🌐 Guerre commerciale Canada–États-Unis

Trump ordonne une nouvelle exclusion de «50 G$» en produits canadiens

La riposte du président américain était attendue, après l’entrée en vigueur des contre-tarifs canadiens. «PAS DE RÉCIPROCITÉ - PAS D’ACCÈS!», a-t-il écrit sur Truth Social.

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Contre-tarifs: Trump réplique en retirant des produits canadiens des marchés publics Le président américain Donald Trump a signé de nouveaux décrets mardi, intensifiant la riposte américaine aux droits de douane imposés plus tôt par le Canada au

Le jour de l’entrée en vigueur des contre-tarifs canadiens en riposte aux droits de douane imposés par l’administration de Donald Trump, le président a déclaré qu’il ordonne l’exclusion des produits d’origine canadienne d’un système d’achats du gouvernement fédéral américain.

D’après Trump, cette mesure est censée priver le Canada de «50 milliards de dollars» en revenus annuellement. Le message publié mardi est le premier du président visant le Canada depuis l’entrée en vigueur des droits de douane de rétorsion d’Ottawa.

«PAS DE RÉCIPROCITÉ - PAS D’ACCÈS!», a écrit M. Trump pour justifier sa décision. De l’avis du président, les gouvernements canadiens, incluant ceux des provinces ont «interdit aux petites entreprises et aux sociétés américaines de vendre sur ses marchés publics».

Il a signé cinq décrets, qui doivent entrer en vigueur plus tard dans le mois, bloquant entièrement l’importation de certains biens canadiens, tels que les motos, certains produits laitiers et des boissons alcoolisées.

Le président veut que le gouvernement de Mark Carney restaure la «pleine réciprocité», c’est-à-dire un plein accès aux entreprises et agriculteurs américains.

«Le Canada bénéficie d’un large accès à l’énorme marché public américain, y compris à celui de nos États. Ce n’est pas de la réciprocité, c’est une arnaque commerciale canadienne.»

—  Extrait d'un message de Donald Trump publié sur Truth Social

Le ministre canadien responsable des relations entre les deux pays, Dominic LeBlanc, a déclaré sur X que son pays «évaluait» ces mesures «injustifiées», et a dit être en contact avec le représentant de la Maison-Blanche au Commerce, Jamieson Greer.

«Lorsque les États-Unis seront prêts à dialoguer, notre gouvernement travaillera de bonne foi et de manière constructive à l’établissement de relations commerciales plus sûres et mutuellement avantageuses, qui respectent pleinement la souveraineté canadienne», a-t-il ajouté.

Aucune sortie de crise ne semble se dessiner pour le moment.

De son côté, M. Greer a déclaré que les décrets signés par le président Trump mardi soir sont la «conséquence naturelle du traitement discriminatoire que le Canada continue d’infliger à des exportations américaines cruciales, allant des boissons alcoolisées aux produits laitiers en passant par les véhicules à moteur».

Il a souligné que la réplique de Donald Trump aux contre-tarifs canadiens sert à défendre les intérêts des travailleurs et des exportateurs américains, mais à «rétablir la réciprocité dans nos relations commerciales bilatérales».

C’est à la General Services Administration (GSA) que reviendrait la tâche d’exécuter l’ordre du président Trump. L’agence fédérale américaine est essentiellement la centrale de gestion des achats du gouvernement, et permet aux départements et autres agences de ce dernier de faciliter leurs transactions auprès de fournisseurs préqualifiées.

Le président américain semble faire référence à la politique‎ ‎«Achetez canadien» d’Ottawa, lancée après que le locataire de la Maison-Blanche a pris pour cible le Canada avec des droits de douane et des menaces d’annexion.

Les États-Unis disposent également d’une politique «Buy America» qui donne la priorité aux achats nationaux dans des secteurs clés.

Cette mesure n’est pas non plus sans rappeler ce que le Québec a décidé d’adopter pour son propre gouvernement.

Le Conseil des ministres du gouvernement de la première ministre sortante, Christine Fréchette, a adopté par décret lundi soir une mesure qui doit favoriser les entreprises québécoises et canadiennes au lieu des compagnies américaines dans les appels d’offres de l’État.

La province pourra aussi exiger que les biens soient produits et transformés ici et même accorder une marge préférentielle de 15 % selon la valeur ajoutée québécoise ou canadienne.

Escalade du conflit tarifaire entre le Canada et les États-Unis

Après l’entrée en vigueur des contre-tarifs canadiens dans la nuit de lundi à mardi, cette nouvelle riposte de Trump était attendue dans une escalade du conflit commercial entre le gouvernement de Mark Carney et les autorités américaines.

En juillet, M. Trump a menacé d’imposer des droits de douane encore plus élevés au Canada. Il a annoncé que les États-Unis appliqueront des droits de 50% sur de nombreux produits canadiens, tout en affirmant que le Canada pratique une discrimination injuste à l’encontre des automobiles, de l’alcool et des produits laitiers américains.

Ces droits devaient initialement entrer en vigueur le 19 août et représenter une valeur totale d’environ 28 milliards de dollars. Le président américain a soutenu que les États-Unis avaient conclu un accord avec le Canada pour reporter ces droits au moins jusqu’au samedi 22 août, mais les principaux termes de cet accord n’ont pas été divulgués, et lorsque les négociations de dernière minute ont échoué, les nouveaux droits de douane sont entrés en vigueur juste après minuit.

Ces droits de douane de 50% s’appliquent à environ 5% de ce que le Canada exporte vers les États-Unis chaque année, y compris des produits, dont des bâtons de hockey.

Mark Carney a promis de riposter «dollar pour dollar» avec des contre-tarifs qui sont entrés en vigueur le 8 septembre.

Les droits de douane de rétorsion du Canada visent des produits américains d’une valeur équivalente, tous issus de la liste des produits canadiens soumis à des droits de douane par les États-Unis. Cela inclut notamment les produits laitiers, le contreplaqué et la crème solaire.

Retour de la menace du 51e état

Quelques heures avant l’entrée en vigueur des nouveaux droits de douane canadiens, M. Trump y est allé de nouvelles diatribes contre le Canada sur les réseaux sociaux. Il a notamment partagé un dessin généré par intelligence artificielle le représentant en joueur de hockey, frappant M. Carney avec son bâton et lui criant: «Debout, gouverneur!»

M. Trump a exprimé à plusieurs reprises son souhait de faire du Canada le 51e État américain qualifiant autant M. Carney que son prédécesseur, Justin Trudeau, de «gouverneur».

Le Secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a répété mardi que Donald Trump avait offert au Canada le meilleur accord, et dit être incertain de savoir pourquoi Mark Carney s’était retiré des négociations.

Il a dit au média de droit Breitbart News qu’il «allait voir s’il est possible de revenir en arrière», tout en minimisant les effets des droits de douane canadiens sur l’économie américaine.

«Si j’étais l’un de ces Canadiens, je ferais bien attention, car ils ont voulu les avantages d’être un état sans en être un, a dit M. Bessent. Maintenant que ces ententes se désagrègent, tout le monde va vouloir venir de notre côté.»

Depuis l’échec des négociations, la semaine dernière, Donald Trump a pris le Canada pour cible presque quotidiennement. Il a signé un décret renommant le lac Ontario «lac de l’Amérique», et écrit plusieurs publications sur ses réseaux sociaux concernant le dollar canadien.

Bombardier prise pour cible

Donald Trump a également menacé lundi d’empêcher le constructeur québécois Bombardier de vendre ses avions aux États-Unis, à moins qu’il ne les construise au sud de la frontière.

Dans un long communiqué, l’entreprise a réfuté l’idée selon laquelle elle ne le ferait pas actuellement, en énumérant des milliers d’emplois répartis sur plus de 20 sites à travers les États-Unis.

Plus tôt mardi, le premier ministre Mark Carney a averti que le choix du Canada de prendre ses distances avec les États-Unis ne se fera pas sans prix, mais que la voie alternative serait bien pire.

M. Carney maintient que les négociations ont échoué, car les États-Unis ont tenté de limiter la possibilité pour le Canada de conclure des ententes commerciales avec d’autres pays, effectué des demandes affectant la capacité du pays de protéger et de mettre en valeur la langue française, et n’ont pas fait suffisamment de concessions sur les droits de douane qui avaient un impact sur le secteur automobile.

«Nous ne pouvions pas accepter ce qu’ils proposaient. Nous n’allions pas céder à ce qu’ils demandaient. En conséquence, les États-Unis ont imposé de nouveaux droits de douane destinés à nous nuire et à nous diviser», a expliqué le premier ministre la semaine dernière, ajoutant que les Canadiens veilleront toujours les uns sur les autres.

«C’est une erreur de calcul, car nous avons tout ce qu’il faut pour bâtir le pays que nous voulons. Nous avons les réserves, nous avons la résilience, et nous avons le bon plan.»

Les propos tenus par Mark Carney signalent qu’Ottawa se prépare pour une longue bataille contre Washington, alors que l’obsession de Donald Trump avec le Canada se révèle être particulièrement impopulaire à l’approche d’une élection de mi-mandat américaine cruciale pour lui, en novembre.

Un sondage Ipsos/Reuters publié la semaine dernière indique que 20 % des Américains étaient en faveur de droits de douane plus élevés envers le Canada. Il postulait également que les deux tiers des Américains étaient en désaccord avec le changement de nom du Grand Lac.

Avec de l’information de Julien Denis pour Noovo Info, de La Presse canadienne et de l’Associated Press.