L’Université McGill affirme qu’elle réexamine ses protocoles après qu’il a été révélé cette semaine qu’un meurtrier condamné suit des cours sur le campus, ce qui a suscité des inquiétudes quant à la sécurité des étudiants.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Jeffrey George Ewert, qui suit des cours de droit et participe à des activités organisées par la faculté, a été condamné pour meurtre au deuxième degré et pour tentative de meurtre à la suite d’agressions commises en Colombie-Britannique en 1984, alors qu’il était dans la vingtaine, selon un reportage publié vendredi matin par CBC News. Il est aujourd’hui en liberté conditionnelle après avoir purgé 40 ans derrière les barreaux dans le cadre d’une peine d’emprisonnement à perpétuité.
Selon une décision rendue en 2019 par la Cour supérieure concernant son transfert vers un autre établissement correctionnel, examinée par CTV News, M. Ewert, qui est aujourd’hui âgé d’une soixantaine d’années, avait rencontré sa première victime, une jeune femme, dans un bar et lui avait proposé de la raccompagner chez elle. Il l’avait ensuite étranglée jusqu’à ce qu’elle perde connaissance, puis l’avait agressée sexuellement. Elle est décédée des suites de cette agression.
Sa deuxième victime était une jeune fille de 15 ans. Il l’a violemment battue et étranglée après qu’elle eut repoussé ses avances. Croyant qu’elle était morte des suites de l’agression, il l’a jetée dans un fossé; elle a été retrouvée le lendemain. Elle a subi d’importants dommages cérébraux; elle est aujourd’hui aveugle et tétraplégique.
McGill «attachée au respect de la dignité humaine et au droit à une seconde chance»
Dans une note envoyée aux étudiants vendredi après-midi, la vice-rectrice de McGill, Angela Campbell, a reconnu le passé criminel de cet homme et a tenu à rassurer la communauté universitaire en affirmant que l’université prenait cette affaire très au sérieux.
«Nous savons que de nombreux membres de notre communauté, particulièrement à la Faculté de droit, sont inquiets et se demandent pourquoi ils n’ont pas été pleinement informés plus tôt. Ces préoccupations sont légitimes, et nous les prenons très au sérieux», a écrit Mme Campbell dans la note, obtenue par CTV News.
Le reportage de CBC News indiquait que la libération conditionnelle de cet homme avait été prolongée de six mois en juin 2026 et que, bien que certaines évaluations aient classé son risque de récidive comme «modéré à élevé», les documents relatifs à la libération conditionnelle précisaient qu’avec une surveillance étroite dans un centre de réinsertion et un suivi clinique, ce risque redescendrait à un niveau modéré.
Par ailleurs, la commission des libérations conditionnelles aurait exprimé des préoccupations concernant ses interactions avec les femmes et son attitude à leur égard.
Dans son message adressé aux étudiants vendredi après-midi, Mme Campbell a écrit que l’université prenait la sécurité au sérieux et que chaque étudiant avait le droit d’étudier dans un environnement sécuritaire.
«Parallèlement, McGill est attachée au respect de la dignité humaine et au droit à une seconde chance. Notre université croit à la réhabilitation et au pouvoir transformateur de l’éducation. Un antécédent judiciaire, à lui seul, n’empêche pas une personne d’étudier à McGill. Toutefois, nous ne devons jamais perdre de vue notre devoir de protection envers toute la communauté.»
— Angela Campbell, provost et vice-rectrice principale aux études de l'Université McGill
Selon l’université, M. Ewert ne s’est pas présenté sur le campus depuis le début du mois d’octobre et l’affaire fait l’objet d’une enquête menée par les responsables de McGill, qui ont également contacté le Service correctionnel du Canada pour obtenir de plus amples renseignements.
«Nous examinons également, à un niveau systémique, les méthodes que nous utilisons pour détecter et gérer efficacement ce type de situation», a affirmé Mme Campbell, ajoutant que les lois sur la protection de la vie privée empêchent l’université de divulguer davantage de renseignements concernant des étudiants en particulier.
L’article de CBC News citait des étudiants qui critiquaient l’université pour son manque de transparence et pour avoir mis en danger les étudiants de la Faculté de droit, en particulier les étudiantes. D’autres, cependant, soutenaient cet homme et ses efforts pour améliorer sa vie et ne se sentaient pas en danger en sa présence.
Selon des reportages antérieurs de La Presse canadienne sur M. Ewert, qui citaient les dossiers de la Commission des libérations conditionnelles du Canada, les membres de la commission avaient constaté qu’il «manifestait un besoin de dominer et de contrôler les femmes, des problèmes de gestion des émotions, un tempérament explosif et une méfiance envers les autres».
Sa mère était d’origine métisse et son père, britannique. Il a été adopté alors qu’il était bébé par une famille non autochtone à Surrey, en Colombie-Britannique. Son père adoptif était alcoolique et sa mère adoptive, qui souffrait de troubles psychiatriques, l’a maltraité sexuellement, physiquement et psychologiquement entre l’âge de six et de douze ans, selon les dossiers. Il a commencé à consommer des substances psychoactives au début de son adolescence.
Depuis sa condamnation, selon une autre décision judiciaire, M. Ewert s’est engagé dans un processus de guérison et a mis en pratique des enseignements autochtones traditionnels qui l’ont aidé à gérer sa colère, ses déclencheurs et ses problèmes de toxicomanie.
CTV News a communiqué avec son avocat pour obtenir ses commentaires.
Un avocat défend les efforts de réadaptation de l’homme
Eric Sutton, un avocat criminaliste de Montréal qui n’a aucun lien avec cette affaire, a soutenu que l’un des principes fondamentaux du système judiciaire canadien est que les personnes peuvent être libérées de détention lorsqu’il existe une perspective raisonnable qu’elles puissent bénéficier d’une réadaptation et qu’il n’y a pas de risque «excessif» pour la société.
«Dans cette optique, il est inutile de tenter de mettre en place une quelconque stratégie de réadaptation si l’intention est de stigmatiser la personne et de l’empêcher de faire ce qui lui permettrait de fonctionner normalement au sein de la communauté, comme poursuivre ses études, afin qu’elle puisse peut-être travailler, s’épanouir et devenir un membre utile de la communauté», a expliqué M. Sutton lors d’une entrevue.
Me Sutton a rejeté l’idée selon laquelle l’Université McGill avait l’obligation légale d’informer la communauté universitaire de la présence de M. Ewert sur le campus.
«Nous ne vivons pas dans une société parfaitement sécuritaire. Nous assumons certains risques chaque fois que nous mettons les pieds dans l’espace public», a-t-il exprimé. «Je ne suis pas d’accord pour que quiconque soit pris pour cible, à moins qu’il n’y ait des raisons de croire que cette personne représente un danger réel.»
Les délinquants en liberté conditionnelle doivent respecter certaines conditions, a-t-il ajouté, et il appartient aux autorités d’intervenir en cas de violation présumée.
L’Association des étudiants en droit de l’Université McGill a refusé de commenter cette affaire samedi lorsqu’elle a été contactée par CTV News.
Avec des informations de Max Harrold pour CTV News et de La Presse Canadienne
