Des agents fédéraux chargés d’arrêter des immigrants dans la région de Minneapolis et de Saint Paul, au Minnesota, déjà secouée par la mort par balle d’une femme, ont enfoncé la porte d’une maison dimanche et ont fait irruption à l’intérieur, dans le cadre de ce que le ministère de la Sécurité intérieure a qualifié de plus grande opération de maintien de l’ordre jamais menée.
Dans une scène similaire à celles qui se déroulaient à Minneapolis, les agents ont interpellé un homme à l’intérieur de la maison quelques minutes seulement après avoir aspergé de gaz poivré des manifestants qui s’étaient opposés aux agents fédéraux lourdement armés.
Le long de cette rue résidentielle, les manifestants klaxonnaient, tapaient sur des tambours et sifflaient pour tenter de perturber l’opération.
Une vidéo de l’affrontement montre des agents repoussant les manifestants, tandis qu’une femme en détresse sort de la maison avec un document présenté par les agents fédéraux pour arrêter l’homme.
Signé par un agent d’immigration, ce document, contrairement à un mandat signé par un juge, n’autorise pas l’entrée par la force dans une résidence privée. Un mandat signé par un agent d’immigration n’autorise l’arrestation que dans un lieu public.
Des associations de défense des droits des immigrants ont mené d’importantes campagnes d’information sur leurs droits, exhortant les habitants à ne pas ouvrir leur porte sans un mandat signé par un juge.
Pourtant, quelques minutes après avoir enfoncé la porte d’une maison dans un quartier résidentiel, l’homme menotté a été emmené et a rapidement quitté les lieux.
Plus de 2000 arrestations pour infractions à la législation sur l’immigration ont eu lieu au Minnesota depuis le début de l’opération début décembre, a indiqué Tricia McLaughlin, porte-parole du ministère de la Sécurité intérieure.
Les villes de Minneapolis et Saint Paul, dernière cible de la campagne de Donald Trump pour une politique d’immigration plus stricte, se préparent à la suite des événements après la mort de Renee Good, 37 ans, abattue par un agent de l’immigration mercredi.
«On constate une forte présence des services d’immigration à Minneapolis et dans tout l’État. Les agents fédéraux pullulent dans nos quartiers, a mentionné Jason Chavez, conseiller municipal de Minneapolis. Ils sont vraiment partout.»
M. Chavez, fils d’immigrants mexicains et représentant d’un quartier à forte croissance démographique immigrée, suit de près les informations diffusées par les groupes de discussion concernant les lieux où les habitants aperçoivent des agents fédéraux.
Dans le froid glacial, des personnes munies de sifflets se sont postées dimanche aux coins des rues du quartier où Mme Good a été tuée, guettant le moindre signe de présence d’agents fédéraux.
Plus de 20 000 personnes ont participé à diverses formations pour devenir «observateurs» des opérations de maintien de l’ordre au Minnesota depuis les élections de 2024, a souligné Luis Argueta, porte-parole d’Unidos MN, une organisation locale de défense des droits de la personne.
«C’est un rôle que les gens choisissent d’endosser volontairement, par souci de la sécurité de leurs voisins», a-t-il expliqué.
Les manifestations se sont déroulées dans le calme, mais l’inquiétude demeure parmi les habitants. Les écoles publiques de Minneapolis ont mis en place un enseignement à distance pour le mois à venir, par crainte que les enfants ne se sentent en danger à l’idée de sortir, compte tenu des tensions persistantes.
De nombreuses écoles ont fermé leurs portes la semaine dernière après la mort de Mme Good et les troubles qui ont suivi.
Questions sur l’autorité chargée de l’enquête
Alors que les opérations de police se poursuivent, deux figures importantes du Parti démocrate de l’État ont déclaré que l’enquête sur la mort de Mme Good, abattue par balle, ne devrait pas être menée exclusivement par le gouvernement fédéral.
Le maire de Minneapolis, Jacob Frey, et la sénatrice Tina Smith ont affirmé dimanche, lors d’entretiens distincts, que les autorités de l’État devraient être associées à l’enquête, car le gouvernement fédéral a déjà clairement exposé sa version des faits.
«Comment pouvons-nous faire confiance au gouvernement fédéral pour mener une enquête objective et impartiale, sans préjugés, alors qu’il a déjà annoncé dès le début ce qu’il a vu – ce qu’il pense s’être passé ?» a avancé Mme Smith sur le plateau de l’émission «This Week» d’ABC.
L’administration Trump a défendu le policier qui a tiré sur Mme Good dans sa voiture, affirmant qu’il se protégeait lui-même et ses collègues et que Mme Good avait «utilisé son véhicule comme une arme».
Todd Lyons, directeur par intérim des services de l’immigration et des douanes (ICE), a défendu le policier sur le plateau de l’émission The Sunday Briefing de Fox News Channel.
«Cet agent des forces de l’ordre n’avait que quelques millisecondes, voire moins, pour prendre une décision qui lui sauverait la vie ainsi qu’à ses collègues», a-t-il déclaré.
M. Lyons a également soutenu que les opérations de contrôle menées par l’administration au Minnesota ne seraient pas nécessaires «si les juridictions locales collaboraient avec nous pour extrader ces étrangers en situation irrégulière dès lors qu’ils sont considérés comme une menace pour la sécurité publique par la population locale».
Le meurtre de Mme Good par un agent de l’ICE et la fusillade qui a fait deux blessés par des agents fédéraux à Portland, dans l’Oregon, ont déclenché des dizaines de manifestations à travers le pays cette fin de semaine.
Des milliers de personnes ont défilé samedi à Minneapolis, où le ministère de la Sécurité intérieure a qualifié le déploiement d’agents de l’immigration de plus importante opération de contrôle de l’immigration jamais menée.
