International

Encore possible de rescaper la relation entre le Canada et les États-Unis, selon un ex-haut gradé de Joe Biden

«Je suis d’accord pour dire que nous avons atteint la fin de l’ère post-guerre froide et qu’une nouvelle ère se profile, mais je pense que sa forme est encore contestée et pas tout à fait claire.»

Publié le 

U.S. President Donald Trump and Prime Minister Mark Carney

Même si les relations entre le Canada et les États-Unis devront évoluer compte tenu des mesures commerciales et des menaces du président américain actuel, il est dans l’intérêt des deux pays de maintenir une relation profonde et durable à l’avenir.

C’est du moins ce qu’affirme l’ancien responsable de la sécurité nationale de l’ancien président américain Joe Biden.

Ce contenu est la traduction d’un contenu de CTV News.

Jake Sullivan, qui a occupé le poste de conseiller à la sécurité nationale de Joe Biden de 2021 à 2025, s’est joint à l’émission Question Period de CTV News pour une entrevue dans laquelle il a commenté le discours très apprécié du premier ministre Mark Carney au Forum économique mondial.

À Davos, M. Sullivan avait salué la fin de l’ordre international fondé sur des règles et dirigé par les États-Unis.

«Je suis d’accord pour dire que nous avons atteint la fin de l’ère post-guerre froide et qu’une nouvelle ère se profile, mais je pense que sa forme est encore contestée et pas tout à fait claire», a opiné M. Sullivan en entrevue sur les ondes de CTV News. «Donc, dans cette mesure, je suis d’accord avec le premier ministre.»

Jake Sullivan Le conseiller à la sécurité nationale de la Maison-Blanche, Jake Sullivan, s'exprime lors du point presse quotidien à Washington, le 13 novembre 2024. (AP Photo/Susan Walsh)

Mais M. Sullivan est en désaccord avec M. Carney quant à sa vision des positions américaine et chinoise; selon lui, le PM «a effectivement mis sur un pied d’égalité, non seulement sous la présidence (américaine) de Donald Trump, mais aussi à long terme, les États-Unis et la Chine». «Il ne l’a pas dit en autant de mots, mais c’était le sens général de son discours.»

Ce responsable de longue date de la sécurité nationale démocrate trouve qu’étant donné que le Canada et les États-Unis ont des intérêts profonds qui remontent à très loin, des liens communautaires et une «très longue frontière», il est impératif que les deux nations trouvent un moyen d’entretenir des «relations profondes et durables, même lorsque nous rencontrons des difficultés, comme un président des États-Unis qui prétend que le Canada est le 51e État ou qui déclenche une guerre commerciale».

Trump a réagi négativement au discours prononcé par Carney à Davos le mois dernier, disant qu’Ottawa devrait être reconnaissante envers Washington car «le Canada existe grâce aux États-Unis».

Dans les jours qui ont suivi, Trump a dénoncé le récent réchauffement des relations entre Carney et la Chine, a qualifié le premier ministre de «gouverneur» et a menacé d’imposer des droits de douane de 100 % sur les exportations canadiennes vers les États-Unis si «le Canada concluait un accord avec la Chine».

«Je veux être très clair, je pense que si j’étais un citoyen canadien et que j’entendais le chef d’État d’un autre pays remettre fondamentalement en question le droit de mon pays à exister — à être un État souverain et indépendant —, j’aurais une réaction très, très hostile à cela», a déclaré M. Sullivan. «Je comprends donc tout à fait»

Sullivan appelle à la prudence dans les relations avec la Chine

La ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, a quant à elle déclaré jeudi que les négociations avec la Chine étaient «plus prévisibles et beaucoup plus stables» que celles avec les États-Unis.

La volonté du gouvernement canadien de diversifier ses relations commerciales est logique, commente M. Sullivan, et il est «tout à fait sensé» de continuer à entretenir des relations économiques avec la Chine. Il a toutefois conseillé à Ottawa de procéder avec prudence.

«Je ne vais pas contester le fait que la Chine est actuellement un peu plus prévisible que ce que nous voyons sortir de la Maison-Blanche», a-t-il déclaré. «Mais être prévisible n’est pas nécessairement une bonne chose.»

«L’une des choses prévisibles à propos de la Chine est que si un pays fait quelque chose qui lui déplaît, elle réagira de manière coercitive, en utilisant ses chaînes d’approvisionnement et ses interdépendances comme des armes. Et le Canada vient tout juste de vivre cette expérience.»

—  Jake Sullivan, conseiller à la sécurité nationale sous Joe Biden (2021-2025)

L’ancien conseiller à la sécurité nationale fait probablement référence à la décision prise par Pékin en 2024 d’imposer des droits de douane sur les produits agricoles canadiens en représailles à la décision d’Ottawa d’imposer des droits de douane sur les véhicules électriques (VE) fabriqués en Chine.

M. Carney a accepté le mois dernier de réduire les droits de douane sur un certain nombre de VE chinois en échange d’un assouplissement des droits de douane chinois sur les produits agricoles canadiens.

La décision canadienne de 2024 d’imposer des droits de douane sur les VE chinois a été prise par le Premier ministre de l’époque, Justin Trudeau, en étroite coordination avec l’administration Biden. Sullivan lui-même s’est présenté à la retraite du cabinet libéral à Halifax et s’est entretenu avec les journalistes après l’annonce du gouvernement canadien.

«J’aurais maintenu les droits de douane», pense Jake Sullivan. «Je pense que ces droits de douane étaient justifiés. Ils sont équivalents aux droits de douane sur les véhicules électriques aux États-Unis et dans de nombreux autres pays, comme le Brésil, la Turquie, l’Inde et d’autres. En fait, même l’Union européenne impose des droits de douane sur les véhicules électriques chinois.»

«Mais écoutez, ce n’est pas vraiment mon rôle de critiquer a posteriori... la décision d’un premier ministre concernant un accord commercial tactique qui implique l’ouverture du marché chinois aux produits canadiens», a ajouté Sullivan.