Si vous avez déjà cherché «combien ai-je besoin pour prendre ma retraite», vous avez vu ces chiffres effrayants: un million de dollars ou un million et demi. Ce que vous voyez rarement, c’est l’autre côté de la médaille: de quoi vivent réellement les retraités canadiens en ce moment, et d’où vient cet argent.
Ces chiffres sont bien moins alarmants, et bien plus utiles.
Un expert en finances vous montre à quoi ressemble le revenu d’un retraité typique aujourd’hui, où il va, et quoi faire si votre propre situation semble un peu juste.
La situation actuelle
Alors, de combien dispose réellement un ménage de retraités? Les derniers chiffres de Statistique Canada, pour 2024, situent le revenu médian après impôts des familles de personnes âgées (dont le principal soutien de famille a 65 ans ou plus) à 83 200$. Moins de la moitié de ce montant provenait de transferts gouvernementaux comme le RPC, la SV et le SRG; le reste provenait de régimes de retraite privés, de placements et d’un emploi.
Du côté des dépenses, la plus récente Enquête sur les dépenses des ménages de Statistique Canada a révélé que les ménages dont le chef de famille était âgé de 65 ans ou plus ont dépensé en moyenne 78 499$ en 2023. Si on compare ces deux chiffres, on voit que le ménage de retraité typique n’a pas vraiment de coussin financier. La majeure partie de ce qui entre ressort aussitôt.
1. Commencez par les revenus qui vous sont garantis
Pour la plupart des Canadiens, le RPC et la SV sont les seuls revenus de retraite qui ne s’épuiseront pas avant sa mort et que vous ne perdrez pas à cause d’un marché boursier en baisse; c’est donc par là qu’il faut commencer. Mais on ne part pas du principe qu’on recevra «le maximum» du RPC. Selon Service Canada, la nouvelle pension de retraite moyenne du RPC en avril 2026 était de 877,01$ par mois, contre un maximum de 1 507,65$ en 2026.
Il faut ajouter à ça le montant maximal actuel de l’OAS, soit 751,97$ par mois pour les personnes âgées de 65 à 74 ans, et un retraité typique vivant seul est assuré de toucher environ 1629$ par mois avant impôt, soit environ 19 500$ par année. Tout le reste doit provenir d’une pension, d’une épargne ou d’un emploi.
Pour en savoir plus sur ce qu’il se passe à 65 ans, y compris comment le manque à gagner du Régime de pensions du Canada (RPC) se creuse, lisez cette chronique. Vérifiez votre relevé de cotisations dans Mon compte Service Canada et planifiez en fonction de ce chiffre.
2. Sachez où va réellement l’argent
Le revenu n’est que la moitié de l’équation. Après avoir analysé les données sur les dépenses dans une vidéo de Blueprint Financial l’automne dernier, l’expert financier a remarqué trois catégories qui dominaient les dépenses des ménages de retraités canadiens: le logement, l’alimentation et le transport. Le logement représentait à lui seul, et de loin, le poste de dépenses le plus important, avec environ 15 700$ par année. Les dépenses courantes du ménage, les loisirs et les soins de santé complétaient le top six.
Le plus surprenant, ce sont les soins de santé. Les ménages de retraités dépensaient environ 3 121$ par année, soit environ 260$ par mois, pour des services comme les soins dentaires, les médicaments sur ordonnance, les lunettes et les services paramédicaux qui ne sont pas couverts par les régimes provinciaux. Les «soins de santé gratuits» s’avèrent bien moins gratuits une fois que tu n’es plus couvert par un régime d’assurance collective.
Voici ce qu’il faut faire. Prendre ses dépenses des trois derniers mois, les classer dans ces six catégories, et voir laquelle est disproportionnée par rapport à son revenu. Il y a presque toujours une fuite, et colmater une grosse fuite compte bien plus que de réduire une douzaine de petites.
3. Le fossé des régimes de retraite, c’est tout ce qui compte
La plus grande différence entre un retraité dont le revenu médian est confortable et un autre qui a du mal à joindre les deux bouts, c’est le régime de retraite d’employeur. Statistique Canada a rapporté en juillet que seulement 37,6% des travailleurs rémunérés étaient couverts par un régime de retraite enregistré en 2024, et que le nombre d’adhérents dans le secteur privé avait baissé cette année-là. La plupart des régimes à prestations déterminées, qui sont la norme d’excellence, se trouvent dans le secteur public.
Si vous faites partie des 62% qui n’en ont pas, vous êtes votre propre régime de retraite. Ça veut dire que votre REER, CELI et vos épargnes non enregistrées doivent générer la part «revenu du marché» de la médiane mentionnée plus haut. Un couple bénéficiant d’un RPC moyen et d’une SADC complète pourrait recevoir environ 39 000$ par année de source gouvernementale; tout ce qui dépasse ce montant doit provenir de ce que vous avez accumulé.
Une note sur la fiscalité: transférer une partie de son REER dans un FERR à 65 ans permet de réclamer le crédit pour revenu de pension sur un maximum de 2 000 $ de retraits par année, et ça ouvre la porte au fractionnement du revenu de pension avec un conjoint.
4. Les célibataires ont besoin d’un plan différent
Les retraités célibataires ont la vie plus difficile, et les chiffres le montrent bien. Ce même communiqué de Statistique Canada estime le taux de pauvreté en 2024 à 4,0% pour les familles d’aînés, mais à 11,1% pour les aînés vivant seuls. C’est près de trois fois plus élevé.
Les raisons sont simples. Il faut payer le même loyer, les mêmes impôts fonciers, les mêmes services publics, les mêmes assurances et les mêmes frais d’auto qu’un couple, mais vous ne recevez qu’une seule prestation du RPC et une seule de la SV. Vous n’avez pas de deuxième pension sur laquelle compter, pas de fractionnement du revenu pour réduire votre facture d’impôt, et aucune prestation de survivant à laquelle vous pourrez prétendre si les choses se compliquent. Un couple peut encaisser une mauvaise année; un retraité célibataire doit tout assumer tout seul.
Alors, il faut le prévoir dès maintenant. La règle empirique à suivre est qu’une personne seule a besoin d’environ 60% de ce dont un couple a besoin, pas de la moitié. Faire ses propres calculs sur cette base, et accorder la plus grande attention au logement, car c’est la seule dépense qui ne diminue pas quand on est seul.
Dernières réflexions
Le retraité canadien typique ne vit pas grâce à un portefeuille d’un million de dollars. Il vit de la RPC, de la SV, peut-être d’une pension, et de ce qu’il a réussi à épargner, et la plupart s’en sortent bien.
Votre objectif n’est pas d’atteindre un chiffre magique. C’est de connaître votre revenu minimum réel, de connaître ses six principales dépenses, et de combler l’écart entre les deux avec un plan que vous comprenez vraiment.
Christopher Liew est titulaire des titres CFP® et CFA, et ancien conseiller financier. Il rédige des conseils en matière de finances personnelles destinés à des milliers de lecteurs canadiens chaque jour sur Blueprint Financial.

