Le président américain Donald Trump a laissé entendre qu’il pourrait relancer un ancien projet d’oléoduc visant à exporter du pétrole du Canada vers les États-Unis dans le cadre d’un accord commercial en cours de négociation.
Dans une publication sur Truth Social partagée mardi soir, M. Trump a annoncé suspendre pour trois jours les droits de douane de 50% sur les produits canadiens, deux heures avant leur entrée en vigueur prévue mercredi.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Selon lui, l’entente pourrait inclure la relance de l’oléoduc Keystone XL, un projet très controversé en discussion depuis près d’une décennie.
M. Trump avait tenté de relancer le projet lors de son premier mandat, dans le cadre de ses promesses électorales de l’époque, mais le projet avait été abandonné par Joe Biden dès la première année de son mandat.
«Le grand pipeline Keystone XL, enterré il y a longtemps par Sleepy Joe Biden, pourrait bien ressusciter!» peut-on lire dans sa publication sur Truth Social.
Il a ensuite publié une image générée par l’IA le représentant en train de sortir le pipeline Keystone XL d’une tombe marquée d’une pierre tombale portant l’inscription «ENTERRÉ PAR BIDEN».

Le premier ministre Mark Carney n’a pas mentionné l’oléoduc dans sa propre déclaration concernant l’annonce de Trump. «Des progrès substantiels ont été réalisés, bien qu’il reste encore un travail important à accomplir», a-t-il indiqué.
Proposé pour la première fois en 2008, le projet a connu un parcours semé d’embûches, marqué par des obstacles juridiques, l’opposition de militants écologistes et autochtones, et soumis aux caprices des présidents américains à différentes époques.
Qu’est-ce que le Keystone XL?
Il s’agit d’un projet d’extension qui permettrait d’acheminer du pétrole brut canadien vers la côte du golfe du Mexique aux États-Unis et qui, s’il était réalisé, pourrait accroître ces exportations vers les États-Unis de plus de 12%.
L’actuel pipeline Keystone, proposé pour la première fois en 2005 et construit entre 2008 et 2010, part de Hardisty, en Alberta, traverse la Saskatchewan et le Manitoba avant de franchir la frontière américaine près de Haskett, au Manitoba, pour rejoindre le Dakota du Nord, l’Illinois et le Nebraska.
Si le projet Keystone XL avait été mené à bien, il aurait comporté un tracé direct entre Hardisty et Steele City, au Nebraska.
Toutefois, seules les portions américaines de cette extension ont été construites jusqu’à présent.
Comment le projet a-t-il été initialement approuvé?
Le projet a été proposé pour la première fois en 2008 par ses propriétaires de l’époque, TC Energy Corp. et ConocoPhillips. À l’époque, TC Energy Corp. s’appelait TransCanada Corp.
L’Office canadien de l’énergie a approuvé le projet en 2010, mais cette autorisation était assortie de 22 conditions relatives à la sécurité, à la protection de l’environnement et aux droits des propriétaires fonciers.
Le président américain de l’époque, Barack Obama, a été le premier à y mettre fin deux ans plus tard, en janvier 2012.
Pourquoi ce projet est-il si controversé?
Le projet a suscité une forte opposition de la part des législateurs et des militants, qui invoquaient des préoccupations environnementales, l’absence de contrôle juridique et le recours inconstitutionnel à la législation des États pour examiner les tracés.
Barack Obama avait rejeté le projet en 2012 après que des législateurs américains eurent adopté, en décembre 2011, un projet de loi stipulant que le président devait se prononcer sur l’avenir de l’oléoduc dans un délai de 60 jours.

M. Obama avait fait valoir que ce délai ne lui laissait pas suffisamment de temps pour examiner le nouveau tracé, mais avait précisé que TransCanada était libre de présenter une autre demande.
Entre 2012 et 2016, les coûts du projet ont explosé alors que TransCanada envisageait de construire les tronçons sud de l’extension. Bien que l’entreprise ait trouvé un soutien auprès du gouvernement de l’État du Nebraska et d’un Congrès américain à majorité républicaine, le projet a été rejeté à plusieurs reprises en raison de contestations judiciaires menées par les opposants à l’oléoduc et d’un veto de l’administration Obama.
Lors de sa campagne présidentielle de 2016, Donald Trump s’était engagé à relancer le projet s’il était élu. En janvier 2017, il avait signé un décret approuvant le projet, avec l’intention d’en renégocier les modalités.
Le projet a continué de faire l’objet de contestations judiciaires au cours des deux années suivantes, la construction ayant débuté en avril 2020. En novembre, Biden a été élu président et a mis fin au projet dès son premier jour de mandat.
Pourquoi Biden a-t-il annulé le projet?
M. Biden avait annulé le projet en janvier 2021, affirmant qu’il n’était pas conforme aux objectifs économiques et environnementaux de son administration.
Il avait occupé le poste de vice-président des États-Unis sous l’administration Obama.

Le premier ministre canadien de l’époque, Justin Trudeau, avait exprimé sa déception face à cette annulation et a déclaré que ses représentants faisaient pression sur l’administration Biden pour qu’elle revienne sur sa décision.
Jason Kenney, alors premier ministre de l’Alberta, avait menacé d’intenter une action en justice si le projet était abandonné.
Que s’est-il passé depuis?
Le projet est resté en suspens jusqu’à ce que Donald Tump entame son deuxième mandat à la présidence.
En février 2025, il avait publié sur les réseaux sociaux qu’il souhaitait relancer le projet Keystone XL.
En octobre 2025, Mark Carney avait présenté le projet au président américain en échange d’un allègement des droits de douane américains sur l’acier et l’aluminium imposés aux industries canadiennes, ce à quoi M. Trump s’est montré «très réceptif», selon des reportages parus à l’époque.
En mars dernier, le député libéral de l’Alberta Corey Hogan avait confirmé que l’oléoduc servait de levier dans les négociations commerciales avec les États-Unis.
«Alors que nous commençons à réfléchir à certaines des industries vulnérables et à celles qui sont vraiment durement touchées par les droits de douane, nous devons disposer d’atouts de négociation, et l’énergie en fait partie», avait-il dit à l’émission Power Play de CTV à l’époque.
Il avait ajouté qu’il serait «insensé» de la part du gouvernement fédéral de ne pas «réfléchir aux possibilités» que le projet d’oléoduc pourrait offrir.

