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«C’était juste sous notre nez»: la découverte d’une maison de l’horreur où vivaient 16 enfants dans des conditions sordides choque les voisins

«Personne n’a pu les aider plus tôt...»

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Maison de l’horreur: 16 enfants vivaient comme des «animaux sauvages» Seize enfants d’une même famille, secourus dans une maison délabrée de la campagne de l’Ohio, vivaient dans des conditions épouvantables, entourés d’excréments humains, confinés dans une seule pièce pendant la majeure partie des quatre dernières années, ont déclaré mercredi les autorités.

Quelques jours seulement après que les autorités ont retiré 16 frères et sœurs d’un logement insalubre et arrêté leurs parents et grands-parents, une question hante leur village du sud de l’Ohio : comment cela a-t-il pu se produire, pendant des années, sans que personne ne s’en aperçoive?

Les voisins de cette famille vivant dans la petite ville de Hamden, les employés des magasins locaux où elle faisait ses courses et même les enquêteurs qui se sont rendus sur place ne cessent de se poser cette question, à voix haute ou en silence, et les rares informations communiquées par les enquêteurs n’apportent pas de réponse complète.

Les enfants n’étaient pas scolarisés, la famille a déménagé à plusieurs reprises au cours des deux dernières décennies, et les voisins ont rapporté n’avoir jamais aperçu les enfants. Les enfants étaient pour l’essentiel confinés dans une petite pièce de la maison, ont indiqué les enquêteurs, dans des conditions déplorables.

«Juste sous notre nez, et personne n’a pu les aider plus tôt», a laissé tomber Emily Collins, 27 ans, propriétaire de VC Farm & Floral à McArthur, une localité voisine, en déplorant que cette affaire aille à l’encontre de l’esprit de cette communauté très soudée.

«C’est complètement fou, avec toutes ces choses merveilleuses qui se passent dans notre petite ville digne d’une carte Hallmark, et c’est justement ça qui nous met sous les feux de la rampe. C’est vraiment triste», a continué cette mère de trois enfants, qui a sorti sa craie et décoré le trottoir devant sa boutique de fleurs aux couleurs vives et d’étoiles dessinées pour le 4 juillet, afin de se remonter le moral.

Les autorités ont indiqué s’être rendues mardi au domicile dans le cadre d’une enquête sans rapport avec cette affaire et y avoir découvert les enfants — âgés de 1 an et demi à 18 ans —, dont certains étaient incapables de parler.

Sept d’entre eux ont été transportés à l’hôpital, dont un qui se trouvait dans un état critique, ont indiqué les enquêteurs. Jeudi, on ignorait encore dans quel état ils se trouvaient. Les services de protection de l’enfance ont pris temporairement la garde des enfants.

«Laissons l’affaire suivre son cours»

Quatre personnes, parmi lesquelles figurent les parents et les grands-parents des enfants, ont été arrêtées pour mise en danger d’enfants. Gary Siders Jr., 36 ans, Gary Siders, 73 ans, Elizabeth Siders, 33 ans, et Christina Siders, 67 ans, ont plaidé non coupables de mise en danger d’enfants. La caution a été fixée à 300 000 dollars pour chacun d’entre eux.

La mère des enfants, Elizabeth Siders, a épousé leur père, Gary Siders Jr., alors qu’elle avait 15 ans, et tous les enfants sont les leurs, a indiqué son avocat, Thomas Stolly, à l’Associated Press. Elle était «en larmes et épuisée» lorsqu’il l’a rencontrée jeudi, a précisé M. Stolly.

«En fait, la première question que m’a posée ma cliente lorsque je suis entré dans la prison et que je me suis présenté concernait ses enfants. Elle m’a demandé si ses enfants allaient bien, si je savais où ils se trouvaient, et quand elle pourrait les revoir», a rapporté M. Stolly.

Il n’a pas pu répondre à ces questions, «mais [il a] trouvé révélateur que sa première préoccupation n’ait pas été de savoir “Quand vais-je pouvoir sortir de prison ?”, mais plutôt “Est-ce que mes enfants vont bien ?”».

M. Stolly a affirmé que sa cliente lui avait confié que tous les enfants étaient nés dans des hôpitaux de la région et qu’elle se considérait comme une mère à temps plein. Elle a quitté le lycée après la 11e année, a-t-il précisé, et Gary Siders Jr. travaillait comme livreur pour Door Dash tout en cherchant un autre emploi, a-t-il ajouté.

M. Stolly a indiqué que le parquet ne lui avait pas encore communiqué ses éléments de preuve, mais que, jusqu’à présent, il n’avait rien vu qui corrobore la description faite par le procureur général de l’Ohio, Andy Wilson, selon laquelle cette famille serait «le mal à l’état pur».

«Le mal suppose de la malveillance, et je n’ai vu aucune malveillance chez Elizabeth», a déclaré M. Stolly.

Il a ajouté : «Je pense qu’il s’agit davantage d’un cas d’isolement que d’un cas de malveillance, et je pense qu’il y a là une distinction importante. Car si c’est tout ce que vous connaissez — et il faut bien admettre qu’à 15 ans, on ne sait pas grand-chose de la vie d’adulte, du rôle de mère ou d’épouse — et que cela a constitué votre vision du monde pendant les 17 ou 18 dernières années, vous en êtes façonné.»

M. Stolly a précisé qu’Elizabeth ne se présentait pas comme une victime, mais «je pense qu’il est peut-être trop tôt pour déterminer réellement ce qui s’est passé».

«Même si les gros titres peuvent être sensationnels, il y a une véritable dimension humaine dans cette affaire et je demanderais donc aux gens de laisser le temps à cette procédure de suivre son cours», a plaidé M. Stolly.

L’avocat de M. Siders père a également exhorté le public à attendre avant de porter un jugement.

«Nous demandons à l’ensemble de la communauté, ainsi qu’à toute personne susceptible d’être concernée par cette affaire, de prendre une grande respiration, de prendre du recul et de laisser l’affaire suivre son cours et les faits se dévoiler», a mentionné Dorian Baum à l’Associated Press.

Les avocats de Siders Jr. et de Christina Siders ont refusé de commenter.

Peu de circulation sur la route de campagne menant à la maison

Un homme habitant trois maisons plus loin de celle de la famille Siders a confié n’avoir vu «aucun enfant» dans cette maison.

«C’est une situation triste», a lancé Joseph Stewart, 60 ans, qui vit dans ce «quartier tranquille» depuis six ans.

Les autorités n’ont pas souhaité révéler publiquement la nature de l’autre enquête qui les a conduites à cette maison mardi. Cependant, les dossiers judiciaires montrent qu’un mandat d’arrêt a été délivré ce jour-là à l’encontre de Siders Jr. pour exhibitionnisme, un délit mineur lié à des incidents présumés survenus pendant quatre jours au mois de mai. Il a plaidé non coupable.

Jeudi, les fenêtres et les portes de la maison, auparavant grande ouverte, située à environ 97 kilomètres au sud-est de Columbus, avaient été condamnées. Le ruban de police et des tas de détritus étaient toujours visibles.

La veille, une porte était entrouverte et on pouvait apercevoir à l’intérieur des tas d’ordures et des jouets d’enfants. La terrasse en bois et le jardin étaient jonchés de pneus usagés, d’une chaise haute et d’autres débris.

La maison est située sur une route nichée le long d’un talus de voie ferrée escarpé, où les rails acheminent des trains grondants vers une gare de triage dans ce village de moins de 1000 habitants. Les voisins les plus proches sont séparés par des arbres et des broussailles épaisses, mais la maison est facilement visible depuis la route.

Des enfants absents des écoles

Les enquêteurs ont indiqué que les membres de la famille avaient déménagé à plusieurs reprises dans le sud de l’Ohio au cours des deux dernières décennies et qu’il semblait qu’ils aient pris soin d’éviter de laisser des traces administratives ou médicales. Le district scolaire local du comté de Vinton, le seul de la région, a affirmé ne disposer d’aucun dossier indiquant que l’un de ces enfants ait jamais été inscrit.

«Ces gens étaient plutôt doués pour cacher ces enfants», a déclaré mercredi M. Wilson, le procureur général de l’État.

L’absence des enfants à l’école, ainsi que l’absence apparente de consultations régulières auprès de professionnels de santé, ont probablement contribué à ce que cette situation dramatique reste méconnue, a expliqué Jacqueline Yahn, professeure associée à l’université de l’Ohio.

«Lorsque les enfants sont isolés ou ne participent pas, personne n’est formé pour repérer les indices», a expliqué Mme Yahn, spécialiste de l’éducation en milieu rural et de la pauvreté. «Les visites de contrôle ne s’appellent pas ainsi par hasard : elles visent à vérifier le bien-être et le développement des enfants.»

Les enquêteurs cherchaient à déterminer si la famille avait déjà fait l’objet d’un signalement auprès d’un service de protection de l’enfance par le passé.

Les enfants passaient la majeure partie de leur temps dans une pièce mesurant environ 12 pieds sur 12 pieds (3,5 mètres sur 3,5 mètres), selon les enquêteurs, qui ont noté la présence d’excréments humains partout.

«Ils ressemblaient presque à des animaux sauvages. C’était terrible», a conclu M. Wilson.