En première mondiale, un musée québécois exposera une montre de poche ayant appartenu à Marie-Antoinette ainsi que le légendaire diamant florentin de 137 carats.
Ces bijoux précieux font partie d’une collection que l’on croyait perdue ou volée, mais qui avait en réalité été cachée dans une valise et gardée secrète pendant plus d’un siècle dans le coffre-fort d’une banque canadienne.
Les bijoux seront exposés au public au Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) à partir du vendredi 4 septembre.
L’exposition retrace les liens historiques étroits entre le Canada et l’Europe, ainsi que l’histoire remarquable du voyage de la dernière impératrice d’Autriche-Hongrie vers la sécurité à Québec, avec pour seul bagage une valise abîmée.

«La Ville de Québec a offert à ma famille sécurité, respect et espoir en cette période de grande incertitude», a déclaré Karl von Habsburg, petit-fils de l’impératrice Zita, dans un communiqué publié jeudi. «Exposer ces bijoux au Musée est une marque de profonde gratitude envers le Québec et le Canada pour avoir accueilli et protégé ma grand-mère et ses huit enfants pendant la Seconde Guerre mondiale.»
Vers la fin de la Première Guerre mondiale, et après l’abolition de l’Empire austro-hongrois, les bijoux appartenant à la famille Habsbourg ont été transportés en Suisse, puis en Belgique, où l’empereur Charles Ier et son épouse, l’impératrice Zita, étaient en exil.
Après la mort de son mari, l’impératrice Zita a dû fuir une nouvelle fois pendant la Seconde Guerre mondiale pour échapper aux troupes nazies. Les Allemands ont bombardé la demeure de la famille Habsbourg deux jours après sa fuite. L’impératrice s’est rendue à Québec en octobre 1940 avec ses huit enfants et les bijoux de famille inestimables rangés dans une seule et même petite valise.
Les Sœurs de Sainte-Jeanne d’Arc, une congrégation québécoise, ont offert à l’impératrice et à ses enfants un modeste logement, avec la bénédiction de l’archevêque de Québec de l’époque, où elle est restée une décennie. Lorsqu’elle est retournée en Europe, elle a laissé la collection de 15 bijoux en dépôt pour qu’ils y soient mis en sécurité; ils y sont restés pendant des décennies auprès du Saint Joseph Trust, une entité chargée de la garde des bijoux.
«Plus de 80 ans plus tard, il est profondément émouvant de voir cette histoire se poursuivre au Québec et de pouvoir, à notre tour, partager ces trésors avec le public», a déclaré Andrew Molson, administrateur du Saint Joseph Trust.

L’impératrice Zita avait souhaité que l’emplacement des bijoux reste secret jusqu’au 100e anniversaire de la mort de son mari Charles, en 1922. Le sort de ces bijoux était resté longtemps un mystère, les journaux spéculant dès les années 1920 qu’ils avaient probablement été perdus, volés ou retaillés.
L’impératrice est décédée en Suisse en 1989 à l’âge de 92 ans, mais elle avait confié le secret de la famille Habsbourg à deux de ses fils. Ceux-ci, à leur tour, n’ont révélé le sort des bijoux qu’à deux de leurs enfants.
À l’automne 2025, la famille a annoncé publiquement que les objets avaient été conservés à Québec et qu’ils seraient, conformément au souhait de l’impératrice Zita, exposés dans cette ville. En décembre 2025, le gouvernement autrichien a mis en place une commission d’experts chargée de déterminer si le pays pouvait faire valoir des droits sur certains de ces bijoux. Ce processus est toujours en cours.
Parmi ces trésors figure une montre de poche ayant appartenu à Marie-Antoinette. Le musée la décrit sur son site web comme un «somptueux accessoire qui représente une rare alliance entre la joaillerie fine et l’horlogerie».
Le musée a ajouté que la montre avait été mise en lieu sûr pendant la Révolution française et qu’une mèche de cheveux, qui aurait pu appartenir à la mère de Marie-Antoinette, se trouve dans un médaillon situé au dos de celle-ci.

La pièce maîtresse de la collection est le Diamant de Florence. Il s’agit de l’un des plus gros diamants connus, décrit comme «d’une pureté remarquable» et de couleur jaune pâle. Le musée le décrit comme une taille «double rose» qui ajoute une deuxième couche de facettes sur la face inférieure de la pierre pour créer davantage d’éclat. Il a autrefois appartenu à la famille Médicis, souverains de Florence.
Sa mystérieuse disparition a inspiré des intrigues de romans et de films, notamment un film français de 2014 intitulé «Le Dernier Diamant», dans lequel un personnage fictif tente de voler le diamant florentin.

«Pour la première fois, nous invitons le public à découvrir ces chefs-d’œuvre extraordinaires de la joaillerie européenne, dont l’éclat, l’élégance et l’histoire résonnent à travers les âges », a déclaré Jean-Luc Murray, directeur général du Musée national des beaux-arts du Québec, dans un communiqué.
Les descendants de l’impératrice Zita se disent « ravis » que le souhait de leur grand-mère, qui souhaitait que les bijoux de famille soient exposés au public du monde entier, soit exaucé.
«Elle était pleinement consciente de la responsabilité culturelle et historique de notre famille, et il était extrêmement important pour elle que cette importante collection privée puisse à nouveau être vue et appréciée au moment opportun, comme c’est désormais le cas au Musée national des beaux-arts du Québec», a ajouté Karl von Habsburg dans son communiqué.
L’un de ses petits-fils sera présent à Québec pour l’inauguration de l’exposition intitulée «Trésor caché: un siècle de mystère», conçue et réalisée en collaboration avec le Saint Joseph Trust.
Les visiteurs devront acheter un billet d’entrée supplémentaire pour pouvoir visiter l’exposition.

