesques» de l’île, a déclaré William Yang, expert principal pour l’Asie du Nord-Est à l’International Crisis Group: que Taïwan, au lieu d’être à la table des négociations, se retrouve sur la table.

Bien que le président américain n’ait pas précisé ce qu’il attendrait de la Chine en échange du refus de fournir des armes à Taïwan, il fait pression sur Pékin pour que ce pays achète davantage de produits américains et aide à faire pression sur l’Iran.

M. Trump et le Congrès américain ont déjà approuvé en décembre un autre programme de ventes d’armes à Taïwan d’un montant de 11 milliards $. Pékin a réagi avec virulence en organisant des exercices de tir réel autour de l’île.

La Chine a mis en garde contre des «affrontements»

La Chine a présenté Taïwan comme étant «la question la plus importante dans les relations sino-américaines» lors du récent sommet entre le président chinois Xi Jinping et Donald Trump. Cette visite sera suivie la semaine prochaine d’un déplacement du président russe Vladimir Poutine à Pékin.

Dans l’une de ses déclarations les plus fermes à ce jour, M. Xi a mis en garde jeudi les États-Unis contre des «affrontements, voire des conflits» si la question de Taïwan n’était pas traitée correctement.

Samedi, la présidence taïwanaise a cherché à apaiser les tensions en soulignant «que les politiques et positions constantes des États-Unis à l’égard de Taïwan restaient inchangées».

«La République de Chine est un pays souverain, indépendant et démocratique; cela va de soi, et les revendications de Pékin sont donc sans fondement», a affirmé la porte-parole du bureau présidentiel, Karen Kuo, employant le nom officiel de Taïwan. Elle a ajouté que l’île restait reconnaissante envers M. Trump pour son soutien et a souligné que les ventes d’armes américaines à Taïwan étaient prévues par la loi.

Trump veut attirer les fabricants de puces électroniques

Une autre déclaration qui a suscité des inquiétudes sur l’île a été l’appel lancé par M. Trump au secteur taïwanais des microprocesseurs — le plus grand et le plus avancé au monde — pour qu’il plie bagage et s’installe aux États-Unis.

«J’aimerais voir tous ceux qui fabriquent des puces à Taïwan venir aux États-Unis», a affirmé le président à Fox News, qualifiant une telle initiative de «meilleure chose que l’on puisse faire».

Il fait depuis longtemps pression sur les fabricants de puces taïwanais, qui produisent plus de 90% des puces les plus avancées au monde, utilisées pour l’intelligence artificielle, les téléphones intelligents et les équipements militaires, afin qu’ils implantent une partie de leur production aux États-Unis.

Le premier fabricant de puces de Taïwan, TSMC, s’est engagé à investir 165 milliards $ dans un méga-campus en Arizona. Le gouvernement de l’île, dans le cadre d’un accord commercial de grande envergure conclu avec les États-Unis plus tôt cette année, s’est engagé à investir 250 milliards $ dans le secteur américain des micro-puces, ce qui inclut l’engagement précédent de TSMC.

M. Trump a également réitéré d’anciennes accusations selon lesquelles Taïwan aurait «volé» son secteur de la fabrication de puces aux États-Unis il y a plusieurs décennies.

Trump semble adhérer au discours de Xi sur Taïwan

Si, lors de son sommet avec M. Xi, M. Trump n’a pas modifié la formulation de la politique américaine sur Taïwan — ce que de nombreux observateurs craignaient qu’il fasse —, il a toutefois semblé adopter une partie du discours du président chinois concernant le gouvernement de l’île.

Pékin a qualifié le président taïwanais Lai Ching-te de «partisan acharné de l’indépendance de Taïwan» et a averti qu’il apporterait la guerre et la destruction sur l’île.

Le président américain et d’autres hauts responsables américains ne communiquent généralement pas avec les dirigeants taïwanais, mais ils ont manifesté leur soutien par le passé, par exemple en autorisant l’ancienne présidente taïwanaise Tsai Ing-wen à faire escale sur le sol américain lors de son voyage vers des pays d’Amérique latine. M. Lai, qui s’apprête à fêter ses deux ans à la présidence, n’a toujours pas mis les pieds sur le continent américain, ce que certains observateurs ont interprété comme un recul du soutien de l’administration Trump.

Dans son entrevue accordée à Fox News, M. Trump a souligné qu’il ne souhaitait pas voir le statu quo entre Taïwan et Pékin changer. «Mais ils ont là-bas quelqu’un qui veut faire sécession», a-t-il soutenu, faisant probablement référence à M. Lai.

«Ils veulent devenir indépendants parce qu’ils veulent entrer en guerre et qu’ils pensent avoir les États-Unis derrière eux», a-t-il ajouté, en maintenant qu’il ne cherchait pas à mener une guerre à des milliers de kilomètres de l’Amérique.

Les déclarations inquiétantes de M. Trump au sujet de Taïwan pourraient être un autre exemple de «sa rhétorique transactionnelle poussée à l’extrême, a relevé Wen-Ti Sung, chercheur à l’Atlantic Council. Ce qui importe davantage, c’est le fond, et Taïwan retient son souffle à ce sujet.»