Des soldats européens dans les rues de leur capitale, des élus américains au Danemark, leur puissance de tutelle... Les Groenlandais placent un espoir prudent dans les efforts déployés tous azimuts pour contenir les visées de Donald Trump.
Sur ce territoire immense qui n’a jamais été de lui-même en guerre, les 57 000 habitants se sentent démunis face au président de la principale puissance mondiale qui martèle, sur un ton parfois menaçant, vouloir faire main basse sur l’île.
«Je me sens davantage en sécurité», confie Marie Sofie Pedersen, conseillère sociale à la municipalité de Nuuk, la capitale groenlandaise.
«J’espère qu’ils ne resteront pas ici pour toujours, mais tant qu’on est vulnérable et que quelque chose peut se produire», dit-elle entre deux bouffées de cigarette.
Ils? Ce sont les militaires dépêchés cette semaine par une poignée de pays européens comme la France, l’Allemagne et quelques autres, sur fond de tensions sur le sort du Groenland, territoire autonome danois dont le président Trump dit vouloir s’emparer «d’une manière ou d’une autre».
Quelques dizaines d’éclaireurs, dont une quinzaine de chasseurs alpins français, sont arrivés cette semaine à Nuuk pour préparer la participation de leurs armées à de futurs exercices «grand froid» dans l’Arctique.
Aucun Américain ne figure dans leurs rangs.
La présence militaire européenne est plutôt discrète, mais bien accueillie dans les rues glaciales de la ville, où le drapeau rouge et blanc groenlandais pend dans de multiples devantures de boutiques et fenêtres d’habitations.
«Nous devons rester unis en Europe. Sinon, les Américains nous écraseront», estime «Kenni» (un pseudonyme), syndicaliste de 39 ans.
«Seuls, nous ne sommes pas bien grands, mais ensemble, nous le serons», ajoute-t-il.
Les autorités groenlandaises ont prévenu la population que davantage de troupes de l’OTAN seraient en ville.
«Une hausse du nombre de vols et de navires militaires est attendue», a prévenu le vice-premier ministre Mute Egede mercredi.
Quelques heures plus tôt, une réunion à la Maison-Blanche entre responsables danois, groenlandais et américain avait échoué à aplanir les différences de vues entre Copenhague et Nuuk d’un côté et Washington de l’autre.
«Signalement stratégique»
Les velléités de Donald Trump semblent en tout cas avoir refroidi les envies d’indépendance, l’horizon plus ou moins lointain vers lequel tendent les Groenlandais sous tutelle danoise depuis trois siècles.
«Le moment n’est pas venu de parler d’indépendance», a affirmé mercredi le premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen.
S’il fallait choisir «ici et maintenant» entre les États-Unis et le Danemark, le Groenland choisirait le Danemark, l’OTAN et l’UE -- dont le territoire n’est plus membre depuis 1985, mais à laquelle il reste associé --, avait-il déclaré la veille.
Selon des experts, l’envoi d’un petit contingent européen sur l’île est un «signalement stratégique» vis-à-vis des Américains.
Mais ces derniers restent de marbre.
Ce déploiement n’aura «aucun impact» sur l’objectif de Donald Trump d’«acquérir» le Groenland, a déclaré jeudi la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt.
Vendredi, une délégation bipartisane du Congrès américain a entamé à Copenhague une visite de soutien au Danemark et au Groenland, au cours de laquelle ils doivent rencontrer la première ministre danoise Mette Frederiksen et M. Nielsen.
Un autre motif d’espoir pour les Groenlandais.
«Le Congrès n’approuverait jamais une action militaire au Groenland. Ce n’est qu’un idiot qui parle. Mais s’il le fait, il sera destitué ou mis dehors», avance «Kenni».
«Si les membres du Congrès veulent sauver leur propre démocratie, ils doivent s’activer».
Mais tout le monde ne l’entend pas de la même oreille.
Julio Sandsteen, sans emploi, voit favorablement les aspirations de Donald Trump.
«Les Américains protègent l’île depuis longtemps. Les Danois ne peuvent pas le faire», souligne-t-il. «Trump veut avoir le Groenland? J’adore ça».
