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Dépenser 300$ par mois à l’épicerie comme Nicole Svenson… possible au Québec?

Même une fois le taux de change pris en compte, d’autres facteurs viennent compliquer l’exercice pour les Canadiens.

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«Je dépense 300 $ par mois à l’épicerie pour nourrir ma famille de quatre.» C’est avec cette phrase que débute la majorité des vidéos publiées sur le compte TikTok de l’Américaine Nicole Svenson. Parmi ses près de 400k abonnés, nombreux sont les Canadiens qui s’insurgent du maigre montant dépensé par la mère de famille.

La TikTokeuse originaire du Connecticut ne va qu’une seule fois à l’épicerie durant le mois pour se procurer l’ensemble des victuailles que sa famille consommera. Cette dernière détaille ensuite le montant exact dépensé et le contenu de ses sacs de course au grand bonheur des internautes qui tentent de sauver de l’argent à l’épicerie. Vous le devinerez, Nicole Svenson cuisine la majorité des repas à la maison, même sa poudre d’ail pour limiter les dépenses.

«Je pleure, en Ontario, ce serait au moins 500$», peut-on lire sous l’une de ses publications qui détaillent son épicerie du mois de janvier. «Ça coûterait littéralement plus de 600 $ au Canada… Le beurre coûte 9 $ la livre. Ça fait 27 $ rien que pour le beurre», commente un autre utilisateur.

Vous avez peut-être déjà commencé à calculer combien vous dépensez par mois chez vous. Et vous êtes probablement bien au-dessus des 417$, l’équivalent en dollars canadiens de la facture mensuelle de Mme Svenson.

C’est que même une fois le taux de change pris en compte, d’autres facteurs viennent compliquer l’exercice pour les Canadiens qui souhaitent répliquer les exploits de la TikTokeuse américaine.

Au Québec, Ariane Pilon a décidé de suivre la démarche de Nicole Svenson durant le mois de janvier. Elle ira, comme Mme Svenson, seulement à l’épicerie une fois durant le mois, sauf pour du lait et quelques fruits, et se fixera un budget à respecter. C’est sur TikTok qu’elle documente son expérience qui fait déjà réagir.

Cette dernière a toutefois décidé d’adapter un peu le montant de 300 USD qui lui semblait irréaliste. Elle a consulté le robot conversationnel ChatGPT pour avoir une idée de combien elle devrait dépenser au Québec pour faire une épicerie comparable à celle de Nicole Svenson, en tenant compte du taux de change, mais aussi d’autres différences dans les chaînes d’approvisionnement respectives des deux régions. « Il m’a dit qu’on pourrait arriver à quelque chose de comparable entre 450 et 500$ », résume la Québécoise, qu’on a pu découvrir dans la première saison des Traîtres.

L’intelligence artificielle la mettait en garde: il y aurait plusieurs sacrifices à faire sur les aliments pour parvenir à un montant si bas pour une famille de quatre. Elle a donc choisi la cible de 700$, qui lui permettrait d’économiser environ 300$ par mois sur son épicerie, tout en lui semblant plus réaliste.

Au moment de notre discussion, Ariane Pilon avait déjà entamé son défi. «J’ai fait ma grosse épicerie faite et là j’en suis à 520 $, raconte-t-elle fièrement. C’est en-bas de 700$, mais je suis partie avec vraiment tout ce que j’avais de base à la maison.»

Cette dernière n’a pas eu à acheter de viande pour compléter sa liste, seulement deux blocs de tofu pour varier les protéines. «Je le sais que si je n’avais pas fait ce défi-là, c’est sûr que ce mois-ci, j’aurais acheté du poulet, j’aurais racheté du bœuf quand dans le fond, mon congélateur est plein à craquer», note-t-elle.

Mme Pilon a établi un menu assez flexible pour le mois afin de se donner une idée de quels ingrédients seront à utiliser en premier. «Ça fait une semaine pile que j’ai fait mon épicerie et j’ai l’impression que j’ai mangé le un huitième de ce que j’ai acheté. On mange bien et on mange de belles portions, mais on fait juste réfléchir autrement à comment cuisiner pis comment réutiliser nos restants», poursuit-elle.

L’élément qui l’intéressait le plus était d’aller seulement une fois à l’épicerie durant tout le mois. «C’est comme si c’est un standard d’aller à l’épicerie à chaque semaine, quand pourtant la majorité des aliments qu’on a à la maison sont bons vraiment plus qu’une semaine. C’est juste de voir notre consommation différemment», note-t-elle.

1- Utiliser « le prochain ingrédient périssable » comme coeur du prochain repas, en adaptant son menu en fonction de la détérioration ou du mûrissement des aliments.

2- « Vous n’êtes pas à court de nourriture, vous êtes à court de raccourcis. » Une phrase que Nicole Svenson répète souvent pour rappeler que l’aspect pratique des aliments préparés à un coût.

3- Substituez! Au lieu de courir à l’épicerie pour acheter un ingrédient manquant, Nicole Svenson use de créativité pour le remplacer par un autre ingrédient qu’elle a sous la main.

4- Apprenez à aimer les lentilles. Vous croyez qu’une demi-livre de porc haché ne suffit pas à nourrir quatre personnes? C’est sans compter la demi-tasse de lentilles ajoutées pendant la cuisson pour augmenter l’apport en protéines et augmenter la satiété.

Pas impossible, mais difficile

Selon Sylvain Charlebois, directeur scientifique du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie, il n’est pas impossible de dépenser si peu à l’épicerie, mais il faudra travailler fort. Il serait également nécessaire d’user de créativité pour y parvenir.

Est-ce que les calculs de ChatGPT tiennent la route pour appliquer la formule Svenson au Québec? «C’est difficile d’évaluer parce qu’il y a toutes sortes de marques, ça dépend de la journée qu’on achète aussi. C’est très difficile de dire que le prix de l’alimentation au Canada est tel montant plus élevé qu’aux États-Unis», répond-il.

Ce dernier note aussi que les prix ne sont pas pareils partout aux États-Unis. Si l’on pense par exemple à la Floride, les prix en dollars américains seront similaires à ceux des épiceries québécoises.

À lire également: Acheter des aliments périmés pour économiser

«Au Québec, depuis quatre ou cinq ans, on voit l’émergence de plusieurs centres de liquidation sur la Rive-Sud, sur la Rive-Nord, sur l’île de Montréal, un peu partout. On peut vraiment sauver énormément d’argent si on n’est pas affecté par des dates de péremption qui sont proches ou qui sont dépassées», note-t-il d’emblée.

On peut également économiser davantage si l’on n’est pas attaché aux marques des produits que l’on achète. Être flexible dans le choix des aliments pour nos soupers et faire avec ce que l’on trouve est une autre bonne façon de sauver de l’argent.

Les Américains ont également une culture du «couponing» grandement développée contrairement aux Canadiens, note M. Charlebois. Les économies passent davantage par les cartes de fidélisation de notre côté de la frontière.

Inflation et problème de structure

Alors que l’année 2026 commence à peine, de nombreux consommateurs constatent une réalité difficile en faisant leurs courses: le prix des aliments continue d’augmenter, mettant à rude épreuve le budget des ménages.

Fruits, légumes et viandes figurent parmi les produits qui ont le plus contribué à cette flambée des prix.

Entre novembre 2024 et novembre 2025, le prix de la laitue a bondi de 27 %, celui des longes de bœuf de 22 %, du bœuf haché de 19 % et des épaules de porc de 18 %. Le café, un produit de base pour de nombreux foyers, a quant à lui vu son prix augmenter de 28 %.

Aux yeux de M. Charlebois, ce n’est toutefois pas un nouveau problème. «Ça fait 18 ans qu’on voit que l’inflation alimentaire est un gros problème au Canada», note-t-il.

Depuis la sortie du Rapport annuel sur les prix alimentaires, il est évident que le Canada a un problème structurel, poursuit-il. «Il y a quelque chose qui cloche parce qu’aux États-Unis où on a un président qui vit une folie sur les tarifs, les tarifs vont nécessairement faire en sorte que les aliments coûtent plus cher. Or, le taux d’inflation alimentaire en épicerie est de 1,9 % [là-bas], tandis que nous, c’est à 4,7 %.»

La structure du marché, notamment les barrières interprovinciales, la taxe industrielle du carbone et la logistique «laisse à désirer» au Canada. «On le voit, les routes au Québec, les chemins de fer, les ports ne sont pas très efficaces», ajoute M. Charlebois.