Certains districts scolaires aux États-Unis ont abandonné leur projet de photos de classe après que de nombreux messages publiés sur les réseaux sociaux ont établi un lien entre un milliardaire lié à Jeffrey Epstein et le géant de la photographie Lifetouch, qui a qualifié vendredi ces allégations de «totalement fausses».
La perturbation des projets de photos scolaires au Texas et ailleurs a commencé après que des publications en ligne ont établi un lien entre Lifetouch, qui photographie des millions d’élèves chaque année, et le gestionnaire de fonds d’investissement Apollo Global Management.
L’ancien PDG d’Apollo est l’investisseur milliardaire Leon Black, qui rencontrait régulièrement Epstein et était conseillé par ce dernier sur des questions financières.
M. Black dirigeait la société en 2019, lorsque les fonds gérés par Apollo ont racheté la société mère de Lifetouch, Shutterfly.
La transaction de 2,7 milliards $ a été conclue en septembre 2019, un mois après le suicide d’Epstein en prison, alors qu’il attendait son procès pour des accusations portées par les procureurs fédéraux selon lesquelles il aurait agressé sexuellement et trafiqué des dizaines de jeunes filles.
Lifetouch et Apollo ont tous deux rappelé cette chronologie dans des communiqués publiés vendredi, deux jours après que le PDG de Lifetouch, Ken Murphy, ait déclaré dans une publication Instagram que ni M. Black ni aucun des dirigeants ou investisseurs d’Apollo n’avaient jamais eu accès aux photos de Lifetouch.
«Aucun dirigeant de Lifetouch n’a jamais eu de relation ou de contact avec Epstein et nous n’avons jamais partagé les images des élèves avec des tiers, y compris Apollo», a indiqué Lifetouch dans son communiqué vendredi. «Apollo et ses fonds ne jouent également aucun rôle dans les opérations quotidiennes de Lifetouch et n’ont pas accès aux images des élèves», peut-on lire dans la déclaration.
L’annulation des photos scolaires est une autre conséquence de la divulgation de millions de fichiers issus de l’enquête sur Epstein, notamment des documents montrant les contacts réguliers d’Epstein avec des PDG, des journalistes, des scientifiques et des personnalités politiques de premier plan longtemps après sa condamnation en 2008 pour des crimes sexuels.
Dans la petite ville texane de Malakoff, le district scolaire local a annulé une journée de photos scolaires après que plusieurs parents aient fait savoir au district qu’ils n’étaient pas à l’aise avec le fait que Lifetouch photographie leurs enfants, a expliqué vendredi la porte-parole Katherine Smith dans un communiqué envoyé par courriel. Plusieurs autres écoles et districts du Texas ont également annulé ou modifié leurs projets, ainsi qu’une école privée sous contrat en Arizona, selon les annonces publiées par les écoles sur Facebook.
«Nous avons décidé qu’il serait dans l’intérêt de nos élèves et de leurs familles de conserver toutes nos photos en interne pour le reste de l’année, et nous étudions toutes les options pour l’année scolaire 2026-2027», a précisé Mme Smith.
Parmi les parents préoccupés par Lifetouch figurait MaKallie Gann, dont les enfants fréquentent des écoles à Howe, à environ 97 kilomètres au nord de Dallas. Elle a reconnu qu’elle s’inquiétait de la quantité d’informations que Lifetouch recueille sur les élèves.
Chaque fois que vous commandez des photos, leur nom y figure. Leur âge y figure également, bien sûr. Leur niveau scolaire, leur enseignant et leur école y figurent aussi.
— Parent d'élève, MaKallie Gann
L’examen par les médias de milliers de documents publiés ce mois-ci par le ministère américain de la Justice n’a révélé aucune preuve qu’Epstein ou l’un de ses proches a vu les photos de Lifetouch, bien qu’il y ait au moins 1,7 million de documents.
L’examen montre que le nom de M. Black apparaît 8200 fois, mais ce chiffre comprend probablement des doublons. Ce dernier a démissionné de son poste de PDG d’Apollo en mars 2021, affirmant qu’il souhaitait se concentrer sur sa famille, sa santé et «de nombreux autres centres d’intérêt».
Cela s’est produit deux mois après qu’un comité du conseil d’administration de la société ait publié un rapport concluant qu’Epstein avait conseillé M. Black personnellement sur la planification successorale, les questions fiscales, les dons caritatifs et la gestion de son «bureau familial», mais qu’il n’avait fourni aucun service à Apollo et n’avait investi dans aucun fonds Apollo.
Le rapport indiquait également que l’enquête, demandée par M. Black, n’avait trouvé «aucune preuve» qu’il ait été impliqué «de quelque manière que ce soit» ou «à quelque moment que ce soit» dans les activités criminelles présumées de Epstein.

