Le président américain Donald Trump a pris la parole mardi lors de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies, malgré les efforts déployés par son administration pour discréditer le multilatéralisme.
Le républicain de 80 ans a commencé son discours sur un ton plutôt de campagne électorale, en laissant de côté les affaires étrangères pour mettre l’accent sur son bilan national en matière d’économie, d’immigration et de criminalité.
«Je peux te dire avec fierté que l’Amérique est de retour et que notre pays est aujourd’hui plus fort que jamais», a-t-il dit. «Notre technologie est sans pareille, et on est à l’avant-garde dans pratiquement tous les domaines.»
Malgré son impopularité dans les sondages à cause d’un mécontentement général sur son bilan, M. Trump a vanté de la performance du marché boursier américain, de la baisse du taux officiel de pauvreté aux États-Unis prévue pour 2025, de ses efforts pour mettre fin aux passages illégaux à la frontière du sud et de la baisse des taux de crimes violents dans les villes américaines.

Conflits en Iran et en Ukraine
Un peu plus tard, lors de son discours, M. Trump a affirmé qu’il doit décider entre «anéantir» l’Iran ou passer un «accord».
«Je crois que nous passerons un accord juste après les élections» législatives prévues aux États-Unis en novembre, a immédiatement ajouté le président américain.
Alors que Trump commençait à décrire les six derniers mois de frappes militaires intermittentes contre l’Iran, la délégation iranienne — formée de fonctionnaires de rang inférieur et de délégués — a commencé à quitter la salle au bout de 10 minutes, laissant une seule personne assise.
Notons que le président iranien Masoud Pezeshkian et le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi sont à New York, mais ne se sont pas présentés dans la salle de l’Assemblée générale pour le discours du président américain.
«Alors que d’autres se contentaient de parler, j’ai agi. Alors que d’autres parlaient de paix, j’ai fait la paix.»
— Donald Trump, président des États-Unis
Dans son discours, M, Trump a nié que l’armée américaine soit à court d’armes de pointe en raison du conflit contre l’Iran. Une affirmation a été contredite tant par des experts que par des alliés.
«On a plus de munitions qu’on ne pourrait même imaginer en utiliser, et on en fabrique à un rythme jamais vu auparavant», a-t-il dit.
Il a également mentionné la guerre en Ukraine face à la Russie. Selon lui, un accord entre la Russie et l’Ukraine arrivera «plus tôt qu’on ne le pense».

«Nous travaillons très étroitement avec les dirigeants de Russie et d’Ukraine, et nous allons régler ce cas. Cela arrivera, je crois, plus tôt qu’on ne le pense», a assuré le président américain, qui a déjà tenu plusieurs fois des propos similaires sans que de réels progrès en vue d’une résolution du conflit ne soient faits.
«C’est le temps d’arrêter de tuer», a-t-il ajouté, en menaçant d’imposer des sanctions tarifaires.
Groenland, Cuba et CPI
Lors de son discours devant l’Assemblée, le président américain a annoncé la construction de deux bases militaires au Groenland dans le cadre de l’entente qui a été signé à la mi-journée.
«Nous allons immédiatement entamer le processus visant à mettre en place une importante présence militaire dans les endroits appropriés», a-t-il dit, précisant que les États-Unis allaient «étendre leur présence dans l’Arctique et l’Atlantique Nord».
Dans sa prise de parole, il a également prévenu que Cuba allait «tomber».
«Le régime communiste est sous forte pression, la plus forte qu’il ait jamais connue. (…) Il va tomber», a déclaré le président américain, ajoutant que Washington menait des négociations avec La Havane et prédisant: «La liberté arrivera à Cuba».
«Le gouvernement des États-Unis est incapable d’accepter que Cuba est, et a le droit d’être, un pays pleinement indépendant et souverain», a dénoncé sur X le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez, qui dirige la délégation cubaine à New-York.
«Aucune des déclarations fausses proférées par le président des États-Unis à l’ONU et aucune calomnie ne peuvent ni ne pourront nier ce fait», a ajouté le chef de la diplomatie.

Peu avant, des membres de la délégation cubaine avaient quitté la salle de l’Assemblée générale pendant l’intervention de Trump.
Le président cubain Miguel Diaz-Canel a également fustigé le «mensonge» du locataire de la maison Blanche. «Incapable de justifier la punition infligée au peuple de Cuba et sa guerre économique génocidaire, le président des États-Unis répète à l’ONU que Cuba représente une menace», a-t-il regretté sur X.
Actuellement en plein conflit avec la Cour pénale internationale (CPI), Donald Trump a appelé mardi tous les pays membres à se retirer de cette instance, qu’il a accusé d’être «hors de contrôle».
«Les États-Unis s’opposent tout autant à cette institution hors de contrôle qu’est la Cour pénale internationale», a-t-il dit à la tribune de l’ONU. «J’appelle tous les pays membres de la CPI à se retirer officiellement et immédiatement de cette institution hors de contrôle.»
«Super intelligence»
Du côté des technologies, M. Trump a souligné que les États-Unis allaient désormais utiliser le terme «super intelligence» au lieu d’«intelligence artificielle».
«L’utilisation du mot “artificielle” rend l’intelligence fausse, ça donne l’impression que c’est faux, alors que ce n’est pas le cas. En fait, c’est incroyable», a-t-il expliqué.
On ne sait pas encore s’il y a eu un décret officiel pour ce changement, mais ça voudrait probablement dire qu’il faudrait changer le nom de la Force IA que M. Trump a annoncée cette fin de semaine pour Force SI.
Le président américain a dit à l’ONU qu’à partir de «maintenant», les documents du gouvernement américain «seront modifiés pour utiliser le terme beaucoup plus précis de “super” plutôt que “artificielle”. Donc, c’est de la super-intelligence.»

Il a rejeté «toute tentative de bâtir un projet mondialiste pour contrôler l’intelligence artificielle», alors que les appels se multiplient en faveur d’une large coordination sur l’IA.
Lundi, les dirigeants de plus de 20 pays dont le Canada, l’Allemagne et l’Australie ont ainsi plaidé pour davantage d’encadrement de cette technologie et la possible création, sous l’égide de l’ONU, d’un organe international de régulation.
La position du président américain n’est qu’un prolongement de la ligne adoptée par son gouvernement depuis son investiture.
Journée chargée
Donald Trump, de manière inhabituelle, a suivi son prompteur. Pas de nouvelle édition des attaques virulentes déclenchées l’an dernier par une panne de ce dispositif, ou un problème d’escalator qui l’avait ulcéré.
Sur place, la première dame des États-Unis Melania Trump et le secrétaire d’État Marco Rubio étaient présents pour le discours du président américain. Ce dernier a d’ailleurs souligné des récents travaux de sa femme devant l’Assemblée.

Le champion de «l’Amérique d’abord» poursuit son programme mardi avec une cérémonie de signature officielle de l’accord sur le Groenland, épilogue d’une saga diplomatique ayant viré par moments à la crise ouverte avec les Européens face aux revendications américaines sur ce vaste territoire arctique.
Le président américain aura aussi un tête-à-tête avec la présidente par intérim du Venezuela Delcy Rodriguez, qui gouverne sous forte pression américaine depuis la capture de Nicolas Maduro par Washington en janvier.
Le milliardaire doit aussi rencontrer dans la journée le président ukrainien Volodymyr Zelensky.
Carney présent
Le premier ministre Mark Carney — qui s’est imposé ces dernières semaines en défendant le multilatéralisme face aux attaques de M. Trump — a assisté également à l’ouverture de l’Assemblée générale.
Rappelons que le thème de l’Assemblée de cette année est: «Restaurer la confiance, gérer la transformation: des Nations unies qui apportent des résultats pour tous.»

Donald Trump a exigé des réformes en profondeur au sein de l’ONU et a gelé le financement de l’institution, la plongeant dans la tourmente.
L’administration Trump s’est retirée de plusieurs branches des Nations unies, notamment l’Organisation mondiale de la santé et l’UNESCO.
M. Carney, quant à lui, plaide en faveur d’une collaboration mondiale pour faire face à des crises telles que le changement climatique, l’instabilité financière et la guerre.
Depuis près d’un an, M. Carney parcourt le monde pour appeler les puissances intermédiaires à s’unir afin de défendre des intérêts communs et des valeurs communes, plutôt que des institutions communes.
Avec des informations de l’Associated Press, l’Agence France-Presse et La Presse canadienne