International

L’IA se déchaîne sur le tireur présumé du dîner des correspondants de la Maison-Blanche

Publié le 

De gauche à droite : Cole Allen, 31 ans, apparaît sur cette photo non datée, tandis que des agents des services secrets américains entourent le président Donald Trump, troisième à partir de la gauche, alors qu'il est évacué de la scène à la suite d'une fusillade survenue à l'extérieur de la salle de bal lors du dîner des correspondants de la Maison-Blanche, le samedi 25 avril 2026, à Washington. (AP Photo/Mark Schiefelbein) De gauche à droite : Cole Allen, 31 ans, apparaît sur cette photo non datée, tandis que des agents des services secrets américains entourent le président Donald Trump, troisième à partir de la gauche, alors qu'il est évacué de la scène à la suite d'une fusillade survenue à l'extérieur de la salle de bal lors du dîner des correspondants de la Maison-Blanche, le samedi 25 avril 2026, à Washington. (AP Photo/Mark Schiefelbein)

Dans le monde réel, Cole Tomas Allen est le trentenaire accusé d’avoir tenté d’assassiner Donald Trump. Sur les réseaux, c’est un visage désormais reproduit dans toutes sortes de fakes, grâce aux possibilités exponentielles de l’intelligence artificielle.

Samedi dernier, cet homme de 31 ans originaire de Californie a fait intrusion au dîner de l’Association des correspondants de la Maison-Blanche, entraînant l’évacuation du président américain et de hauts responsables de son administration.

À peine quelques heures après, des images générées par l’IA le montraient sur Facebook aux côtés de célébrités dont il serait l’«ancien chauffeur», «l’assistant» ou un «membre de l’équipe de production».

L’AFP a trouvé plus de 50 personnalités associées à tort au tireur, des acteurs Tom Hanks et Sydney Sweeney aux musiciens Chris Brown et Taylor Swift. En passant par l’ancien président Barack Obama, le pape Léon XIV et la présentatrice de NBC News Savannah Guthrie.

Fusillade au dîner des correspondants: le suspect a exprimé son mécontentement envers Trump dans des lettres L’homme accusé d’avoir ouvert le feu lors du dîner de l’Association des correspondants de la Maison-Blanche a vivement critiqué les politiques de l’administration Trump et s’est qualifié d’«assassin fédéral sympathique» dans des messages envoyés à des membres de sa famille quelques minutes avant l’attaque, que les autorités considèrent de plus en plus comme étant motivée par des raisons politiques.

Cole Allen, ou plutôt son effigie, a rejoint un écosystème en ligne saturé de contenus qualifiés de «bouillie d’IA».

«Il y a deux ans, vous n’auriez probablement pas pu fabriquer ces images de lui. Nous ne pouvions produire que des faux convaincants de célébrités qui avaient une grande empreinte numérique», explique Hany Farid, de l’université de Californie à Berkeley. «Désormais, il me suffit d’une seule image de vous».

Aaron Parnas, un journaliste indépendant dont l’image est apparue dans des fakes générés par l’IA, a supplié sur Facebook les internautes de signaler des images «complètement fausses», les jugeant «extrêmement dangereuses». En vain.

Meta n’a pas répondu aux questions de l’AFP.

«Conçus pour la viralité»

Une autre vague de publications a bombardé Allen dans le monde du sport de haut niveau, au sein d’une quarantaine d’équipes de foot, football américain, hockey ou course automobile.

Cette série se base cette fois sur la photo prise par une société de tutorat, saluant Allen comme «l’enseignant du mois» en décembre 2024.

Ce format, fondé sur un seul modèle, permet la production de faux contenus en série, note l’expert du numérique Mike Caulfield. «Cela rappelle la production des fermes à clic, mais avec de l’IA», explique-t-il à l’AFP.

Le développement accéléré des capacités de l’IA ont considérablement facilité la production des fakes, faisant peu à peu disparaître les bévues autrefois révélatrices, comme les mains à six doigts ou les seconds plans incohérents.

«L’IA rend anodin le fait de prendre des photos existantes et d’en modifier les vêtements et l’environnement, ou de remplacer le visage par celui de quelqu’un d’autre», souligne Jen Golbeck, professeure au College of Information de l’Université du Maryland.

Conflit au Moyen-Orient: attention à la vague de désinformation et d'IA Images recyclées, séquences de jeux vidéo présentées comme des frappes réelles, visuels de combats générés par l’IA : l’attaque américano-israélienne contre l’Iran a déclenché une «guerre des récits» parallèle aux véritables développements militaires au Moyen-Orient.

«Dès que quelqu’un a une idée, il peut en faire une réalité visuelle. Il y a cinq ans, il n’aurait pas été inhabituel de voir des gens retoucher manuellement, sous Photoshop, des images comme celles que nous voyons, mais jamais à un tel volume».

Les chercheurs craignent de voir les utilisateurs finir par se lasser de ne pouvoir déterminer ce qui est réel et ce qui ne l’est pas.

L’AFP a documenté de similaires flambées de faux contenus après d’autres événements majeurs récents, notamment la capture par les États-Unis du dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro en janvier et l’assassinat en 2025 de l’influenceur trumpiste Charlie Kirk.

«Ces contenus sont conçus pour connaître la viralité et bien sûr les algorithmes s’en emparent», explique Hany Farid.

«C’est extrêmement rentable» et c’est une tendance lourde. «Chaque fois qu’il se produit un événement mondial, nous sommes submergés par ce genre d’insanités. Je ne pense pas que cela soit près de disparaître.»