Environnement

Les Îles-de-la-Madeleine menacées

L’érosion fait disparaître des routes et avale des terrains de l’archipel. «T’arrives à des endroits où t’es comme: “Wow, OK, tout ça, c’est parti”.» Lutte en cours pour sauver les Îles-de-la-Madeleine avant qu’il ne soit trop tard.

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«Entre les lignes» | Les Îles-de-la-Madeleine menacées (bande-annonce) Les Madelinots sont aux premières loges des bouleversements sur notre planète. Les changements climatiques frappent leur territoire sur tous les fronts. Des tempêtes plus violentes que jamais accélèrent l'érosion des centaines de kilomètres de côtes de l’archipel. Dans un nouvel épisode la série documentaire «Entre les lignes», diffusée sur Crave, le journaliste Étienne Fortin-Gauthier et le vidéaste Alexandre Volpato vous emmènent au cœur du combat pour sauver les Îles-de-la Madeleine avant qu'il ne soit trop tard.

Nos Îles-de-la-Madeleine sont menacées.

Les Madelinots sont aux premières loges des bouleversements sur notre planète. Les changements climatiques frappent leur territoire sur tous les fronts. Des tempêtes plus violentes que jamais accélèrent l’érosion des centaines de kilomètres de côtes de l’archipel.

Dans un nouvel épisode de la série documentaire Entre les lignes diffusé dès aujourd’hui sur Crave, le journaliste Étienne Fortin-Gauthier et le vidéaste Alexandre Volpato vous emmènent au cœur du combat pour sauver les Îles-de-la-Madeleine avant qu’il ne soit trop tard.

Une équipe de chercheurs de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR) a accepté que l’équipe de Noovo Info la suive au cœur des dunes des Îles-de-la-Madeleine – un paysage lunaire où ont été tournées des scènes du film The Mandalorian and Grogu, paru en 2025 dans l’univers Star Wars.

Le groupe a été mandaté par le Laboratoire de dynamique et de gestion intégrée des zones côtières pour surveiller l’érosion sur l’ensemble de l’estuaire et du golfe Saint-Laurent, dans environ 1600 stations aux Îles depuis une vingtaine d’années.

Des brèches marines

Les chercheurs, parmi lesquels on retrouve Aurélien Martin, affrontent les éléments des semaines durant pour faire avancer nos connaissances sur la progression de l’érosion aux Îles-de-la-Madeleine.

Une tâche colossale: l’équipe arpente l’ensemble des Îles à pied et en véhicule tout-terrain (VTT), le vent dans les yeux, du sable et de l’eau des vagues dans les oreilles et les yeux, les casquettes bien enfoncées sur la tête.

«Si on se fie à ce que la science dit, c’est sûr que ce n’est pas très optimiste», croit le chercheur. Mais même sans données, le chercheur constate des changements inquiétants, de visu. Le long du littoral, les effets de l’érosion sont évidents.

«Il y a des endroits, quand tu les suis au fil des années… Il y a des stations où, avant, je pouvais aller à pied», a témoigné Aurélien Martin en entrevue avec Noovo Info pendant l’été. «Maintenant, on ne peut plus y aller parce que la mer a fait une brèche.»

Des mètres de recul terrestre

Lors des arrêts à chaque station, les chercheurs calculent et documentent la transformation du territoire.

La formation géologique des Îles-de-la-Madeleine aurait vu le jour il y a 300 millions d’années, mais sa forme et son emplacement actuels remonteraient à environ 5000 ans. Les côtes sont composées à 60% de dunes, mais une bonne partie du fragile littoral comporte également des falaises de grès rouge qui s’effritent très facilement.

«Entre les lignes» | Pas des centimètres; des mètres d'érosion aux Îles-de-la-Madeleine Une équipe de chercheurs de l'Université du Québec à Rimouski (UQAR) a accepté que l’équipe de Noovo Info la suive au cœur des dunes des Îles-de-la-Madeleine – un paysage lunaire où ont été tournées des scènes du film The Mandalorian and Grogu, paru en 2025 dans l’univers Star Wars. Le groupe a été mandaté par le Laboratoire de dynamique et de gestion intégrée des zones côtières pour surveiller l’érosion sur l’ensemble de l’estuaire et du golfe Saint-Laurent, dans environ 1600 stations aux Îles depuis une vingtaine d’années. Extrait d'un épisode de la série documentaire «Entre les lignes», diffusée sur Crave.

Les Îles-de-la-Madeleine se sont toujours transformées, mais avec les changements climatiques, tout va plus vite. La mer gruge plus de territoire, les tempêtes sont plus violentes et il y a davantage d’érosion que par le passé.

Les mesures du recul ne se calculent pas en centimètres ou en pouces. «Il y a une ou deux semaines, on a eu une station où on était comme : “Oh! 14 mètres de recul”.»

«T’arrives à des endroits où t’es comme : “Wow, OK, tout ça, c’est parti”.»

—  Aurélien Martin, chercheur du Laboratoire de dynamique et de gestion intégrée des zones côtières de l’UQAR

Sans une surveillance étroite, l’érosion côtière aurait potentiellement pu passer inaperçue aux Îles-de-la-Madeleine.

«Le problème, c’est que ce sont des endroits sauvages, donc personne ne le voit», note Aurélien Martin. «Si nous, on ne vient pas, personne ne sait que c’est parti. C’est quand même fou.»

Entre les lignes | Îles-de-la-Madeleine Des falaises aux Îles-de-la-Madeleine à l'été 2026. (Alexandre Volpato/Crave)

La disparition du couvert de glace en raison du réchauffement des eaux dans le golfe du Saint-Laurent est en partie en cause dans ce phénomène, nous dit le maire des Îles-de-la-Madeleine.

«Le couvert de glace servait de bouclier» et l’érosion gagnait donc moins facilement la côte, affirme Antonin Valiquette. «Depuis qu’il n’y a plus de glace, on voit des phénomènes comme des ouragans… Je n’avais jamais vu d’ouragans avant 2019.»

Depuis, les Îles ont été le théâtre de deux de ces phénomènes météorologiques: Dorian, en 2019, et Fiona, en 2022. Ce dernier a entraîné des vagues de 8 mètres et des inondations.

«DANGER»

Or, même là où des Madelinots habitent et vivent leur quotidien, des changements dramatiques se produisent, jusqu’à l’effondrement de pans de routes, grugées par l’érosion et avalées par la mer. Les changements climatiques menacent des bâtiments publics, des entreprises et des résidences. Des vies humaines sont bouleversées.

«Entre les lignes» | Des trous apparaissent dans le sol des Îles-de-la-Madeleine Un directeur de camping emmène Noovo Info sur son terrain et nous montre les dommages de l’érosion. Le constat est bouleversant. Extrait d’un épisode de la série documentaire «Entre les lignes», diffusée sur Crave. Avec Étienne Fortin-Gauthier et Alexandre Volpato.

Noovo Info a rencontré le maire des Îles-de-la-Madeleine au bord de l’eau. Derrière Antonin Valiquette, on aperçoit un panneau accroché à un poteau: «DANGER».

Lors de l’entretien, nous ne sommes pas en danger de façon «imminente», dit le maire, «mais c’est le genre de signalisation qu’on va retrouver un peu partout sur le territoire».

«L’érosion côtière fait en sorte qu’on doit pas aller se construire trop près des côtes», explique M. Valiquette. «C’est dangereux pour les véhicules, pour les personnes et ça l’est aussi pour les bâtiments.»

Entre les lignes | Îles-de-la-Madeleine Le maire des Îles-des-la-Madeleine, Antonin Valiquette (à droite), en entrevue avec le journaliste de Noovo Info Étienne Fortin-Gauthier à l'été 2026. Image tirée d'un épisode de la série documentaire «Entre les lignes», diffusée sur Crave. (Alexandre Volpato/Crave)

Voilà qui tombe bien mal pour une économie qui dépend prioritairement des activités de la pêche commerciale, dont les retombées s’élèvent à environ 140 millions de dollars annuellement.

«On a des bâtiments qui doivent être sur le bord de l’eau, de par leur nature, leur usage», comme pour une usine de transformation, donne le maire Valiquette en guise d’exemple.

«Si les infrastructures de pêche commerciale sont affectées, ça peut avoir un impact direct sur la vitalité de notre territoire au grand complet», explique-t-il.

D’abord, des trous; puis, des baies

Outre les pêches, le secteur touristique souffre également de la transformation en cours aux Îles-de-la-Madeleine. Au camping du Parc de Gros-Cap, on constate encore une fois les conséquences de l’érosion.

Le directeur du parc nous énumère tous les changements remarqués à travers le temps.

À côté de la salle de spectacle L’Étoile, une nouvelle baie s’est créée dans les deux, trois dernières années, raconte Sébastien Cummings. «Ça a commencé par un trou, après ça a défoncé.»

M. Cummings rapporte que dans une tempête, l’an dernier, un affaissement de «15, 20 pieds» s’est produit. «D’un coup.»

Le directeur du Parc de Gros-Cap nous montre un autre endroit où se trouvait un «trou». C’est devenu une autre petite baie en 2025. Deux ans auparavant, des campeurs couchaient sur la terre ferme en ces lieux.

Noovo Info a pris des images d’un troisième trou au Parc de Gros-Cap, encerclé de clôtures, où une autre baie pourrait se former abruptement et priver Sébastien Cummings d’une parcelle de son terrain.

Entre les lignes | Îles-de-la-Madeleine De l'eau de mer perce à travers le sol du Parc de Gros-Cap, à l'été 2026 aux Îles-de-la-Madeleine. Image tirée d'un épisode de la série documentaire «Entre les lignes», diffusée sur Crave. (Alexandre Volpato/Crave)

«Tu ne peux pas te battre contre ça», dit le directeur, les mains dans les poches, clairvoyant. «Gros-Cap va rester une belle place pour faire du kayak, mais peut-être pas avec la même vocation.»

À la recherche d’une solution

M. Cummings semble donc confiant de pouvoir sauver ses opérations, mais le maire Valiquette a amené l’équipe de Noovo Info à visiter un autre secteur habité qui, lui, ne pourra pas être sauvé.

«On leur dit qu’ils devraient partir d’ici», affirme M. Valiquette en parlant des résidents. Cet endroit jadis prisé des citoyens fait partie des secteurs à risque cartographiés par le ministère de la Santé publique.

Le maire, lui, ne parle plus de risque, mais bien de «deuil à faire». L’administration municipale a coupé les services publics, mais il reste une dizaine de maisons. À une époque, on retrouvait une quarantaine d’habitations dans le quartier.

«Il n’y avait pas de façon de lutter efficacement contre l’érosion», dit M. Valiquette, au passé. «Les bâtiments étaient beaucoup trop proches du trait de côte qui recule et qui menace de reculer à chaque tempête.»

Sur le sort des Îles-de-la-Madeleine, Antonin Valiquette n’a toutefois pas capitulé. Il n’est pas question de déserter l’archipel ni de déménager vers le Québec continental.

«Si on fait ça avec les Îles, est-ce qu’on va faire ça avec toute la Côte-Nord, avec toute la Gaspésie, avec le Bas-Saint-Laurent?» se demande le maire madelinot. «À un moment donné, on va manquer de place puis on va créer d’autres sérieux problèmes dans le centre du Québec si on se ramasse tous là.»

Les Îles-de-la-Madeleine sont en mode combat et cherchent des solutions, assure M. Valiquette.

«Je vais être d’accord pour dire qu’il faut relocaliser l’ensemble de la population quand je serai debout sur la plus haute butte des Îles-de-la-Madeleine, avec de l’eau jusqu’aux genoux. Pas avant.»

Précision

Note de la rédaction: Noovo et Crave sont des divisions de Bell Média, qui fait partie de BCE Inc. Pour plus d’information, consultez les normes éditoriales de Noovo Info.