Justice

Une femme trans recevra des milliers de dollars pour discrimination dans un bar

«Oui, ça paraît un peu dans ta voix. Moi, ça ne me dérange pas, mais c’est mon père qui ne veut pas…»

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Le Bar Lucky 7, situé à Montréal, est dorénavant définitivement fermé. Le Bar Lucky 7, situé à Montréal, est dorénavant définitivement fermé. (Facebook/Lucky 7 Bar)

Une femme trans recevra un dédommagement total de plus de 12 000 dollars alors que le propriétaire du Bar Lucky 7, situé à Montréal, a refusé de l’embaucher en raison de son identité de genre en mars 2017. 

Cette dernière avait postulé pour un poste de serveuse au bar, qui est dorénavant fermé de façon définitive. À la suite d’une formation non rémunérée, on l’informe qu’on la contactera pour lui donner ses heures de travail. 

C’est après avoir rencontré le gérant des lieux, Sayeed Ahmed Sikder, que la situation prend une autre tournure. M. Sikder lui demande si elle est trans. Elle lui précise que tous ses papiers légaux sont à jour, qu’elle a terminé sa transition et qu’elle a eu une opération de réattribution sexuelle. 

Le gérant l’informe qu’il ne pourra pas l'engager, même si elle lui fait valoir qu’il s’agit de discrimination dans la Charte des droits et libertés de la personne

«Oui, ça paraît un peu dans ta voix. Moi, ça ne me dérange pas, mais c’est mon père qui ne veut pas… Juste la semaine passée, il a fallu que je sorte quelqu’un avec un bat de baseball. La clientèle est vieux jeu, je ne veux pas avoir à prendre ta défense tous les jours», lui a-t-il répondu selon le jugement.

Pas comme une «vraie femme» 

Le jugement indique que la femme est dans un état dépressif durant les jours et les semaines qui suivent le refus d’embauche. 

Elle développe une obsession quant au timbre de sa voix et fait deux séjours aux États-Unis par la suite pour être opérée aux cordes vocales. 

La femme a porté plainte à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) pour refus d’embauche discriminatoire deux semaines après les événements survenus en 2017. 

Le Tribunal des droits de la personne a tranché que le Bar et le gérant Sayeed Ahmed Sikder devaient lui payer des indemnités de 118,40 $ pour perte de revenu, de 10 000 $ pour préjudice moral et de 2 000 $ chacun contre le Bar et M. Sikder pour dommages-intérêts punitifs «en raison de leur comportement insouciant et délibéré et du fait que le Tribunal ne peut tolérer que ce genre de pratique perdure au Québec». 

Un «jugement important»

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse s’est réjouie de ce jugement.

«Il s'agit d'un jugement important, puisque c'est l'une des premières causes remportées par la Commission des droits pour un dossier de discrimination en emploi basée sur l'identité de genre», a indiqué Philippe-André Tessier, le président de la Commission des droits, par voie de communiqué. 

Ce dernier espère que cette décision permettra «de sensibiliser les employeurs au respect du droit à l’égalité des personnes trans, qui est protégé par la Charte des droits et libertés de la personne».