Un effondrement catastrophique de roches et de glaces au Népal attire l’attention sur les risques liés à l’évolution des paysages montagneux au Canada. Un chercheur canadien de renom prévient que la fonte des glaciers et du pergélisol crée de nouveaux dangers.
John Pomeroy, directeur du projet Global Water Futures Observatories à l’Université de la Saskatchewan, a dit qu’on s’inquiète de voir des dangers de montagne similaires se produire au Canada, qui, selon lui, compte plus de glaciers que n’importe quel autre pays, ainsi que de vastes zones de pergélisol et de neige.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
«Tout ça fond, et ça fond de plus en plus vite chaque année», a expliqué celui qui est aussi titulaire de la Chaire de l’UNESCO sur la durabilité de l’eau en montagne. «Ça crée donc de nouveaux dangers qu’on n’avait jamais vus auparavant.»
Cet avertissement survient une semaine après que des crues soudaines et catastrophiques ont ravagé certaines régions du Népal et du Tibet voisin. Au moins 1100 personnes ont perdu la vie et des milliers d’autres sont toujours portées disparues, dont une trentaine de Canadiens.
Les opérations de recherche et de sauvetage se poursuivent alors que les autorités sont aux prises avec l’ampleur des dégâts.
M. Pomeroy a expliqué que la catastrophe avait pris naissance dans les hauteurs de l’Himalaya, où un effondrement massif a projeté des roches et une partie importante du glacier qui ont dévalé environ un kilomètre dans la vallée en contrebas.
Il a précisé que cet effondrement impliquait une dalle rocheuse qui avait probablement été gelée auparavant. Lorsqu’elle s’est fracturée, la roche et le glacier se sont effondrés ensemble, libérant d’énormes quantités d’eau de fonte stockées dans la glace.
«Ça a alors formé, comme un tsunami d’eau, de glace, de roches et de sédiments qui, en quelques minutes, a dévalé la vallée jusqu’au poste frontalier entre la Chine et le Népal», a-t-il mentionné.
La vague a ensuite «continué sa course à des vitesses dépassant les 160 km/h», a-t-il ajouté, atteignant des dizaines de mètres de hauteur — «jusqu’à 50 mètres à certains endroits».
Selon l’expert, le réchauffement dans l’Himalaya a été particulièrement rapide ces dernières années, contribuant au recul des glaciers et au dégel du pergélisol, ce qui peut déstabiliser les pentes montagneuses.
Évolution des milieux de montagne
Même si un événement de l’ampleur de la catastrophe au Népal est extrême, il a précisé que le Canada a déjà connu des exemples à plus petite échelle de risques liés à l’évolution des milieux de montagne.
En 2012, dans le parc national Jasper, un effondrement de roches et de glacier au mont Edith Cavell a provoqué une vague semblable à un tsunami dans les eaux en contrebas.
«C’était en pleine nuit, donc il n’y avait personne», a lancé M. Pomeroy. «Si ça s’était passé l’après-midi, il aurait pu y avoir un millier de personnes.»
M. Pomeroy a aussi mentionné Canmore, en Alberta, comme l’une des collectivités de montagne que les chercheurs surveillent. La ville, située à environ 100 kilomètres à l’ouest de Calgary, se trouve au pied d’un relief montagneux escarpé.
«On a eu l’inondation du siècle en 2013, puis une autre inondation assez importante — deux inondations en juin cette année, accompagnées de mouvements de débris dans le ruisseau Cougar», a-t-il rapporté. «Une grande partie de ces débris provient du sol stable dans la partie supérieure du bassin de Cougar Creek et de la fonte du pergélisol là-haut. Et on a de plus en plus d’épisodes de pluies extrêmes.»
M. Pomeroy a indiqué qu’une structure de contrôle des débris a depuis été construite pour aider à protéger Cougar Creek, mais a ajouté qu’«il y a plein d’autres ruisseaux de montagne par ici qui sont très dangereux».
Ces changements sont aussi remarqués par les gens qui passent leur vie professionnelle dans les montagnes.
Tim Ricci, directeur des opérations chez Yamnuska Mountain Adventures à Canmore, a déclaré que l’évolution des conditions peut être perceptible en un laps de temps étonnamment court.
«On passe tellement de temps sur ce terrain qu’on voit les effets de ces changements d’une saison à l’autre, et parfois d’une semaine à l’autre, vu les énormes fluctuations de température», a-t-il dit. «En tant que guides et guides de montagne, on s’adapte clairement à ces changements et on réfléchit à la meilleure façon de gérer les risques et d’accompagner les gens en toute sécurité à travers les montagnes, compte tenu de ce qu’on observe en matière de changement climatique.»
Un autre type de menace liée aux glaciers a déjà forcé des Canadiens à quitter leur domicile. Près de Pemberton, en Colombie-Britannique, les résidents de la région de Poole Creek et de Gates Lake ont subi des inondations trois années de suite, selon Nancy King, une résidente.
Cette année, les résidents ont reçu un ordre d’évacuation en raison de la menace d’une crue soudaine provenant du glacier Place. «Ce qu’on sait, c’est que ça devrait devenir un phénomène annuel, tant que le glacier sera encore là», a mentionné Mme King.
«En tant que résidents, on se demande : est-ce qu’on va devoir quitter notre maison chaque année? Est-ce qu’on va perdre notre maison? À quoi ça va ressembler?»
— Nancy King, une résidente de la région de Poole Creek et de Gates Lake
Selon Nancy King, cette incertitude a eu des répercussions difficiles. «On accorde tous beaucoup de valeur à nos maisons», a-t-elle ajouté. «Elles sont censées être notre espace sûr et notre refuge. Et on n’a pas cette impression.»
M. Pomeroy a expliqué que l’un des défis auxquels font face les scientifiques, c’est que de nombreuses zones potentiellement dangereuses sont isolées et difficiles à surveiller en continu.
Il a précisé que l’événement au Népal était suffisamment important pour être enregistré comme un événement sismique et qu’il avait d’abord été interprété comme un tremblement de terre. Six minutes plus tard, a-t-il ajouté, la vague de crue a atteint la frontière entre le Népal et la Chine.
Selon lui, une meilleure surveillance sera cruciale alors que les environnements montagneux continuent d’évoluer. «Nos systèmes d’alerte précoce doivent aller au-delà de la simple mesure des débits fluviaux», a-t-il précisé. «On a besoin de satellites, de nouveaux satellites et de réaffecter les satellites existants pour surveiller les zones à haut risque.»

