La justice française enquête sur la réapparition sous le nom de Cocoland de la plateforme Coco, fermée par la justice en 2024 et accusée d’avoir facilité la commission d’agressions sexuelles, notamment dans l’affaire Gisèle Pelicot, et de guet-apens homophobes.
La haute-commissaire à l’Enfance Sarah El Haïry a qualifié mardi la résurgence de ce site internet, avec une nouvelle adresse URL, de «faillite collective face à l’une des violences les plus graves: la pédocriminalité».
Le ministère public, sollicité mardi par l’AFP, a indiqué que le parquet de Paris avait «ouvert une enquête sur la réouverture du site internet, confiée à l’unité nationale cyber de la gendarmerie nationale».
L’association Face à l’inceste a dénoncé «l’insuffisance de la réponse publique»: «malgré l’ouverture d’une enquête, le site reste actif, accessible, sans vérification d’âge, sans modération, en toute impunité».
Sous l’adresse URL «cocoland.info», «Cocoland», qui se présente comme le «tchat coco vraiment gratuit», était en effet accessible en ligne mardi après-midi, a constaté l’AFP.
«Mon client est totalement étranger à l’ouverture du site internet en cause», a assuré à l’AFP Me Julien Zanatta, avocat de l’Italien Isaac Steidl, fondateur du site Coco.
Immatriculé à l’étranger, considéré comme un repaire de prédateurs par des associations de protection de l’enfance et mis en cause dans des guet-apens homophobes, Coco a été fermé par la justice en juin 2024.
Son fondateur a été inculpé en janvier 2025 à Paris notamment pour complicité de trafic de stupéfiants, de détention et diffusion d’images pédopornographiques, de corruption de mineur via Internet et association de malfaiteurs.
«Les poursuites dirigées contre M. Steidl sont aussi injustes que juridiquement infondées», a affirmé son conseil, Me Zanatta.
Les faits courent de 2018 à 2024. L’enquête sur Coco avait été ouverte en décembre 2023.
Selon le parquet de Paris, entre le 1er janvier 2021 et le 7 mai 2024, «pas moins de 23 051 procédures judiciaires en lien avec la plateforme Coco» avaient été ouvertes. Et 70 parquets «sur l’ensemble du territoire national» avaient transmis des procédures impliquant ce site, au préjudice de 480 victimes.
Pour entrer sur coco.gg, qui se présentait comme un «site de chat sans inscription», il suffisait de renseigner son genre, son âge, son code postal et de se créer un pseudo, sans aucun contrôle.
Cette plateforme a été au centre de plusieurs affaires criminelles, dont le retentissant procès des viols de Mazan. Pendant dix ans, Dominique Pelicot (condamné en décembre 2024 à 20 ans de réclusion) a assommé sa femme d’anxiolytiques pour la violer et la faire violer par des dizaines d’hommes recrutés via le site coco.fr.
