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Affaire Epstein: des milliers de nouveaux documents publiés

Voyez ce qui s’y trouve. Attention: le contenu de cet article pourrait ne pas convenir à tous les auditoires.

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Justice Department Jeffrey Epstein Cette photo non datée publiée par le département américain de la Justice montre Jeffrey Epstein. (Département américain de la Justice via AP)

Des milliers de nouveaux documents issus de l’enquête sur le criminel sexuel Jeffrey Epstein dont des centaines de vidéos et d’audios ont été mis en ligne mardi par le département américain de la Justice (DOJ) quelques jours après une première publication partielle du dossier qui embarrasse l’administration Trump.

Le département de la justice a mis en ligne environ 11 000 liens avec des nouveaux documents, mais certains ne mènent à rien.

De nombreux représentants des médias américains et d’ailleurs dans le monde en étaient à éplucher, mardi, les milliers de nouveaux documents.

Voici ce qui a été découvert.

Trump X Epstein

Parmi les premiers constats: le nom de Donald Trump s’y retrouve.

Il était encore trop tôt en matinée pour tirer des conclusions sur les raisons de l’apparition du nom du président dans ces documents reliés à l’enquête sur le criminel sexuel new-yorkais Jeffrey Epstein, mort en 2019 avant son procès.

Mais l’une des pièces répertorie les nombreuses fois où le républicain a voyagé dans le jet privé de Jeffrey Epstein, montrant la proximité de Donald Trump avec le financier américain.

Donald Trump est présent huit fois sur la liste des passagers de l’avion privé de Jeffrey Epstein entre 1993 et 1996, dont une fois avec comme seuls autres voyageurs l’ancien financier et une personne âgée de 20 ans, affirme en 2020 un enquêteur dans un courriel rendu public mardi.

Des affirmations à l’encontre de Donald Trump contenues dans les nouveaux documents publiés sont «fausses et sensationnalistes», assure le département américain de la Justice, contraint par une loi de publier ces fichiers dans une affaire qui embarrasse le président américain depuis des mois.

«Le département de la Justice a officiellement publié environ 30 000 nouvelles pages de documents liés à Jeffrey Epstein», a écrit le département sur X.

«Certains de ces documents contiennent des affirmations fausses et sensationnalistes contre le président Trump qui ont été soumises au FBI juste avant l’élection de 2020. Soyons parfaitement clairs: ces affirmations sont fausses et sans fondement.»

—  Extrait d’une publication du DOJ

Epstein en prison

Les fichiers contiennent notamment des images de surveillance de la cellule du criminel sexuel new-yorkais Jeffrey Epstein datant d’août 2019, quand il a été retrouvé mort, selon l’analyse de l’AFP.

L’équipe de CNN a aussi trouvé dans les nouveaux documents un courriel qui montrent que des responsables carcéraux prévoyaient qu’Epstein partage une cellule avec Cesar Sayoc, ce partisan de Trump qui purge une peine de 20 ans de prison pour avoir envoyé des bombes artisanales à CNN, justement, et à des personnalités politiques démocrates en 2018, comme Barack Obama et Hillary Clinton.

Cesar Sayoc Cesar Sayoc, 56 ans, a été arrêté le vendredi 26 octobre 2018 dans le cadre d'une enquête sur une série d'envois de colis piégés à travers le pays. (Bureau du shérif de Broward County)

La veille de l’envoi de ce courriel le 23 juillet 2019, Epstein avait été placé sous haute surveillance en prison à la suite d’une tentative de suicide. Moins d’un mois plus tard, Epstein s’enlevait la vie. L’information contemporaine ne permet toujours pas de savoir si Sayoc et Epstein ont partagé la même cellule.

Encore à ce jour, des questions subsistent quand aux derniers jours d’Epstein, en sachant que le DOJ a reproché au système carcéral en 2023 d’avoir failli à son devoir de protection d’Epstein, autour de qui la surveillance s’est relâchée après les événements de juillet 2019.

Une lettre à un autre criminel sexuel notoire

L’ex-thérapeute sportif d’athlètes olympiques Larry Nassar, qui a été reconnu coupable d’avoir agressé sexuellement plusieurs gymnastes, a été le destinataire d’une lettre signée «J. Epstein» en 2019, avec plusieurs références crues à Trump, qui était président à ce moment aussi.

«Notre président partage également notre amour pour les jeunes filles nubiles», peut-on lire dans la lettre qui a été découverte dans les semaines suivant la mort d’Epstein.

«Cher L.N., comme vous le savez désormais, j’ai pris le chemin le plus court pour rentrer chez moi. Bonne chance! Nous avions une chose en commun: notre amour et notre attention pour les jeunes femmes, ainsi que l’espoir qu’elles réalisent pleinement leur potentiel. Notre président partage également notre amour pour les jeunes filles nubiles. […] La vie est injuste.»

«Quand une jeune beauté passait devant lui, il adorait “attraper (sa) chatte”.»

—  Extrait d’une lettre signée «J. Epstein» destinée à Larry Nassar
Lettre Epstein Nassar (Département américain de la Justice via CNN)

La Maison-Blanche n’avait pas commenté cette lettre au moment d’écrire ces lignes.

À mettre en contexte : selon la chaîne CNN, la lettre a été postée trois jours après le décès d’Epstein. Or, des délais d’inspection de courrier peuvent arriver lors d’envois postaux carcéraux, comme c’était le cas ici dans le transit entre le Metropolitan Correctional Center de New York et une prison fédérale d’Arizona où se trouvaient respectivement Epstein et Nassar à l’époque.

Par ailleurs, la nature d’une potentielle relation entre Nassar et Epstein n’a jamais été prouvée.

Nassar purge une peine de prison de 60 ans pour ses agressions et de la pornographie juvénile. Plus de 150 victimes ont témoigné à son procès.

Larry Nassar, ancien médecin du sport qui a admis avoir agressé certains des meilleurs gymnastes du pays, apparaît devant le tribunal du comté d'Eaton à Charlotte, Mich.U.S. Larry Nassar, ancien médecin du sport qui a admis avoir agressé certains des meilleurs gymnastes du pays, apparaît devant le tribunal du comté d'Eaton à Charlotte, au Michigan. (Matthew Dae Smith/Lansing State Journal via AP)

Andrew l’«Homme invisible» et des «amis inappropriés»

En 2001, une personne qui signait ses messages avec la lettre «A» a eu des échanges par courriel avec Ghislaine Maxwell, conjointe d’Epstein à l’époque actuellement emprisonnée pour sa complicité criminelle dans toute cette affaires.

Maxwell recevait les messages d’«A» en l’identifiant «The Invisible Man» (L’homme invisible, traduction libre).

Cet «A» semble connecté à la famille royale britannique, car il écrivait à l’été cette année-là: «Je suis ici au camp d’été de Balmoral (en Écosse, NDLR) pour la famille royale».

L’individu demande à Maxwell si elle a trouvé «de nouveaux amis inappropriés» pour les lui amener dans la dernière semaine d’août pour «avoir du plaisir» à «quelque part de chaud et ensoleillé».

The Invisible Man et Ghislaine Maxwell 2001 Un courriel envoyé par un «A» à Ghislaine Maxwell en 2001. (DOJ via CNN)

En 2001 et en 2002, une personne qui signait ses messages avec la lettre «A» a eu des échanges par courriel avec Ghislaine Maxwell, conjointe d’Epstein à l’époque actuellement emprisonnée pour sa complicité criminelle dans toute cette affaire.

Maxwell recevait les messages d’«A» en l’identifiant «The Invisible Man» (l’Homme invisible, traduction libre).

Cet «A» semble connecté à la famille royale britannique, car il écrivait à l’été de 2021 «Je suis ici au camp d’été de Balmoral (en Écosse, NDLR) pour la famille royale».

L’individu demande à Maxwell si elle a trouvé «de nouveaux amis inappropriés» pour les lui amener dans la dernière semaine d’août pour «avoir du plaisir» à «quelque part de chaud et ensoleillé».

Dans d’autres échanges qui datent de février et mars 2002, Maxwell et l’«Homme invisible» planifient un voyage avec des «filles» (girls) au Pérou.

La conjointe d’Epstein n’a pas pris part à ce voyage, mais le contenu des message d’«A» tendent à montrer qu’elle a joué les entremetteuses.

Un courriel envoyé par une personne en provenance du Pérou à Maxwell suggère d’offrir à «A» des activités, d’équitation, de restauration… Et cette personne demande: «À propos des girls… Quel âge a-t-il?»

«A» demande ensuite à Maxwell et son partenaire de s’occuper de ce qui concerne les «filles»; plus tard, elle référera directement à un «Andrew» qui veut «voir des paysages à deux pattes (lire là intelligentes, amusantes et de bonnes familles)».

«Je sais que je peux compter sur vous pour lui faire passer un moment merveilleux et que vous ne lui présenterez que des amis en qui vous avez confiance, qui sont sympathiques, discrets et amusants à vos côtés. Il ne veut pas lire dans les journaux des articles sur ses voyages, sur les personnes qu’il a rencontrées ou les choses qu’il a vues. […] Appelez-moi si vous avez des questions. Sinon, attendez-vous à recevoir un appel d’un gentleman à l’accent très anglais qui vous dira bonjour.»

Effectivement, la lettre «A» est aussi la première du prénom d’Andrew Mountbatten-Windsor, prince déchu du palais de Buckingham. Fin octobre, le roi Charles III a lancé «un processus formel» pour retirer ses «titres et honneurs» à son frère.

Andrew est empêtré dans des scandales, principalement celui de ses relations avec Epstein. Il était d’ailleurs au Pérou en mars 2002 lors d’une visite officielle à Lima.

Le prince Andrew participe aux funérailles de son père, le duc d'Édimbourg au palais de Windsor le 17 avril 2021. Le prince Andrew participe aux funérailles de son père, le duc d'Édimbourg au palais de Windsor le 17 avril 2021. (Victoria Jones/Associated Press)

Plus tôt en octobre, Andrew avait déjà renoncé à son titre royal tout en «niant catégoriquement» les accusations contre lui.

L’ex-prince de 65 ans avait donc déjà perdu son titre de duc d’York.

Les révélations sur ses relations avec Jeffrey Epstein continuent à s’enchaîner, notamment avec la parution prochaine d’un livre posthume, dont des extraits ont été publiés dans la presse. Dans ce livre, Virginia Giuffre, principale accusatrice du prince Andrew, a raconté les relations qu’elle dit avoir eues avec lui quand elle n’avait que 17 ans.

Mme Giuffre, qui s’est suicidée en avril à l’âge de 41 ans, avait engagé des poursuites en 2021 contre le prince Andrew. Celui-ci a toujours nié les accusations d’agressions sexuelles et évité un procès à New York en versant plusieurs millions de dollars.

Du vide et du noir

Autrement, beaucoup de l’information contenue dans les documents de l’affaire Epstein – trop au goût de l’opposition démocrate – est caviardée, un processus qui sert à la protection de l’identité de victimes.

Le ministère avait déjà publié vendredi environ 4000 fichiers liés au dossier Epstein. Des victimes du criminel sexuel et des élus démocrates avaient critiqué l’administration Trump pour ce qu’ils estimaient être une rétention d’informations et une diffusion du dossier Epstein jugée trop lente.

Une quinzaine de victimes s’est plainte dans un communiqué publié sur X que seule une «partie» des documents ait été rendue publique et a évoqué un caviardage «anormal et extrême» des éléments publiés vendredi sans «aucune explication».

Elles ont aussi reproché au département de la Justice d’avoir «laissé les identités de nombreuses victimes apparentes, causant un préjudice immédiat et réel».

Le département était contraint par une loi, promulguée à contrecoeur par le président américain, de publier l’ensemble du dossier avant la date limite du vendredi 19 décembre.

Le département de la Justice dit avoir besoin de davantage de temps pour publier avec précaution le reste du dossier afin de protéger au mieux les victimes dont l’identité pourrait être dévoilée dans ces milliers de photos, vidéos et textes.

L’opposition démocrate voit cependant dans ce retard une manoeuvre politique destinée à éviter la publication d’informations supposées compromettantes pour le président Donald Trump, qui apparaît sur des images aux côtés de Jeffrey Esptein.

La publication de ces documents, issus de l’enquête menée par les autorités américaines sur l’influent financier et criminel sexuel new-yorkais doivent aider à faire la lumière sur ses liens passés avec des personnalités de premier plan, dont le président républicain.

Alors qu’il s’était dit, lors de sa campagne en 2024, d’accord pour rendre ces fichiers publics, Donald Trump a ensuite fait volte-face, dénonçant un «canular» instrumentalisé par les démocrates.

Des réputations brisées?

Depuis sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride, le président américain s’est quant à lui inquiété du mal que pourrait causer la publication du dossier, notamment des photos.

Il s’est exprimé lundi pour la première fois depuis la publication partielle du dossier Epstein, s’inquiétant que ces documents n’affectent «l’image» de personnes innocentes.

«Tout le monde était cool avec ce gars», a-t-il lancé lors de sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride.

«Bill Clinton était ami avec lui, mais tout le monde l’était», a-t-il poursuivi, s’inquiétant que certaines personnes «ayant innocemment rencontré» M. Epstein «parce qu’il était à une fête», puissent être embarrassées par la publication de ces documents.

Bill Clinton Epstein files hot tub L'ancien président américain Bill Clinton assis dans un jacuzzi avec une personne dont le visage est flouté, sur une photo non datée publiée par le ministère américain de la Justice dans le cadre de la divulgation des dossiers Epstein, le 19 décembre 2025. (Département américain de la Justice)

Avant la publication des documents

Un temps proche du financier avec qui il évoluait dans les mêmes cercles, Trump a toujours démenti avoir eu connaissance de son comportement criminel et assure avoir coupé les ponts avant qu’il ne soit inquiété par la justice.

Alors qu’il s’était dit, lors de sa campagne en 2024, d’accord pour rendre ces fichiers publics, Donald Trump a ensuite fait volte-face, dénonçant un «canular» instrumentalisé par les démocrates.

Sa base «MAGA» (Make America Great Again ou Rendre à l’Amérique sa grandeur, traduction libre) obsédée par ce scandale s’était insurgée quand le département de la Justice avait annoncé à l’été n’avoir découvert aucun élément nouveau justifiant la publication de documents supplémentaires ou de nouvelles poursuites.

Après des mois de révolte, le président a dû céder à la pression du Congrès, y compris d’élus républicains, promulguant en novembre une loi imposant à son gouvernement de publier l’intégralité des documents non classifiés en sa possession.

Figure du jet-set new-yorkais, Jeffrey Epstein est connu pour avoir fréquenté de nombreuses personnalités américaines et étrangères de premier plan, dont l’actuel président républicain et son lointain prédécesseur démocrate Bill Clinton.

Il est accusé d’avoir exploité sexuellement plus de mille jeunes femmes, dont des mineures.

Avec de l’information de The Associated Press.