Des recommandations de l’Union réciproque d’assurance scolaire du Québec (URASQ) sur l’aménagement des buttes de neige dans les cours d’école font sourciller certaines directions d’école et certains parents qui jugent les recommandations contraignantes.
Dans un bulletin transmis aux directions d’école — notamment celles du territoire du Centre de services scolaire des Chênes (CSS des Chênes) dans la région de Drummondville au Centre-du-Québec — l’URASQ recommande que la butte de neige soit d’une hauteur maximale pouvant varier entre 1,8 mètre et 3 mètres, qu’elle possède une pente modérée de l’ordre de 25%, qu’elle soit dotée d’une zone de remontée clairement identifiée et d’une zone d’attente pour les élèves qui se préparent à glisser.

L’URASQ — qui offre des assurances en responsabilité civile — conseille également aux écoles de ne pas installer la butte près d’une clôture, d’effectuer des inspections quotidiennes de la butte, d’élaborer un plan de surveillance ainsi qu’un d’un calendrier d’utilisation.
Dans son mémo, l’organisme précise par ailleurs que «le port du casque n’est pas obligatoire si la butte à glisser respecte les caractéristiques mentionnées, qui correspondent à une butte à glisser débutante».
Des conseils, pas des directives
Joint par Noovo Info, Normand Page, secrétaire général et directeur du Service des communications au CSS des Chênes, a souligné qu’il s’agissait de conseils et de recommandation et non pas de directives.
«C’est comme pour n’importe quel autre assureur. L’assureur joue le rôle qu’il doit jouer en nous émettant des recommandations pour minimiser les risques. Il faut que ce soit balisé de leur côté pour que nous, par la suite, on puisse prendre une orientation», a-t-il expliqué.
Selon Normand Page, il est faux de croire que les directions d’école ou les enseignants devront sortir avec leurs pelles et leur ruban à mesurer pour s’assurer de la conformité des buttes de neige dans leur cour d’école.
«C’est le déneigeur qui fait la pente — comme pour les autres années — et la direction va utiliser son gros bon sens à savoir “Est-ce qu’il y a des morceaux de glace dans la pente? Est-ce que la pente est trop abrupte? Est-ce que c’est sécuritaire?” Si oui, go. Sinon, on n’y va pas», a-t-il affirmé.
En ce qui concerne le conseil sur le port du casque, Normand Page parle encore une fois de «gros bon sens».
«La direction d’école, encore là, prend sa décision. C’est clair que si moi je suis une direction d’école et que je me dis que les jeunes ont besoin d’un casque pour descendre la pente, je vais la fermer la pente», a-t-il expliqué à Noovo Info.
Concernant le calendrier d’utilisation, — une pratique que l’on voit déjà pour certaines écoles alors que les jeunes peuvent se rendre à la butte selon un horaire précis, selon leur niveau ou classe — il s’agirait, encore une fois, d’une question de sécurité.
«Une école de 200 élèves, si tu as 150 jeunes qui vont sur la butte en même temps, il peut y avoir des enjeux de sécurité, surtout au niveau de la surveillance. Les membres du personnel qui surveillent à la récréation ou au service de garde, s’ils ne sont pas capables de voir il y a combien de personnes et ce qui se passe, ça devient ingérable», a souligné Normand Page.
«Ça peut être contraignant de voir ça, mais dans le fond, le message c’est d’utiliser son gros bon sens pour permettre aux élèves de jouer dehors en toute sécurité.»
— Normand Page, secrétaire général et directeur du Service des communications au Centre de services scolaire des Chênes
Selon M. Page, le Centre de services scolaire des Chênes n’a déposé aucune réclamation à leur assurance en lien avec des blessures liées à des buttes de neige au cours des 3 ou 4 dernières années.
«Je ne dis pas que des blessures ne sont jamais arrivées, mais il n’y a pas eu de réclamation», a-t-il conclu.
Une question de «gros bon sens»
La ministre de l’Éducation, Sonia LeBel, a réagi mardi matin à la nouvelle sur les recommandations de l’URASQ en lien avec les buttes de neige dans les cours d’école en parlant, elle aussi, de «gros bon sens».
«J’invite simplement les directions à exercer leur jugement, comme pour toutes les activités extérieures! L’important, c’est que les élèves puissent jouer dehors et profiter de l’hiver dans un environnement adéquat. C’est une question de gros bon sens», a-t-elle écrit mardi matin sur le réseau social X.
Rappelons que l’an dernier, le ministre de l’Éducation du moment, Bernard Drainville, avait plaidé en faveur du retour des buttes de de neige dans les cours d’école, mentionnant que selon lui, les enfants devraient pouvoir jouer au «roi de la montagne» sans qu’ils aient trop de règles de sécurité.
Dans un document publié en 2024, la Société canadienne de pédiatrie affirmait qu’un peu de risque dans le jeu des enfants peut être bénéfique pour leur santé et leur développement. La Société canadienne de pédiatrie indiquait que ce type de «jeu risqué» varie selon l’enfant, mais est généralement défini comme une «forme passionnante et stimulante de jeu libre» dont l’«issue est incertaine» et qui comporte, oui, «une possibilité de blessure physique».

