Des dizaines d’étudiants de l’Université McGill ont signé une lettre ouverte exigeant qu’un meurtrier condamné, actuellement inscrit à la Faculté de droit, soit banni du campus.
Plus de 40 étudiants de McGill ont signé cette lettre, qui a été transmise à la direction de l’établissement, après qu’on a appris que Jeffrey George Ewert, qui poursuit ses études tout en étant en liberté conditionnelle, fréquentait le campus et participait à des activités de la faculté.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
La présence de M. Ewert sur le campus de McGill a été confirmée par CTV News après avoir été rapportée pour la première fois par CBC News vendredi dernier.
Dans leur lettre, datée du 19 octobre, les étudiants font valoir que l’Université McGill a omis d’informer la population étudiante du risque potentiel qu’il représente sur le campus et que l’université est tenue, en vertu de sa Charte des droits des étudiants, de prendre des mesures raisonnables pour assurer la sécurité des étudiants.
«Admettre un étudiant ayant les antécédents de Jeffrey George Ewert sans évaluation du risque qu’il représente pour la communauté de McGill, sans plan de sécurité, sans mécanisme de signalement spécialisé et sans consultation suffisante auprès des étudiants ne répond pas à cette norme», ont écrit les étudiants.
La vice-rectrice de McGill, Angela Campbell, a indiqué aux étudiants dans une note de service la semaine dernière que Jeffrey George Ewert n’était plus autorisé à se trouver sur le campus depuis le début du mois d’octobre, alors qu’il aurait commencé ses études à la fin du mois d’août.
Les signataires de la lettre, qui restent anonymes pour des raisons de confidentialité, demandent à l’université de maintenir l’ordonnance d’exclusion provisoire et soit de reporter son inscription, soit de trouver un moyen pour lui de poursuivre ses études à distance jusqu’à la fin de l’année universitaire.
Allégations de comportement inapproprié
La lettre a été envoyée à Mme Campbell, ainsi qu’à Tina Piper, doyenne de la Faculté de droit, et à Tony Mittermaier, doyen des étudiants et vice-recteur adjoint.
Jeffrey George Ewert était âgé d’une vingtaine d’années lorsqu’il a commis, à quelques semaines d’intervalle, deux agressions distinctes contre deux femmes en Colombie-Britannique en 1984.
Selon une décision rendue en 2019 par la Cour supérieure concernant son transfert vers un autre établissement correctionnel, examinée par CTV News, M. Ewert, qui est aujourd’hui âgé d’une soixantaine d’années, a rencontré sa première victime, une jeune femme, dans un bar et lui a proposé de la raccompagner chez elle. Il l’a ensuite étranglée jusqu’à ce qu’elle perde connaissance, puis l’a agressée sexuellement. Elle est décédée des suites de cette agression.
Sa deuxième victime était une jeune fille de 15 ans. Il l’a violemment battue et étranglée après qu’elle eut repoussé ses avances. Croyant qu’elle était morte des suites de l’agression, il l’a jetée dans un fossé, où elle a été retrouvée le lendemain. Elle a subi d’importants dommages cérébraux; elle est aujourd’hui aveugle et tétraplégique.
Après avoir passé 40 ans derrière les barreaux, CBC News a rapporté que sa libération conditionnelle avait été reportée à juin 2026.
La lettre des étudiants détaille plusieurs allégations de conduite inappropriée sur le campus, notamment des témoignages selon lesquels il aurait abordé de jeunes camarades de classe de sexe féminin qui étaient sous l’influence de l’alcool lors d’événements d’intégration et aurait fait en sorte que des étudiantes se sentent en insécurité.
«Des étudiants ont rapporté qu’il avait eu des contacts physiques inappropriés avec plusieurs étudiantes, dont certaines étaient mineures», a-t-on dit dans la lettre.
«Le comportement d’Ewert en ligne et sur le campus révèle une tendance à la sexualisation excessive et à la dégradation des femmes. La consommation de contenu sexuellement explicite mettant en scène des jeunes femmes et des filles, les demandes visant à connaître leur emplacement, le partage de ses coordonnées personnelles et les commentaires vulgaires suggèrent que, malgré les interventions, Ewert pourrait continuer à nourrir des attitudes préjudiciables envers les femmes», a-t-on également écrit dans la lettre.
CTV News n’a pas vérifié de manière indépendante les allégations formulées par les étudiants dans la lettre, qui comprend des captures d’écran de publications sur les médias sociaux qu’ils affirment être liées à M. Ewert. La lettre affirme qu’il utilisait un pseudonyme sur ces comptes.
Des allégations sorties de leur contexte
Me Nora Demnati, avocate représentant Jeffrey George Ewert, a déclaré vendredi dans un communiqué écrit qu’il avait immédiatement transmis le contenu de la lettre à son agent de libération conditionnelle et qu’il collaborait avec son équipe de gestion de cas concernant la situation à McGill.
Elle a également souligné l’importance des évaluations en cours menées par le Service correctionnel du Canada et la Commission des libérations conditionnelles du Canada, qui «ont tous deux déterminé que le risque évalué de M. Ewert peut être géré en toute sécurité au sein de la collectivité».
«Au contraire, lorsque des éléments d’information isolés sont évalués en dehors de ce cadre, sans avoir accès à une vue d’ensemble et sans formation professionnelle, les conclusions tirées risquent d’être incomplètes, inexactes et préjudiciables», a ajouté l’avocate, ajoutant que, bien que les préoccupations exprimées dans la lettre soient compréhensibles, «il est important de mettre en garde contre le fait de tirer des conclusions à partir d’informations partielles ou d’informations sorties de leur contexte d’origine».
Me Demnati a précisé que son client fait l’objet d’une surveillance par des moyens qui ne sont pas connus du grand public et que le contenu de son téléphone est soumis à une surveillance régulière, à la discrétion de l’agent de libération conditionnelle. Il n’est par ailleurs pas autorisé à supprimer quoi que ce soit de son appareil, y compris les photos et les messages, bien qu’il soit autorisé à utiliser les médias sociaux.
«M. Ewert reconnaît que son passé a causé du tort, et il comprend que cela puisse mettre les gens, en particulier les femmes, mal à l’aise. Ce malaise est légitime et il ne le minimise pas. Il reste également conscient du préjudice causé à ses victimes.»
— Me Nora Demnati, avocate représentant Jeffrey George Ewert
«Ce que la lettre ouverte laisse toutefois entendre, c’est que certains de ses comportements présumés sur le campus, qui n’avaient pas suscité d’inquiétude au moment où ils se sont produits, sont aujourd’hui réexaminés, a posteriori, à la lumière de ses condamnations antérieures. M. Ewert n’est pas en mesure de répondre spécifiquement à ces allégations, car elles sont présentées sans le contexte dans lequel elles auraient eu lieu. Ce qu’il peut dire, c’est qu’il est prêt à s’engager dans tout processus qui lui en donnerait l’occasion», a indiqué Me Demnati.
La déclaration concluait en indiquant que M. Ewert avait eu l’intention de révéler son passé criminel directement à un plus grand nombre d’étudiants et de membres du corps professoral, mais que des «changements importants» dans sa vie universitaire l’avaient empêché de le faire avant qu’il ne cesse de se rendre sur le campus le 6 octobre. «Il espère que l’Université McGill se montrera disposée à engager une conversation honnête et sincère et à collaborer avec lui pour explorer des solutions de rechange susceptibles de répondre adéquatement à leurs préoccupations», a rapporté son avocate.
L’affaire suscite un débat qui divise
Nick Trehan, un étudiant en première année de droit à McGill qui a signé la lettre, a déclaré à CTV News lors d’une entrevue que cette affaire avait déclenché un débat qui divise sur la réinsertion sociale et la sécurité des femmes.
«Je pense qu’il est légitime d’adopter l’un ou l’autre de ces points de vue», a-t-il dit. «Cela dit, si nous adoptons la position selon laquelle il s’agit d’une personne que nous souhaitons voir au sein de notre communauté, tant pour sa sécurité que pour celle de notre communauté, nous devons le faire d’une manière qui semble réfléchie, qui passe par une consultation de la communauté, qui s’accompagne de plans et de protocoles de sécurité, et qui prévoit des mesures d’urgence capables de soutenir les personnes, en particulier lorsque l’on pense à un phénomène tel que la violence sexiste, qui constitue un enjeu si difficile et qui touche actuellement les campus.»
Invitée à réagir aux allégations contenues dans la lettre, l’Université McGill a mentionné jeudi dans un courriel qu’elle ne pouvait pas commenter de cas particuliers en raison des lois provinciales sur la protection des renseignements personnels.
S’exprimant de manière générale sur ses pratiques, l’établissement a indiqué que la vérification des antécédents criminels ne faisait généralement pas partie du processus d’admission dans les universités canadiennes, mais qu’elle «agirait rapidement et de manière décisive si des renseignements préoccupants étaient portés à son attention concernant les antécédents d’un étudiant ou son comportement sur le campus».
L’Université McGill collabore avec les autorités gouvernementales compétentes, telles que le Service correctionnel du Canada, et qu’elle exclurait un étudiant afin de garantir «un environnement sécuritaire pour l’enseignement, l’apprentissage et la recherche». «La sécurité et la sûreté de nos étudiants sont primordiales. Point final», a-t-on précisé.

