Après avoir «sous-estimé» le potentiel de l’énergie solaire, Hydro-Québec se donne l’objectif de développer 3000 mégawatts (MW) de cette filière d’ici 2035.
«Dans le passé, c'était perçu et probablement à juste titre qu’Hydro-Québec voyait un rôle limité, même très limité, pour le solaire», a concédé son président-directeur général, Michael Sabia, en conférence de presse, mardi, pour dévoiler la stratégie solaire de la société d’État.
«Après plusieurs mois d'analyse, essentiellement, nous avons changé notre perspective, a-t-il ajouté. Notre conclusion est qu'il y a un potentiel très intéressant avec le solaire.»
La stratégie misera sur le développement de parcs solaires, ainsi que sur l’installation de panneaux sur les toits des résidences et des entreprises.
La baisse des prix de production de l’énergie solaire fait partie des facteurs qui ont joué un rôle dans le nouveau regard d’Hydro-Québec, a expliqué le vice‑président exécutif des activités commerciales, Dave Rhéaume.
«Au cours des 15 dernières années, on a vu des réductions de 90 % et au cours des 10 prochaines années, on s'attend encore à avoir des économies de l'ordre de 30 % à 50 % sur le coût de la production solaire», a-t-il précisé.
Le coût d’approvisionnement est estimé aux alentours de 0,08 $ et 0,11 $ le kilowattheure.
Les projets de cette filière sont également plus rapides à installer. Le solaire offre également une plus grande flexibilité quant à la taille des projets, selon l’espace disponible. Cette énergie vient aussi diversifier les sources d’approvisionnement de la société d’État.
Un premier appel d’offres a été lancé, le même jour, pour développer plusieurs parcs solaires d’au maximum 25 MW, qui seraient raccordés au réseau de distribution d’ici 2029. L’objectif est d’atteindre une production de 300 MW. Des projets de plus grande envergure sont aussi dans les cartons.
L’industrie québécoise serait prête à relever le défi, a assuré l’Association québécoise de la production d’énergie renouvelable (AQPER).
Ses membres auraient déjà développé une expertise à l'extérieur des frontières du Québec, a indiqué son président-directeur général, Luis Calazado. «Une enquête réalisée au printemps 2024 a révélé qu'ils avaient déployé plus de 10 gigawatts (GW) de capacité solaire dans le monde, dont plus de 9 GW en Amérique du Nord et environ 3 GW dans les autres provinces canadiennes», a-t-il déclaré dans un communiqué.
Autant d’électricité qu’à Gatineau
Une production de 3000 MW représenterait la consommation d’une ville d’environ 300 000 habitants, soit environ la population de la ville de Gatineau, a précisé M. Rhéaume.
C’est «énorme», a réagi le titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal, Pierre-Olivier Pineau, qui s’est dit «surpris» par l’annonce, en entrevue.
Il pense que la société d’État aurait pu prendre plus de temps avant de dévoiler un objectif si ambitieux. «C'est très gros, trop tôt», a-t-il dit.
«L'énergie solaire a beaucoup gagné en compétitivité, a-t-il ajouté, mais quand on sait qu'au Québec, les clients résidentiels payent 0,08 $ le kilowattheure, est-ce qu'on a des projets rentables? Il se peut que oui. Je le souhaite.»
L’expert s’est demandé pourquoi Hydro-Québec décide de lancer sa stratégie avant que Québec ait terminé le plan de gestion intégrée des ressources énergétiques (PGIRE), qui devrait être soumis d’ici le 1er avril 2026. «Ce n’est pas dans si longtemps que ça.»
«Je trouve ça un peu paradoxal qu’Hydro-Québec aille de l'avant avec de grosses annonces comme ça, alors qu'il y a d'autres initiatives du gouvernement qui sont en parallèle», a déploré M. Pineau.
La ministre de l’Énergie, Christine Fréchette, a souligné que l’hydroélectricité était complémentaire à l’éolien et à l’hydroélectricité, dans une déclaration sur le réseau X. «Pour renforcer notre réseau électrique, il faut diversifier notre production d’énergie.»
Une aide qui se fait attendre
Hydro-Québec prévoit également offrir dès 2026 une aide financière pour soutenir l’installation de panneaux solaires. Les détails devraient être annoncés cet été. L’objectif est que 125 000 clients résidentiels aient des panneaux solaires d’ici 2035.
En annonçant que l’aide financière sera versée plus tard, Hydro-Québec condamne l’industrie de l’installation à une pause forcée en 2025, craint le président de l’association Énergie solaire Québec, Patrick Goulet.
«Ça va être un enjeu pour certains installateurs, le fait de perdre du travail parce que les gens vont tous attendre», a prévenu cet ancien employé d’Hydro-Québec en entrevue.
Trouver la main-d’œuvre sera «le nerf de la guerre», ajoute M. Goulet. «On parle de 12 500 installations par année sur 10 ans, a-t-il illustré. On a juste quatre mois pour le faire parce que, le reste du temps, il fait froid, il y a de la neige et tu ne veux pas monter sur un toit glissant.»
Chez Hydro-Québec, on estime que le délai annoncé avant l’octroi de l’aide financière permet justement de mieux préparer l’industrie. «Ce qu'on veut, comme en efficacité énergétique, c'est envoyer le signal pour que la main-d’œuvre appropriée soit prête en conséquence», a défendu M. Rhéaume.

