Environnement

El Niño pourrait entraîner une saison des tempêtes exceptionnellement calme dans l’Atlantique

Aucun ouragan n’a encore formé dans l’Atlantique cette année et aucun ne devrait se former avant au moins une semaine.

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Météo: qu’est-ce qu’un épisode El Niño? Cette semaine, l’ONU a relevé à 80 pour cent la probabilité qu’un épisode El Niño se forme d’ici le mois d’août. Alex Verville nous en parle.

L’Atlantique est calme — d’un calme record — cette saison des ouragans, grâce à un énorme El Niño qui anéantit les tempêtes avant même qu’elles ne prennent de l’ampleur.

Aucun ouragan n’a encore formé dans l’Atlantique cette année et aucun ne devrait se former avant au moins une semaine, même si on est normalement au plus fort de la saison, selon le Centre national des ouragans. Seules cinq tempêtes tropicales relativement faibles et de courte durée se sont formées cette saison.

Samedi, l’année 2026 a établi un record de la plus longue période depuis le début d’une saison sans qu’une tempête n’ait atteint des vents de 103 km/h pour être classée comme ouragan — du moins depuis l’ère des satellites, a indiqué Nick Novella, météorologue au Centre de prévision météorologique du gouvernement. Avant les années 1950, il y a eu quelques années où aucun ouragan n’avait été enregistré aussi tard dans la saison, mais les météorologues ne se fient pas à ces données, car la surveillance des océans n’était pas complète.

L’activité globale des ouragans, mesurée en tenant compte du nombre de tempêtes, de leur force et de leur durée, est également à son plus bas niveau depuis 1950, selon Phil Klotzbach, expert en ouragans à l’Université d’État du Colorado. L’activité des tempêtes dans l’Atlantique ne représente que 7 % de la normale pour cette période de l’année.

Il ne faut pas baisser la garde, car il suffit d’une seule tempête, même pendant un El Niño, pour qu’il y ait des conséquences catastrophiques. Plusieurs experts ont évoqué l’année 1992, qui a démarré tardivement mais violemment avec l’ouragan dévastateur Andrew.

El Niño engendre des conditions qui freinent la formation des tempêtes

«C’est vraiment stupéfiant de voir à quel point l’Atlantique est hostile à tout ce qui pourrait former un cyclone tropical en ce moment», a déclaré Kristen Corbosiero, professeure de sciences atmosphériques à l’Université d’Albany.

«Tout ce qui tente de se former subit un triple coup dur » : des vents qui décapitent la tempête, de l’air sec qui l’affame et des vents descendants qui, en gros, l’écrasent.»

—  Kristen Corbosiero, professeure de sciences atmosphériques à l’Université d’Albany

Ces trois forces sont les effets classiques d’El Niño, ce réchauffement naturel et temporaire de certaines parties du Pacifique équatorial qui perturbe et réchauffe le climat à l’échelle mondiale, ont expliqué cinq experts à l’Associated Press.

«Ça martèle littéralement l’Atlantique. C’est tout simplement impressionnant», a dit Klotzbach. «On n’a même pas eu quoi que ce soit qui s’approche vraiment d’un ouragan.»

Le principal effet d’El Niño dans l’Atlantique, c’est un cisaillement du vent d’une intensité record : ça se produit quand de forts vents d’est frappent un système de tempête à basse altitude, tandis que de forts vents d’ouest le repoussent dans la direction opposée en altitude. Résultat: ils «déchirent» la tempête, a souligné Corbosiero.

Dans la zone entre l’Afrique et les Caraïbes, où les tempêtes les plus violentes se forment habituellement avant de se diriger vers l’ouest, ce cisaillement du vent dépasse d’environ 74 km/h ce qu’un cyclone tropical peut supporter, a précisé Mme Corbosiero. C’est un niveau sans précédent, a-t-elle ajouté.

«On leur coupe la tête avant même qu’elles aient la moindre chance», a indiqué Brian McNoldy, expert en ouragans à l’Université de Miami.

Gardez un œil sur le golfe

La seule région où le cisaillement du vent n’a pas été élevé, c’est le golfe du Mexique, et ces tempêtes ont tendance à vraiment prendre de l’ampleur plus tard dans la saison; il pourrait donc encore y en avoir de fortes qui s’approchent de cette région, ont averti Mme Corbosiero et d’autres experts.

En plus de l’air sec qui prive la tempête d’énergie, la poussière africaine l’étouffe et il y a moins de «germes» de temps orageux susceptibles de se développer — autant de signes classiques d’El Niño, ont déclaré les experts. Et dans l’Atlantique, une haute pression pousse l’air vers le bas, ce qui empêche aussi la formation de tempêtes, ont-ils ajouté.

Tout ça malgré des eaux chaudes — les océans du monde ont atteint des températures record pendant 100 jours — qui alimentent normalement les tempêtes. Ça montre la puissance d’El Niño, qui arrive à surmonter ça, a dit Klotzbach.

Le problème, c’est que les eaux de l’Atlantique, bien que chaudes, ne se sont pas réchauffées aussi vite que l’atmosphère au-dessus, qui s’est rapidement réchauffée sous l’effet d’El Niño, a affirmé Kerry Emanuel, professeur de météorologie au Massachusetts Institute of Technology. Ses recherches ont montré que ce qui compte plus que la simple température de l’eau, c’est la différence de température entre l’air et l’eau; comme les ouragans sont alimentés par le flux de chaleur de l’océan vers l’air, plus cette différence est grande, moins il y aura d’activité orageuse.

Les eaux de l’Atlantique ont quelques mois de retard sur l’atmosphère pour ressentir l’effet El Niño. Mais l’année prochaine, alors qu’El Niño s’atténuera et que les températures reviendront à la normale, l’eau chaude persistera, ce qui augmentera les chances que la prochaine saison soit particulièrement intense, a déclaré Emanuel.

Le phénomène inverse dans le Pacifique

Tout comme El Niño atténue généralement la saison des ouragans dans l’Atlantique, il a tendance à stimuler l’activité des cyclones tropicaux dans le Pacifique, avec de l’air humide et peu de cisaillement du vent. Et jusqu’à présent cette année, l’activité cyclonique dans l’est du Pacifique est presque le double de la normale, avec des ouragans qui durent bien plus longtemps que d’habitude. Dans le centre du Pacifique, l’activité est d’environ 40 % supérieure à la normale.

«C’est la fête là-bas, les tempêtes s’enchaînent les unes après les autres dans le Pacifique oriental», a déclaré Klotzbach.

Alors que l’Atlantique n’a connu que cinq petites tempêtes tropicales, on a dénombré 16 tempêtes nommées dans le Pacifique oriental et 20 dans le Pacifique central.

Hawaï a été frappé à deux reprises. El Niño a tendance à pousser les tempêtes plus à l’ouest que les autres années, a dit Corbosiero.

Comme les scientifiques connaissent depuis longtemps les effets d’El Niño sur l’activité cyclonique dans les deux océans, les prévisionnistes avaient prédit il y a plusieurs mois une saison des ouragans atlantique calme.

«Je ne pense pas que quiconque s’attendait vraiment à ce que ce soit aussi calme», a estimé McNoldy. «C’est tout à fait remarquable.»