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Les États-Unis pourraient-ils attaquer le Canada? Des experts se prononcent

Donald Trump semble être plus belliqueux que jamais.

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Egypt Mideast Wars Le président Donald Trump et le premier ministre canadien Mark Carney se serrent la main alors qu'ils posent pour une photo à Charm el-Cheikh, en Égypte, le lundi 13 octobre 2025. The Associated Press

Malgré les dernières actions du président américain Donald Trump au Venezuela et ses déclarations de plus en plus virulentes concernant l’acquisition du Groenland, qui ont ravivé les spéculations de certains sur les objectifs expansionnistes de Trump, les experts estiment qu’une tentative d’annexion du Canada par la force militaire serait «farfelue».

Ce texte est la traduction d’un article de CTV News.

Le 3 janvier, Trump a lancé une opération militaire au Venezuela, au cours de laquelle les troupes américaines ont capturé le président vénézuélien Nicolas Maduro et l’ont transporté aux États-Unis.

Depuis des années, le gouvernement de Maduro n’est pas officiellement reconnu par plusieurs pays, dont le Canada.

Trump a également proféré des menaces à l’encontre du Groenland, affirmant que les États-Unis devraient prendre le contrôle ou acquérir ce territoire autonome danois afin d’empêcher la Russie et la Chine de le faire avant eux.

Et, ces dernières semaines, il a fait des commentaires publics sur la prééminence américaine dans l’hémisphère occidental. Selon une stratégie de sécurité nationale publiée par la Maison-Blanche en novembre, les États-Unis visent à «restaurer la prééminence américaine dans l’hémisphère occidental» comme «condition de notre sécurité et de notre prospérité».

La Presse canadienne a également rapporté mercredi qu’un nouveau sondage suggère que près d’un tiers des Canadiens — et un Américain sur cinq — pensent que les États-Unis pourraient tenter une «action directe» pour prendre le contrôle du Canada.

Le Groenland, la Colombie et Cuba dans le viseur américain Après le Venezuela, Donald Trump et les États-Unis visent maintenant le Groenland, la Colombie et Cuba.

«Hors de question»

Ancien chef d’état-major de la Défense à la retraite, le général Tom Lawson, dans une entrevue accordée à CTV News, a précisé qu’il faisait spécifiquement référence à «une action qui mettrait le personnel militaire américain en contact direct avec la population canadienne, et pire encore, avec le personnel militaire canadien», qualifiant cela de «hors de question».

«Tout d’abord, je pense qu’il est trop difficile de prévoir ce qui pourrait se passer et où cela pourrait mener», a-t-il avancé. «Deuxièmement, je ne pense pas que cela serve les intérêts stratégiques des Américains. Je pense donc qu’ils feront tout leur possible pour éviter cela.»

L’adhésion du Canada à l’OTAN, un facteur important

Le Venezuela et le Canada présentent également des contextes très différents pour une multitude de raisons, notamment l’adhésion du Canada à l’OTAN et ses relations historiquement étroites avec les États-Unis.

L’article 5 de l’OTAN énonce le principe de défense collective et affirme qu’une attaque contre un membre est considérée comme une attaque contre tous les membres.

Cela signifie que si le Canada était attaqué, tous les pays membres de l’OTAN, y compris les États-Unis, considéreraient, en vertu de normes bien établies, qu’il s’agit d’une attaque contre tous et y répondraient de manière proportionnée.

Dans un message publié la semaine dernière sur Truth Social, M. Trump a de nouveau critiqué l’OTAN, affirmant que les pays membres ne faisaient pas leur part jusqu’à ce qu’il les y oblige lors de sa réélection l’année dernière. Le président a toutefois affirmé que les États-Unis «seront toujours là pour l’OTAN».

Que disent les experts?

Ancien conseiller à la sécurité nationale de Trump, John Bolton a qualifié l’idée d’une action militaire menée par les États-Unis contre le Canada de «farfelue» dans une entrevue accordée la semaine dernière à Vassy Kapelos dans l’émission Power Play de CTV.

Interrogé sur ce que le Canada devrait retenir des commentaires de Trump sur la domination américaine dans l’hémisphère occidental — notamment un message publié sur les réseaux sociaux par le département d’État américain qualifiant cet hémisphère de «notre» hémisphère —, Bolton a qualifié le président d’«impulsif» et de «transactionnel», ajoutant que personne dans son administration ne le mettait en garde contre des actions qui pourraient avoir de graves conséquences.

«Je pense que toute action contre le Groenland ou, plus farfelue encore, contre le Canada, signifierait la fin de l’alliance de l’OTAN, ce qui causerait des dommages incalculables non seulement aux États-Unis, mais à l’ensemble du monde occidental.»

—  John Bolton, ancien conseiller à la sécurité nationale de Trump

«Il ne reste plus qu’un peu plus de trois ans avant la fin de son mandat, et nous devons réfléchir collectivement à des moyens de minimiser les dégâts, de détourner son attention vers autre chose, de peur qu’il ne cause de réels dommages à l’OTAN.»

M. Bolton a toutefois ajouté que les menaces de M. Trump, qu’il ait ou non l’intention de les mettre à exécution, nuisent aux relations des États-Unis avec les autres pays.

«Honnêtement, je ne pense pas que cela va se produire», a lancé Henry Giroux, président de la chaire d’études d’intérêt public à l’université McMaster, dans une entrevue accordée à CTV News, en référence à une éventuelle action militaire américaine contre le Canada.

«Je pense que nous devons prendre cela au sérieux, mais la question de l’OTAN constituerait une rupture fondamentale qu’il ne pourrait justifier, en prétendant qu’il est encore attaché aux formes les plus faibles de démocratie.»

Giroux affirme qu’il ne fait «aucun doute» dans son estimation que Trump utiliserait la force militaire contre le Canada s’il le jugeait nécessaire, mais ajoute qu’il «ne suggère pas que cela soit inévitable», se contentant de mettre en garde contre le fait que cette menace doit être prise au sérieux.

Il ajoute que sa principale préoccupation concerne le message que l’action des États-Unis au Venezuela envoie quant à la résurgence d’une forme de colonialisme et d’impérialisme, et affirme que le problème réside davantage dans le capitalisme mondial, «un système qui exploite les ressources à des fins lucratives», tandis que Trump a «réduit la politique à la militarisation».

Roland Paris, directeur de l’École supérieure d’affaires publiques et internationales de l’Université d’Ottawa, a mentionné que même s’il est bon d’éviter les déclarations incendiaires susceptibles de provoquer Trump, le Canada et ses partenaires doivent défendre les principes de «souveraineté, d’intégrité territoriale et d’inviolabilité des frontières».

«Je ne pense pas que les États-Unis représentent une menace militaire immédiate ou à moyen terme pour le Canada, mais leurs actions créent un monde plus dangereux, et nous sommes certainement soumis à la coercition économique de l’administration Trump à tout moment», a affirmé M. Paris dans une entrevue accordée à CTV News cette semaine.

Il a ajouté que les dirigeants mondiaux devraient prendre les menaces de Trump au sérieux, car ses actions contre le Venezuela montrent qu’il est prêt à les mettre à exécution. Il a également rappelé que la communauté internationale se trouvait actuellement dans une «situation très difficile», l’ordre fondé sur des règles visant à contrôler les États puissants étant affaibli.

La préparation militaire du Canada

Le manque de préparation militaire du Canada, dû à la pénurie de personnel et au vieillissement des équipements, est depuis des années une préoccupation majeure des dirigeants militaires, des responsables politiques et des acteurs industriels.

Lorsqu’elle a été nommée en juillet 2024, la chef d’état-major de la Défense, la générale Jennie Carignan, a averti que le Canada pourrait ne pas être prêt à répondre aux menaces «conventionnelles» et «non conventionnelles» provenant d’acteurs étatiques hostiles, citant la Russie et la Chine comme exemples.

«Nous nous sentons en sécurité au Canada», a déclaré Mme Carignan aux journalistes à l’époque. «Historiquement, nous avons un grand ami au sud, nous avons de grands océans, nous avions un Arctique très profond et gelé, et cela nous a toujours bien protégés de nombreuses menaces, (mais) ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui.»

Les flottes d’avions de chasse et de sous-marins du pays vieillissent et ont toutes deux désespérément besoin d’être remplacées.

L’examen toujours en cours, depuis près d’un an, par le gouvernement fédéral de l’achat d’avions de chasse F-35 auprès du constructeur américain Lockheed Martin est à l’origine de tensions diplomatiques avec les États-Unis.

Le recrutement et la rétention sont également des problèmes de longue date.

En 2024, le ministère de la Défense nationale (MDN) a estimé que les Forces armées canadiennes (FAC) manquaient d’environ 16 500 soldats après des années d’échec à recruter et à retenir plus de membres qu’elles n’en perdaient à cause des départs à la retraite ou des licenciements.

L’ancien ministre de la Défense Bill Blair avait alors qualifié cette situation de «spirale mortelle».

M. Lawson a souligné qu’en tenant compte de la différence de taille de la population américaine et des dépenses historiques en matière de défense par rapport au Canada, «leur armée est environ 40 fois plus importante, plus forte et mieux financée que l’armée canadienne».

Mais il a souligné que, compte tenu du contexte, toute action qui amènerait l’armée américaine à entrer en contact avec la population civile ou l’armée canadienne est extrêmement improbable.

Le gouvernement fédéral, quant à lui, a apporté plusieurs changements pour tenter de redresser la barre, notamment en encourageant un changement de culture au sein de l’organisation, en stimulant le recrutement par des mesures incitatives et en rationalisant le processus de recrutement.

En août, le premier ministre Mark Carney a annoncé des augmentations de salaire rétroactives au 1er avril 2025, dont une augmentation de 20 % pour les soldats de forces armées régulières.

Une nouvelle allocation pour service militaire et des mesures compensatoires supplémentaires ont également été ajoutées.

M. Carney a également mis en œuvre une série de mesures pour remédier aux pénuries d’équipement, notamment la nomination d’un secrétaire d’État chargé des achats de défense.

Le mois dernier, le gouvernement fédéral a également créé le Commandement des forces interarmées du Canada, un nouveau commandement des FAC destiné à «renforcer le leadership, la coordination et la responsabilité en matière de capacités militaires interarmées au sein des FAC».

Avec des informations provenant de Stephanie Ha, Mike Le Couteur, Genevieve Beauchemin et Judy Trinh, de CTV News.