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L’affaire Cornell rappelle la réalité des violences sexuelles sur les campus américains

À Cornell, les faits présumés se sont produits en octobre 2024. La plaignante, alors âgée de 20 ans et étudiante en deuxième année, affirme avoir été droguée et violée par sept membres de la fraternité Chi Phi.

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Viol collectif présumé à Cornell: la plaignante a été «abandonnée» par ceux qui devaient la protéger La gouverneure de New York, Kathy Hochul, a affirmé vendredi que la femme qui a accusé des membres d’une fraternité de l’Université Cornell de viol collectif avait été «laissée pour compte» par les personnes tenues de la protéger, notamment la police et le procureur du comté.

Les accusations de viol collectif d’une étudiante de l’université Cornell ont remis en lumière les violences sexuelles sur les campus américains, de la culture des fraternités qui les encourage aux réponses fréquemment jugées insuffisantes.

Aux États-Unis, un quart des étudiantes en équivalent licence (bachelor’s degree) et un étudiant sur quatorze indiquaient avoir été victimes d’un contact sexuel forcé ou sans possibilité de consentement, selon une étude portant sur 33 établissements, publiée en 2020 par l’Association des universités américaines.

Les mois suivants la rentrée est qualifiée de «zone rouge» au cours de laquelle se produit une grande partie des agressions, notamment envers des étudiants de première année, lors de soirées dont les participants ont aisément accès à l’alcool et aux drogues.

À Cornell, les faits présumés se sont produits en octobre 2024. La plaignante, alors âgée de 20 ans et étudiante en deuxième année, affirme avoir été droguée et violée par sept membres de la fraternité Chi Phi.

Ces associations d’élèves uniquement masculines, présentes dans tout le pays, sont décriées depuis les années 1990 pour favoriser les violences sexistes et sexuelles.

Outre leur mainmise sur les événements festifs sur les campus, «les hommes qui cherchent à rejoindre une fraternité ont tendance à être davantage enclins à l’agression sexuelle et plus susceptibles d’adhérer aux mythes sur le viol», écrit la fondation JED, consacrée à la santé mentale des jeunes, dans un rapport de 2024.

Abolir les fraternités

Ce constat, ainsi que des bizutages et accusations de racisme, font régulièrement resurgir des appels à abolir les fraternités et leurs équivalents féminins, les sororités, dont les membres sont davantage exposées en raison de leur proximité.

Les bannissements et suspensions restent toutefois rares, car les anciens membres de ces organisations font partie de réseaux influents et représentent une source de revenus importante pour les universités, notent les observateurs.

La victime présumée à Cornell faisait elle-même partie d’une sororité. Selon une enquête du New York Times, elle a raconté avoir progressivement pris conscience d’avoir subi un viol notamment en échangeant avec ses «sœurs», avant de porter plainte trois semaines après les faits.

Le parquet n’y a, à l’époque, pas donné suite, les éléments transmis par la police faisant état de rapports consensuels, selon le procureur du comté de Tompkins (nord de l’État de New York), où se situe le campus.

La fraternité a été fermée et les étudiants ont écopé de sanctions allant «jusqu’à l’exclusion et la suspension», a indiqué un porte-parole de l’université.

«L’affaire a suscité beaucoup de débats sur les failles dans la réponse apportée et j’ai l’impression, d’après ce que je peux voir, que le cas de Cornell est tout à fait représentatif», commente Jennifer Freyd, chercheuse en psychologie ayant étudié les réponses des institutions aux personnes ayant subi des violences en leur sein.

Enquête rouverte

La professeure de l’université d’Oregon exhorte les établissements à «prendre au sérieux» les lanceurs d’alerte et à «reconnaître (leur) courage». Il ne s’agit pas de «les croire sans enquête», mais de «ne pas mettre les choses sous le tapis», insiste-t-elle.

Mme Freyd souhaite aussi que les universités s’emparent pleinement du sujet, en y dédiant des cours semestriels et en finançant la recherche.

Shiwali Patel, du National Women’s Law Center, regrette pour sa part le manque d’une «éducation sexuelle complète, adaptée au stade de développement des enfants, dès le plus jeune âge, évoquant notamment le consentement».

L’enquête sur l’affaire Cornell est désormais rouverte, après que la plaignante a saisi la justice civile, attirant l’attention des médias et de nombreuses personnalités.

Signe de l’importance prise par ce dossier, il a été confié à la procureure générale de New York, Letitia James, célèbre pour ses investigations contre Donald Trump ou l’ex-gouverneur Andrew Cuomo.

La gouverneure de l’État, Kathy Hochul, s’est par ailleurs engagée à réformer une loi polémique qui rend difficile pour une victime de faire reconnaître un viol si elle a consommé au préalable de l’alcool ou des stupéfiants de son plein gré, comme c’est le cas ici.

Ce vide juridique, qui existe dans une vingtaine d’États américains, doit être comblé pour «permettre aux victimes de se manifester et de savoir qu’elles seront en sécurité», exhorte Shiwali Patel.