Le fait de stimuler le commerce avec un éventail plus diversifié de partenaires internationaux ne comblerait qu’une partie du vide dans l’économie canadienne si les États-Unis devaient se retirer de l’accord commercial nord-américain, selon un nouveau rapport de Deloitte Canada.
Le Canada doit donc envisager des mesures qui vont au-delà de la diversification commerciale pour aider à combler la différence, comme éliminer les obstacles au commerce interprovincial et favoriser l’émergence de nouvelles industries, ont écrit les auteurs du rapport Tarifs douaniers : un chemin semé d’embûches mène vers de nouvelles destinations, publié jeudi.
Le rapport présente le meilleur et le pire des scénarios pour l’économie nationale dans le tourbillon du commerce transfrontalier.
«On voulait se faire une meilleure idée de l’impact si le pire arrivait et que l’accord (Canada-États-Unis-Mexique) tombait à l’eau, puis déterminer dans quelle mesure on pourrait compenser cet impact négatif», a expliqué Matthew Stewart, co-auteur du rapport et associé chez Deloitte Canada, lors d’une entrevue.
Le pire scénario serait la dissolution de l’ACEUM, que les auteurs du rapport qualifient de «possibilité qu’on ne peut écarter». Les États-Unis représentaient environ 70% des exportations canadiennes en 2025.
Si ça devait arriver, le produit intérieur brut réel du Canada baisserait de 1,6%, soit 402 milliards de dollars, au cours de la prochaine décennie par rapport au scénario de référence — c’est-à-dire les taux de droits de douane américains en vigueur au 1er juillet de cette année et l’ACEUM intact. Le rapport prévoit que l’emploi diminuerait en moyenne de 163 000 emplois par année, entraînant dans son sillage les salaires et les dépenses de consommation.
«En fin de compte, ça aurait un impact grave, mais pas catastrophique, sur l’économie canadienne dans son ensemble, même si ça peut être catastrophique pour certains secteurs», ont écrit Matthew Stewart et ses coauteurs, Danielle Bochove et Trevin Stratton.
Le secteur manufacturier serait le plus durement touché. Le secteur des véhicules automobiles et des pièces détachées verrait son PIB réel chuter de 28% par rapport au scénario de référence, tandis que l’électronique, les machines et l’équipement perdraient 21%, les produits en caoutchouc et en plastique 20% et les produits chimiques 13% d’ici 2036.
Le modèle tient également compte du secteur du pétrole et du gaz, qui ne serait plus à l’abri d’un tarif mondial de 10% imposé par les États-Unis. Les ventes de pétrole aux États-Unis chuteraient de 11% et celles de gaz naturel de 30%.
Dans le meilleur des cas, le Canada conserverait ses accords de libre-échange existants — y compris l’ACEUM — tout en en concluant de nouveaux.
«Le modèle suggère que les gains découlant de la diversification des exportations, bien qu’encourageants, sont d’une ampleur moindre que les conséquences de la rupture des échanges préférentiels avec les États-Unis envisagée dans le scénario n° 1», a-t-on expliqué dans le rapport.
Dans ce cas, le PIB réel du Canada augmenterait de 0,6%, soit 141 milliards de dollars, au cours de la prochaine décennie. Près de 53 000 emplois seraient créés chaque année.
Les secteurs qui en tireraient le plus profit dans ce scénario seraient l’agriculture, surtout grâce à l’intensification des échanges avec la Chine et l’Inde, ainsi que la fabrication de divers biens.
Les auteurs du rapport soutiennent que le Canada doit faire plus que simplement trouver de nouveaux marchés pour ses produits existants.
«Il doit aussi miser sur des politiques qui favorisent une plus grande autosuffisance… en éliminant les barrières internes et en développant de nouveaux domaines de spécialisation au pays qui jettent les bases nécessaires pour desservir les marchés mondiaux de façon compétitive», ont-ils précisé.
Le rapport souligne que les investissements massifs d’Ottawa dans la défense, ainsi que le soutien aux nouvelles infrastructures d’exportation et au raffinage des minéraux essentiels, constituent des mesures positives.
Une étude de Deloitte datant de 2025 suggère que l’élimination complète des barrières commerciales interprovinciales sur une période de cinq ans générerait une production économique supplémentaire de 881 milliards de dollars d’ici 2040 et créerait 133 000 nouveaux emplois.
«Je ne pense pas que tout ça soit facile à réaliser, mais je crois qu’on pourrait au moins en atteindre la moitié», a dit M. Stewart. «Avec la diversification et un commerce intérieur plus ouvert, on pourrait compenser la majeure partie du recul causé par une situation qui se détériore avec les États-Unis.»

