Art et culture

Situation «alarmante» de la culture québécoise, le ministre Lacombe reçoit un rapport

Devant la «prédominance des grandes plateformes» numériques, le Québec doit légiférer pour défendre sa culture, selon un nouveau rapport présenté au ministre Lacombe.

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Situation «alarmante» de la culture québécoise, le ministre Lacombe reçoit un rapport Situation «alarmante» de la culture québécoise, le ministre Lacombe reçoit un rapport

Devant la «prédominance des grandes plateformes» numériques et de leur pression sur sa culture, le Québec doit légiférer pour défendre et mettre en valeur ses contenus et la langue française, selon un nouveau rapport du comité-conseil sur la découvrabilité des contenus culturels.

Le rapport de 74 pages, notamment signé par Louise Beaudoin, ex-ministre de la Culture et des Relations internationales, propose 32 recommandations pour parvenir à cette fin.

Voyez le reportage de Marie-Pier Boucher sur ce sujet dans la vidéo de cet article.

Le ministre de la Culture et des Communications, Mathieu Lacombe, a dit prendre acte de ce document intitulé La souveraineté culturelle du Québec à l'ère du numérique, mardi, au jour de sa publication.

«Il est primordial que le public québécois, notamment les jeunes, ait accès à la culture québécoise sur le Web. C’est un enjeu majeur pour la vitalité de notre culture et de notre langue.»
Mathieu Lacombe, ministre de la Culture et des Communications

«Une situation alarmante»

D’entrée de jeu, le rapport soutient que la situation «est de plus en plus alarmante». Les auteurs rapportent que la popularisation des grandes plateformes numériques détourne l’attention du public québécois de la culture du Québec, particulièrement chez les jeunes.

Selon une étude de l’Observatoire de la culture et des communications de l’Institut de la statistique du Québec publiée en 2022, seulement 8,6% des 10 000 chansons les plus écoutées au Québec étaient interprétées en français.

En conférence de presse, le ministre Lacombe a mentionné son désir de voir plus de contenus québécois francophones sur les plateformes: «les jeunes ne peuvent pas aimer ce qu’ils ne connaissent pas».

Le rapport mentionne également le recul de la langue française dans la Belle province, selon le dernier recensement de Statistique Canada. L'Office québécois de la langue française avait également fait ce constat. Entre 2016 et 2021, la proportion de personnes qui parlent le plus souvent le français à la maison est passée de 79% à 77,5%. Des côtés anglophones et allophones, les pourcentages sont respectivement passés de 9,7% à 10,4% et de 7,3% à 7,9%.

«On a tout ce qu’il faut, mais quand on arrive sur [les grandes plateformes] c’est là qu’on s’y perd», a soutenu M. Beaudoin lors de la présentation du rapport.

Pistes de solutions

Rappelons que le gouvernement fédéral a adopté le 27 avril 2023 la Loi sur la diffusion continue en ligne afin d’encadrer les principales plateformes numériques et ainsi promouvoir la création de contenus canadiens. Mais il revient au Québec d’adopter ses propres lois et règlements afin de «protéger et de promouvoir sa culture et sa langue française», soutiennent les auteurs.

Certaines recommandations portent sur ce que le Québec peut faire pour se mettre en valeur sur la scène internationale. L’approche proposée vient s’appuyer sur «des alliances de longue date», particulièrement avec la France, et de participer aux conventions internationales sur la diversité culturelle. Sur ce point, le rapport martèle l’importance de défendre la langue française, mais surtout de mettre en valeur la «spécificité linguistique québécoise».

Au Canada, les auteurs proposent d’élaborer une entente bilatérale avec le gouvernement fédéral. L’objectif est d’instaurer «le prélude à une pratique du fédéralisme qui respecte davantage le droit du Québec d’être le meilleur juge de sa culture», pour ensuite mieux la défendre.

Du côté des compétences provinciales, le rapport demande au ministre Lacombe de légiférer «afin de garantir le droit à la découvrabilité des contenus culturels d’expression française.» Ce droit pourrait s’inscrire dans la Charte des droits et libertés de la personne (aussi connue comme la Charte québécoise), et ainsi «résister à l’épreuve du temps» et aux nouvelles technologies.

Le rapport La souveraineté culturelle du Québec à l'ère du numérique a été produit à la demande du ministre Lacombe, dont les travaux ont commencé en juin 2023.