Les forces israéliennes ont pris pour cible mardi au moins deux installations des Nations unies à Jérusalem-Est, poursuivant leur répression contre l’agence onusienne pour les réfugiés palestiniens (UNRWA), chargée de fournir une aide humanitaire à des millions de personnes dans la région.
Des équipes ont commencé à démolir les bureaux de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le quartier de Sheikh Jarrah et ont tiré des gaz lacrymogènes sur une école professionnelle à Qalandia, marquant ainsi la dernière et la plus spectaculaire des mesures prises par Israël contre l’UNRWA.
Roland Friedrich, directeur de l’agence en Cisjordanie, a relaté que l’UNRWA avait été informée de l’arrivée, tôt mardi matin, d’équipes de démolition et de policiers à son siège de Jérusalem-Est.
Le personnel n’exploitait plus ces locaux depuis près d’un an par mesure de sécurité, mais les forces israéliennes ont confisqué du matériel et expulsé les agents de sécurité privés engagés pour protéger le site.
«Ce que nous avons constaté aujourd’hui est l’aboutissement de deux années de provocation et de mesures prises contre l’UNRWA à Jérusalem-Est», a soutenu M. Friedrich, dénonçant une violation du droit international qui garantit la protection de ces installations.
Il a déclaré que les forces de sécurité avaient également commencé à tirer des gaz lacrymogènes aux abords de l’école professionnelle située en périphérie de Jérusalem, mardi après-midi, avant de finalement se retirer. Plus de 300 jeunes réfugiés y reçoivent une formation professionnelle en technologie et en soudure.
Selon le gouvernorat de Jérusalem, autorité palestinienne chargée de superviser les affaires palestiniennes dans la région, certains enfants rentrant de l’école ont été intoxiqués par les gaz lacrymogènes et un adolescent de 15 ans a été blessé à l’œil par une balle en caoutchouc.
Les dirigeants israéliens célèbrent la démolition
Le ministère israélien des Affaires étrangères a souligné que la démolition était conforme à une nouvelle loi interdisant l’UNRWA, soulignant qu’Israël est propriétaire du site et rejetant les allégations de l’agence selon lesquelles cette action violait le droit international.
Israël accuse depuis longtemps l’agence d’être partiale dans son opposition à Israël. Souvent sans preuves tangibles, Israël affirme que l’UNRWA emploie des groupes militants, dont le Hamas, et entretient des liens avec eux. L’ONU a fermement démenti ces accusations et l’UNRWA a déclaré agir rapidement pour écarter de son personnel tout militant présumé.
L’UNRWA fournit une aide et des services à quelque 2,5 millions de réfugiés palestiniens dans la bande de Gaza, en Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est, ainsi qu’à 3 millions d’autres réfugiés en Syrie, en Jordanie et au Liban. Elle assure l’entretien des infrastructures dans les camps de réfugiés palestiniens, gère des écoles et fournit des soins de santé aux réfugiés, qui considèrent son action comme essentielle pour garantir l’accès aux services de base.
Cependant, ses activités ont été fortement réduites l’année dernière lorsque la Knesset israélienne a adopté une loi rompant ses liens et lui interdisant de fonctionner sur le territoire qu’elle définit comme Israël, y compris Jérusalem-Est. L’agence a plaidé que les démolitions pourraient compromettre les activités du centre de formation professionnelle de Qalandia et du centre de santé de Shu’afat, où elle continue de fournir des services d’éducation et de santé.
Un drapeau israélien flottait au-dessus du centre, situé dans le quartier de Sheikh Jarrah, où des personnalités politiques israéliennes se sont rendues sur place pour célébrer le sort de l’organisation. Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a qualifié cette journée d’«historique».
«Cela doit servir d’avertissement»
La démolition a marqué l’aboutissement d’années de critiques de la part d’Israël et de ses dirigeants. Depuis le début de la guerre israélo-palestinienne il y a plus de deux ans, Israël a intensifié ses attaques, accusant l’UNRWA d’être infiltrée par le Hamas et affirmant que les militants utilisaient ses installations et s’emparaient de l’aide humanitaire. Israël n’a fourni que peu de preuves à l’appui de ces allégations, que l’ONU a démenties.
La Cour internationale de Justice a statué en octobre qu’Israël devait autoriser l’agence à fournir une aide humanitaire à Gaza.
Depuis l’adoption par Israël, l’année dernière, de la loi interdisant l’UNRWA, ses installations – écoles et centres de santé – ainsi que son siège ont été fermés, perquisitionnés ou laissés sans protection à plusieurs reprises.
«Cela doit servir d’avertissement, a signalé Philippe Lazzarini, commissaire général de l’UNRWA, dans un communiqué diffusé sur X. Ce qui arrive aujourd’hui à l’UNRWA arrivera demain à toute autre organisation internationale ou mission diplomatique, que ce soit dans le Territoire palestinien occupé ou ailleurs dans le monde.»
De plus en plus d’organisations humanitaires à Gaza subissent des pressions.
L’interdiction imposée par Israël à l’UNRWA s’inscrit dans le cadre d’efforts plus larges visant à radier les organisations humanitaires établies à Gaza et en Cisjordanie occupée. Israël a adopté des lois exigeant des organisations non gouvernementales qu’elles n’embauchent pas de personnel impliqué dans des activités qui «délégitiment Israël» ou soutiennent des boycottages, et leur imposant de fournir des listes de noms comme condition d’autorisation de travail.
Israël a informé des dizaines d’organisations, dont Médecins Sans Frontières et CARE, que leurs licences expireraient fin 2025. Ces organisations dénoncent le caractère arbitraire de ces règles et préviennent que cette nouvelle interdiction nuirait aux populations ayant un besoin urgent d’aide humanitaire.
Les violences dans les colonies augmentent
L’armée israélienne a déclaré mardi que les attaques menées par des colons juifs contre des Palestiniens et les forces de sécurité israéliennes en Cisjordanie avaient augmenté de 27 % l’an dernier par rapport à 2024.
On a dénombré 867 cas de «crimes nationalistes», le nombre d’incidents graves ayant augmenté de plus de 50 %, selon des statistiques internes de l’armée israélienne et du Shin Bet, le service de sécurité intérieure du pays.
L’escalade de la violence des colons en Cisjordanie a vidé des villages depuis le début du conflit entre Israël et le Hamas, selon B’Tselem, une organisation israélienne de défense des droits de la personne qui vient en aide aux habitants.
L’armée israélienne a mené des opérations de grande envergure en Cisjordanie contre des militants, ce qui a entraîné la mort de centaines de Palestiniens. On observe également une augmentation des attaques palestiniennes contre des Israéliens.
Les autorités israéliennes entretiennent des relations complexes avec les colons: elles démantèlent parfois des avant-postes illégaux tout en déployant des forces pour les protéger des Palestiniens.
