Le gouvernement fédéral envisage de construire jusqu’à 10 nouveaux réacteurs nucléaires au cours des 15 prochaines années, dont au moins un en dehors de l’Ontario, en plus de vendre des réacteurs CANDU à davantage de pays et de doubler les exportations d’uranium, a déclaré lundi le ministre de l’Énergie, Tim Hodgson, lors de la présentation d’une nouvelle stratégie nationale en matière d’énergie nucléaire.
M. Hodgson a parlé d’une «nouvelle renaissance du nucléaire civil» en évoquant ce plan, alors que le gouvernement fédéral entend doubler la capacité du réseau électrique d’ici 2050.
«Si notre objectif est de doubler notre réseau électrique et de mettre en place une économie à faibles émissions de carbone en moins de 25 ans, il n’existe aucun plan crédible pour y parvenir sans l’énergie nucléaire et l’électricité propre et fiable qu’elle fournit», a déclaré M. Hodgson lors d’une conférence de presse à Newmarket, en Ontario.
«Il n’existe aucun plan crédible permettant au Canada de devenir une superpuissance énergétique si nous choisissons de ne pas tirer parti de l’un de nos atouts énergétiques les plus solides.»
La stratégie prévoit le lancement de la construction de deux nouveaux réacteurs à grande échelle d’ici 2035, la planification ou le développement de cinq autres d’ici 2040, ainsi que la mise en chantier d’au moins un réacteur en dehors de l’Ontario d’ici 2035.
Elle prévoit également la mise au point d’un microréacteur de fabrication canadienne d’ici 2035 et son déploiement dans une communauté isolée d’ici la fin des années 2030.
Répondant aux questions des journalistes à Vancouver avant l’annonce prévue lundi, le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, a déclaré qu’il n’était pas convaincu par ce projet.
«Une annonce ne suffit pas à construire quoi que ce soit», a-t-il affirmé.
«Et c’est là le problème que nous avons eu avec les libéraux de Carney: leurs promesses sont présentées comme des résultats, alors qu’il n’y a eu aucun résultat à ce jour», a-t-il ajouté.
À l’heure actuelle, le Canada compte quatre centrales nucléaires — trois en Ontario et une au Nouveau-Brunswick — qui produisent environ 15 % de l’électricité du pays.
Un nouveau projet d’installation sur le site de la centrale nucléaire existante de Darlington, en Ontario, permettrait de mettre en service le premier petit réacteur modulaire du G7, capable de produire jusqu’à 300 mégawatts par unité. La Saskatchewan étudie également la possibilité de mise en service de petits réacteurs nucléaires d’ici le milieu des années 2030.
L’accord énergétique conclu entre Ottawa et l’Alberta prévoit également une collaboration en vue de l’élaboration d’une stratégie de production nucléaire visant la construction d’une centrale nucléaire.
Lors d’une réunion d’information technique destinée aux médias lundi matin, un responsable de Ressources naturelles Canada a indiqué que la construction des nouveaux réacteurs pourrait coûter plus de 100 milliards $.
La stratégie ne précise pas comment le Canada financerait ce projet, bien que le responsable ait évoqué la Banque de l’infrastructure du Canada et le Fonds de croissance du Canada comme sources de financement potentielles.
M. Hodgson a déclaré que cette stratégie permettrait de doubler les 90 000 emplois du secteur nucléaire canadien «au cours des prochaines décennies».
Augmenter les exportations
Ce plan vise également à étendre les ventes de réacteurs CANDU à de nouveaux pays. Il indique que le gouvernement souhaite pénétrer au moins 4 nouveaux marchés internationaux d’ici 2040 et «engager 6 à 10 nouveaux marchés nucléaires émergents sur un horizon de 15 ans, renforçant la position du Canada comme partenaire de choix».
Trente réacteurs CANDU sont actuellement en service à travers le monde, notamment en Corée du Sud, en Chine, en Inde, en Argentine, au Pakistan et en Roumanie. La construction de deux autres est prévue.
AtkinsRéalis, dépositaire de la technologie nucléaire CANDU, a accueilli la nouvelle avec joie. «Chaque projet international CANDU permet de nouer des partenariats à long terme et de renforcer l’influence économique et stratégique du Canada à l’étranger», a fait valoir l’entreprise montréalaise dans un communiqué.
«Le ministre Hodgson a fait preuve d’un leadership et d’une clairvoyance remarquables en développant une stratégie en matière d’énergie nucléaire qui reflète l’ambition et la vision que mérite l’industrie canadienne», a déclaré le président et chef de la direction de la firme, Ian L. Edwards.
Le document précise que le premier ministre Mark Carney n’a pas eu connaissance de cette stratégie et n’a joué aucun rôle dans son élaboration, en raison des mesures d’éthique qu’il a mises en place.
Brookfield est copropriétaire d’un réacteur concurrent de CANDU, et M. Carney détenait des options et des actions différées tant au sein de Brookfield Corporation que de Brookfield Asset Management, qui ont été placées dans une fiducie sans droit de regard après son accession au poste de premier ministre.
La décision de vendre des réacteurs CANDU sur de nouveaux marchés vise à positionner le Canada comme un partenaire fiable dans l’exportation d’uranium et à utiliser l’énergie nucléaire comme levier géopolitique.
«Les exportations de réacteurs ne se résument pas à une transaction. Elles établissent des partenariats sur plusieurs décennies, créant des relations géopolitiques et commerciales durables qui font progresser les intérêts généraux du Canada en matière de politique étrangère», indique la stratégie.
«Alors que le Canada s’efforce de diversifier ses relations commerciales et de renforcer ses liens avec les puissances moyennes, le CANDU peut représenter un instrument central de cette stratégie.»
Enrichissement de l’uranium
Si Ottawa ne parvient pas à vendre davantage de réacteurs CANDU à l’échelle mondiale, la stratégie suggère que le Canada envisage de renforcer son activité d’enrichissement d’uranium sur son territoire afin d’alimenter d’autres réacteurs.
Contrairement à la plupart des autres réacteurs nucléaires, les réacteurs CANDU ne nécessitent pas d’uranium enrichi et Ottawa a souligné que ses alliés occidentaux se détournaient de la Russie — l’un des principaux fournisseurs mondiaux d’uranium enrichi.
«Le Canada est particulièrement bien positionné pour répondre à l’évolution de cette demande, notamment dans les étapes en amont de la chaîne de valeur de l’uranium; il existe par ailleurs des motifs solides justifiant l’expansion sélective des capacités en aval», indique la stratégie.
«La question à plus long terme de savoir si le Canada devrait développer une capacité d’enrichissement nationale demeure à l’étude. Le dossier se renforcerait si le parc national reposant sur des technologies autres que CANDU s’agrandit de façon considérable, mais, entre-temps, la formation de partenariats délibérés avec des alliés de confiance — le Canada étant le principal fournisseur d’uranium — assurera notre sécurité en matière de combustible.»
Au début de l’année, le gouvernement a publié un document de travail proposant que les évaluations d’impact des projets nucléaires soient transférées de l’Agence d’évaluation d’impact du Canada à la Commission canadienne de sûreté nucléaire.
La stratégie présentée lundi a réaffirmé cette proposition, mais celle-ci n’a pas encore été mise en œuvre, le gouvernement menant actuellement des consultations à ce sujet. La période de consultation a été prolongée le mois dernier à la suite d’une levée de boucliers des groupes environnementaux et autochtones.
«Notre approche consiste à abroger les lois anti-développement, à dépolitiser la Commission canadienne de sûreté nucléaire et à mettre fin aux obstacles dressés par les libéraux afin que nous puissions réellement produire de l’électricité et d’autres formes d’énergie plus abordables et en plus grande quantité dans tout le pays», a déclaré M. Poilievre lundi.
«Mais l’accent doit être mis sur les résultats, et non sur encore plus de promesses et d’illusions.»

