Le fabricant de véhicules récréatifs BRP perd le tiers de sa valeur en Bourse, mercredi, tandis qu’une nouvelle offensive commerciale du président américain Donald Trump pourrait lui coûter plus de 500 millions $.
C’est un dur coup pour le fabricant des Ski-Doo, Can-Am et Sea-Doo, qui espérait générer un bénéfice net d’entre 410 millions $ et 480 millions $ cette année, avant que le président républicain vienne brouiller les cartes.
Pour cette raison, la direction suspend ses prévisions annuelles, moins de trois semaines après les avoir dévoilées, a annoncé l’entreprise québécoise dans un communiqué tard en soirée la veille.
Cette suspension des prévisions annuelles par BRP, ainsi que la chute du cours de l’action qui en a résulté, ont d’ailleurs incité le cabinet juridique canadien Faguy & Cie à publier un communiqué mercredi soir dans lequel il annonce le lancement d’une «enquête sur la possibilité d’une action collective en valeurs mobilières au nom des actionnaires de BRP».
Le cabinet invite les actionnaires de BRP ayant subi des pertes «à communiquer avec Faguy & Cie. afin de discuter de leurs droits juridiques et des recours possibles».
L’action de BRP a perdu 38,21 $, ou 35,37 %, à la Bourse Toronto mercredi, pour clôturer à 69,83 $.
Droits de douane américains
La Maison-Blanche a récemment modifié les modalités des droits de douane sur l’acier, l’aluminium et le cuivre.
Auparavant, seule la part du contenu métallique visé était taxée à 50 %. Depuis le 6 avril, le droit de douane est de 25 % sur l’ensemble de la valeur totale de ses motoneiges et de la majorité de ses modèles de véhicules hors route importés aux États-Unis, ce qui représente une facture plus élevée.
Le contexte commercial est «très volatil et imprévisible», déplore le président et chef de la direction de BRP, Denis Le Vot, dans un communiqué.
«Malgré les conséquences significatives de ces changements aux tarifs douaniers, nous prévoyons que, grâce à la solidité de notre bilan, à l’agilité de nos équipes à notre solide début d’année, nous serons en mesure de gérer nos activités face à ce défi et de continuer à faire progresser BRP», déclare-t-il.
Un coût «ahurissant»
Le revers est stupéfiant pour l’entreprise québécoise, constate l’analyste Martin Landry, de Stifel. «L’ampleur des conséquences est ahurissante, mais c’est probablement le pire scénario», réagit-il.
M. Landry ne révise toutefois pas ses prévisions, car le passé a démontré que les modalités des droits de douane sont «volatiles».
La plupart des concurrents seront également touchés, puisque leurs produits sont assemblés au Mexique, nuance M. Landry. «Les prix de l’ensemble de l’industrie risquent de monter pour éponger les coûts additionnels.»
Pour sa part, l’analyste Brian Morrison, de Valeurs mobilières TD, croit que BRP aura de la difficulté à mitiger les conséquences des droits de douane. «Le prochain élément qui pourrait apporter une plus grande visibilité est dans la renégociation de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM).»
BRP aurait toutefois les reins assez solides pour passer à travers la crise, estime l’analyste Sabahat Khan, de RBC Marchés des capitaux.
Il souligne que l’entreprise dispose d’une encaisse d’environ 430 millions $, d’un ratio d’endettement raisonnable et de conditions flexibles auprès de ses créanciers. «Ça devrait procurer amplement de flexibilité pour tenir à moyen terme.»

