Air Canada suspend ses prévisions pour l’ensemble de l’année 2026, le prix du kérosène restant volatil en raison de la guerre au Moyen-Orient et les perspectives concernant ces coûts pour le second semestre restant incertaines.
Michael Rousseau, président et chef de la direction d’Air Canada, a indiqué jeudi lors de la conférence téléphonique sur les résultats de l’entreprise que, depuis fin février, la situation au Moyen-Orient et la hausse des prix du kérosène ont provoqué un choc externe pour le secteur.
«Le rythme de cette hausse met à l’épreuve la résilience de la demande dans l’ensemble de l’aviation commerciale et renforce la nécessité de faire preuve de discipline. Cette situation n’est pas propre à Air Canada; il s’agit d’un défi à l’échelle du secteur qui influence la manière dont les compagnies aériennes envisagent la capacité, la tarification et les risques», a-t-il déclaré.
«Dans ce contexte, notre priorité est de rester flexibles, de prendre des décisions réfléchies et de gérer l’entreprise de manière à privilégier les rendements et à protéger la trésorerie ainsi que la solidité du bilan», a-t-il précisé.
Air Canada a présenté ses perspectives pour le deuxième trimestre à la lumière de la suspension de ses prévisions pour l’ensemble de l’année.
Les prévisions de la compagnie aérienne pour le deuxième trimestre reflètent l’espoir de compenser entre 50 % et 60 % de la hausse estimée des coûts de carburant grâce à des mesures commerciales et de réduction des coûts, selon M. Rousseau.
La compagnie aérienne indique qu’elle prévoit désormais un bénéfice avant intérêts, impôts et dotations aux amortissements (BAIIDA) ajusté pour le deuxième trimestre compris entre 575 millions $ et 725 millions $.
«Malgré les hausses de tarifs liées au carburant, nous continuons de constater une forte demande sur l’ensemble du réseau et tout au long de la courbe de réservation», a mentionné M. Rousseau.
La compagnie aérienne établie à Montréal a enregistré un bénéfice net de 48 millions $ au premier trimestre, contre une perte nette de 102 millions $ à la même période l’année dernière.
Cela correspond à un bénéfice par action de 16 cents pour le trimestre clos le 31 mars, contre une perte par action de 40 cents au cours l’année précédente.
La compagnie aérienne dit avoir enregistré un chiffre d’affaires d’exploitation record de 5,8 milliards $ au premier trimestre, en hausse par rapport aux 5,2 milliards $ de l’année précédente.
M. Rousseau a souligné la discipline financière de la compagnie aérienne dans un communiqué de presse accompagnant des résultats.
«Nous demeurons résolus à maintenir une solide assise financière tout en créant de la valeur à long terme pour les actionnaires. Au cours du trimestre, nous avons généré 1,8 milliard de dollars en trésorerie provenant des activités d’exploitation, 1,6 milliard de dollars de flux de trésorerie disponibles et nous avons racheté pour plus de 140 millions de dollars de nos actions», a-t-il mentionné.
«Cette performance reflète notre approche prudente en matière de répartition du capital et de gestion du bilan, qui nous permet d’investir dans l’entreprise, de gérer la dette et de redistribuer du capital aux actionnaires, tout en préservant notre flexibilité financière», a-t-il ajouté.
Hausse des tarifs
Environ 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole brut transite généralement par le détroit d’Ormuz, une voie navigable étroite reliant le golfe Persique à la haute mer.
Cependant, le trafic de pétroliers y est pratiquement au point mort depuis fin février, lorsque les États-Unis et Israël ont lancé leurs frappes contre l’Iran. La situation n’a pratiquement pas évolué malgré le cessez-le-feu annoncé il y a trois semaines.
Les contraintes d’approvisionnement ont fait grimper les prix du pétrole brut, ainsi que ceux des produits dérivés, tels que le kérosène.
La flambée des coûts du kérosène menace de faire grimper les tarifs aériens.
Au début du mois, Air Canada a annoncé une augmentation des frais de bagages, passant de 35 $ à 45 $ pour le premier bagage enregistré en classe économique de base sur les vols intérieurs, vers les États-Unis et vers les destinations de vacances, par exemple.
«Pour l’avenir, nous gérons avec diligence un contexte géopolitique et macroéconomique en pleine évolution. Air Canada a été l’une des premières compagnies aériennes à mettre en œuvre des hausses de tarifs dès le début de la crise», a avancé Mark Galardo, vice-président général et chef des Affaires commerciales d’Air Canada, lors de la conférence téléphonique sur les résultats.
La compagnie aérienne avait également confirmé précédemment son intention de suspendre certains vols, notamment ceux reliant Toronto et Montréal à l’aéroport JFK de New York entre le 1er juin et le 25 octobre.
Partout dans le monde, les transporteurs ont dû réduire leurs horaires de vol, car la flambée des coûts du carburant rend certaines liaisons non rentables.
Les transporteurs nord-américains s’approvisionnent principalement auprès de raffineries situées au Canada et aux États-Unis et restent ainsi mieux protégés contre les pénuries de carburant que l’Asie et l’Europe, qui dépendent du Golfe.
Ils pourraient toutefois voir leurs options de correspondance se réduire à mesure que les compagnies aériennes étrangères suppriment les liaisons moins lucratives et immobilisent les avions les moins efficaces.
En mars, la compagnie aérienne a également annoncé que son PDG quitterait ses fonctions plus tard dans l’année.
Cette annonce faisait suite aux critiques dont M. Rousseau avait fait l’objet pour ne pas avoir diffusé de message de condoléances en français après un accident d’avion survenu à l’aéroport LaGuardia de New York, qui avait coûté la vie à deux pilotes d’Air Canada Express.
La compagnie aérienne a précisé en mars que M. Rousseau avait informé le conseil d’administration de son intention de démissionner avant octobre et qu’il devrait continuer à diriger la plus grande compagnie aérienne du Canada et siéger à son conseil d’administration jusqu’à ce qu’ils se séparent.

