Un groupe d’universitaires et de militants demande au gouvernement fédéral d’aider les Palestiniens admis à des études supérieures au Canada à quitter la bande de Gaza. La ministre de l’Immigration, Lena Diab, affirme cependant ne pas pouvoir agir seule.
Le Réseau des étudiants et chercheurs palestiniens en danger (PSSAR) indique qu’environ 130 étudiants de maîtrise et de doctorat dans la bande de Gaza sont dans l’incapacité de fournir les données biométriques nécessaires à leur venue au Canada.
Nadia Zahra, professeure de développement international à l’Université d’Ottawa et membre du réseau, a qualifié d’«inacceptable» la déclaration faite par Lena Diab lors d’une audience en comité jeudi dernier sur les difficultés rencontrées par les étudiants palestiniens.
«La ministre a affirmé que les étudiants de Gaza doivent faire une demande d’admission comme tout autre étudiant international, sans exception, et que l’admission à une université canadienne ne garantit pas l’obtention d’un visa», a expliqué Mme Zahra lors d’une conférence de presse sur la colline du Parlement.
«La ministre a répondu sans tenir compte de la situation catastrophique que vivent ces étudiants», a-t-elle constaté.
Lors de l’audience du comité jeudi, la députée libérale ontarienne Salma Zahid a demandé à Mme Diab si le gouvernement collaborera avec les étudiants palestiniens afin de faciliter leur venue au Canada.
En réponse, Mme Diab a évoqué les possibilités pour les citoyens canadiens, les résidents permanents et les personnes ayant de la famille au Canada de quitter Gaza. Elle a précisé que le Canada ne pouvait pas contrôler les décisions d’Israël concernant les personnes autorisées à franchir ses frontières.
«Nous comprenons que certains étudiants, y compris ceux qui ont reçu une lettre d’admission d’établissements canadiens, subissent des délais de traitement plus longs pour leurs demandes de permis d’études», a souligné Mme Diab au comité.
«L’admission dans un établissement canadien ne garantit pas l’entrée au Canada et tous les étudiants internationaux potentiels doivent satisfaire à toutes les exigences avant l’approbation d’un permis d’études», a-t-elle rajouté.
Les universitaires ont indiqué qu’une trentaine d’étudiants palestiniens admis dans des établissements canadiens étaient bloqués en Égypte et que certains attendaient depuis 18 mois l’approbation de leur visa d’études après avoir soumis leurs données biométriques, telles que leurs empreintes digitales.
Mme Zahra et ses collègues ont souligné que deux étudiants palestiniens admis à l’Université de Waterloo avaient été tués à Gaza il y a un peu plus d’un an.
Taha Ghayyur, directeur général de Justice pour tous Canada, a affirmé que le Canada manque à ses obligations internationales en matière de protection des civils.
«Bien qu’il dispose des capacités et des mécanismes nécessaires pour apporter son aide, le gouvernement canadien n’applique pas les protections juridiques internationales. La ministre a le pouvoir de dispenser les demandeurs de la collecte de données biométriques, mais elle a refusé de le faire», a-t-il lancé.
«Parallèlement, les alliés du Canada ont évacué et autorisé le passage de centaines d’étudiants dans les deux semaines suivant leur admission. Le Canada doit également respecter cette norme», a-t-il dit.
Au début de la guerre russo-ukrainienne, le Canada a dispensé les demandeurs d’entrée au Canada de la collecte de données biométriques. Il s’agissait notamment des adolescents, des adultes âgés de 61 à 79 ans et des personnes ayant déjà détenu un visa temporaire au Canada.
Les étudiants ukrainiens devaient généralement fournir leurs données biométriques, mais les frais habituels de 85 $ étaient annulés.
D’autres pays, dont la France, ont collaboré avec Israël pour faciliter le passage des étudiants. Un étudiant en maîtrise de génie mécanique a confié à La Presse Canadienne que la France l’a aidé à quitter la bande de Gaza cet été, seulement quelques jours après son admission dans un établissement français.
Lors d’une entrevue de fin d’année avec La Presse Canadienne, Mme Diab a dit comprendre la situation des étudiants. Elle a ajouté que son ministère faisait tout son possible dès réception des informations des universités.
«Mais comme tous les étudiants internationaux, ils doivent aussi se soumettre à des contrôles de sécurité et à diverses formalités qui échappent au contrôle d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada», a expliqué Mme Diab mardi, interrogée sur la capacité de la France à faire sortir des étudiants de Gaza.
«Il ne s’agit donc pas seulement de l’immigration. D’autres partenaires interviennent dans ces processus et notre ministère n’a d’autre choix que de collaborer avec eux et de compter sur eux pour que cela soit possible», a-t-elle conclu.

