Après plus d’une décennie de stagnation, l’industrie nucléaire connaît actuellement un regain d’activité à l’échelle internationale.
Partout dans le monde, de la Chine à l’Inde en passant par les États-Unis, de nombreux pays construisent ou s’engagent à construire davantage de centrales nucléaires.
Au Canada, le gouvernement fédéral a proposé la construction de 10 nouveaux réacteurs d’ici 2040 et souhaite également doubler les exportations d’uranium du pays.
L’Ontario construit actuellement un petit réacteur modulaire sur les lieux de la centrale existante de Darlington, à Bowmanville, au nord-est de Toronto. La Saskatchewan prévoit également de construire un petit réacteur dans les années 2030.
L’uranium est le principal composant du combustible de la plupart des réacteurs nucléaires. Ce métal radioactif est transformé en pastilles que les réacteurs utilisent pour produire de la chaleur et générer de l’électricité.
Établie à Saskatoon, la société Cameco, créée en 1988 à la suite d’une fusion entre deux sociétés d’État, est l’un des plus grands producteurs d’uranium au monde.
Chez Cameco, l’amélioration des conditions du marché a permis à l’entreprise de relancer ses activités.
En 2022, les mines de McArthur River et de Key Lake ont repris leur production. Cigar Lake prévoit également de commencer à extraire de l’uranium d’une nouvelle partie de la mine en 2030.
À Rabbit Lake, en revanche, la production reste suspendue.
«Le besoin en énergie nucléaire, nous le constatons, dit Kirk Lamont, directeur général de Cigar Lake. Les gens ont soif d’énergie.»
Le déclin de l’industrie s’était amorcé à la suite de la catastrophe de Fukushima au Japon. En mars 2011, un tremblement de terre a déclenché un tsunami qui a submergé la centrale nucléaire de Daiichi, provoquant des fusions de cœur de trois réacteurs et des explosions qui ont libéré des matières radioactives dans l’environnement.
«Le monde entier a déclaré qu’il n’avait pas besoin et qu’il ne voulait plus de l’énergie nucléaire, se souvient M. Lamont. Cela a été dévastateur pour les personnes qui travaillent [chez Cameco].»
Selon Peter Elder, conseiller scientifique en chef des Laboratoires nucléaires canadiens, la reprise du secteur s’explique par deux raisons principales.
Il raconte que les pays souhaitent réduire leurs émissions tout en répondant à des besoins croissants en électricité. Il ajoute que l’énergie nucléaire est moins sensible aux perturbations de la chaîne d’approvisionnement que le secteur pétrolier et gazier.
«Une fois qu’une centrale nucléaire est construite, il est relativement difficile de la mettre à l’arrêt, contrairement au pétrole ou au gaz naturel.»
Certains géants de la technologie aux États-Unis ont également conclu des accords pour que leurs centres de données soient alimentés par l’énergie nucléaire, signale M. Elder.
«Ils vont payer un petit supplément pour cela, car ils veulent une fiabilité très élevée de leur approvisionnement en électricité, ce qu’aucune source renouvelable ne peut actuellement leur garantir.»
Le Japon a invoqué la sécurité énergétique pour justifier la réouverture de certaines centrales, après avoir initialement promis de toutes les fermer progressivement.
Au Canada, le secteur minier tire également parti de ce regain d’intérêt.
Deux entreprises construisent actuellement de nouvelles mines en Saskatchewan: Denison et NexGen Energy.
La production de ces deux mines ne devrait pas démarrer avant plusieurs années. Mais M. Elder croit qu’il y a largement assez d’uranium pour tout le monde.
Toutes les mines d’uranium du Canada sont situées dans le bassin d’Athabasca, au nord de la Saskatchewan.
«Si l’on examine la capacité de production en Saskatchewan, on constate qu’elle pourrait presque tripler au cours des prochaines années», mentionne M. Elder.
Il ajoute que le Canada aurait besoin d’une main-d’œuvre solide s’il souhaitait construire davantage de réacteurs. Le pays pourrait également devoir composer avec des délais de construction plus longs.
Chez Cameco, cette reprise pourrait se traduire par des investissements supplémentaires.
«Ce sont ces contrats que nous signons qui vont nous permettre de soutenir l’investissement nécessaire à l’augmentation de notre production autant que possible», dit Cory Kos, vice-président des relations avec les investisseurs chez Cameco.
