Malgré l’explosion de la quantité de nids-de-poule, un laboratoire montréalais continue sa mission de rendre nos chaussées plus résilientes. Si aucune solution ne semble fonctionner, un expert estime qu’il faut investir dans l’entretien et la réhabilitation des routes.
Depuis le début de l’année, sur l’île de Montréal il y a eu plus de 6000 requêtes au 311 pour des nids-de-poule. Le nombre d’histoires de personnes victimes de ces trous dangereux semble augmenter.
«Les chiffres le montrent, plus de la moitié des routes au Québec sont en mauvais ou très mauvais état », explique le professeur à l’École Supérieure de Technologie (ÉTS), Jean-Claude Carret.
Si le gel et dégel est souvent dépeint comme les principaux coupables pour l’état des routes, l’expert dénonce un autre problème. «Pourquoi on en est rendu là ? La principale raison c’est qu’on n’a pas entretenu nos infrastructures», poursuit-il.
Avec des routes vieillissantes dans la province, le professeur indique qu’il faut faire plus de travaux de réhabilitations en ajoutant soit de fines couches empêchant l’infiltration d’eau ou en refaisant une partie de la surface des routes d’un certain âge.
Recréer une route extérieure
Au Laboratoire sur les chaussées et les matériaux bitumineux où travaille le professeur, une grande salle est dédiée à reproduire une route.
« Là où on marche en ce moment, il y a environ trois mètres de profondeur », souligne M. Carret en pointant le sol. Constituée de pierres drainantes, de sable puis d’une structure de chaussée, la rue intérieure se veut très similaire à une chaussée québécoise.
« Dans le futur on aura une enceinte climatisée qui viendra par-dessus la chaussée», ajoute-t-il. Cet ajout à la fosse qui contient déjà 200 tonnes de matériaux permettra de venir recréer le gel dégel de façon contrôlée et accélérée.
Pour mener à terme l’expérience, un véhicule de neuf tonnes est installé et prêt à faire des allers-retours. Des capteurs de «déformation», de «températures» et «d’humidité» sont installés pour permettre aux chercheurs d’accumuler des données.
Tester le bitume et les granulats
En plus d’une chaussée intérieure, le laboratoire regorge de différentes machines permettant de tester des échantillons de bitumes et de mélanges avec du granulat.
Que ce soit la pression, l’humidité ou la rétention d’eau de nombreux facteurs sont observés sur des dizaines de rondelles de chaussées.
De son côté, le professeur aimerait briser l’idée que les routes sont mal construites.
Une chaussée, c’est comme un véhicule, même avec le meilleur, si on ne l’emmène pas au garage on va finir par avoir des problèmes.
— Jean-Claude Carret, professeur à l'ÉTS
Il comprend toutefois qu’il serait impensable de réparer et fermer la moitié des rues du Québec.
L’expert déplore toutefois le cycle dans lequel sont coincées les municipalités : « Elles doivent faire des travaux de réparations d’urgence qui ne donnent pas une plus longue durée de vie aux infrastructures.»

