Le défilé traditionnel russe marquant la défaite de l’Allemagne nazie lors de la Seconde Guerre mondiale aura lieu la semaine prochaine sans chars, ni missiles, ni autre matériel militaire, a indiqué le ministère russe de la Défense dans un communiqué.
Ce sera la première fois en près de deux décennies — et depuis le début de la guerre menée par la Russie en Ukraine il y a quatre ans — qu’aucun équipement militaire ne défilera sur la Place Rouge de Moscou le 9 mai, jour où la Russie célèbre sa fête laïque la plus importante.
Le Kremlin se sert de cette fête pour mettre en avant sa puissance militaire et son influence mondiale; il s’agit d’une source de fierté patriotique.
Depuis 2008, les défilés du Jour de la Victoire sur la Place Rouge ont chaque année mis en scène du matériel militaire et divers types d’armement. Des défilés de moindre envergure sont organisés ailleurs dans le pays, notamment dans des villes comme Saint-Pétersbourg.
Le ministère a invoqué la «situation opérationnelle actuelle» pour justifier l’exclusion du matériel militaire, et des cadets, du défilé de cette année marquant le 81e anniversaire de la victoire.
L’Ukraine a lancé des attaques de drones en profondeur sur le territoire russe pour contrer l’invasion de Moscou, qui dure depuis plus de quatre ans.
Si le ministère n’a pas donné plus de détails, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a quant à lui accusé mercredi l’Ukraine «d’activités terroristes», faisant apparemment référence aux frappes de drones.
Ces derniers mois, les attaques ont atteint des sites situés en profondeur sur le territoire russe, comme le port balte d’Oust-Louga au nord de Moscou, la région de Samara près de la frontière avec le Kazakhstan, et la région de Perm dans les montagnes de l’Oural.
«Toutes les mesures sont prises pour minimiser le danger», a-t-il déclaré aux journalistes.
Le défilé mettra en vedette «des militaires issus de toutes sortes d’établissements d’enseignement militaire supérieur et de certaines branches des forces armées russes», ainsi qu’un survol traditionnel d’avions militaires, a indiqué le ministère.
Le président russe Vladimir Poutine aurait dit au président américain Donald Trump, lors d’un entretien téléphonique mercredi, qu’il était prêt à conclure un cessez-le-feu avec l’Ukraine pour la fête du Jour de la Victoire, selon le conseiller présidentiel Youri Ouchakov.
M. Ouchakov a rapporté que M. Trump avait soutenu cette idée, car cette fête commémore «notre victoire commune sur le fascisme» lors de la Seconde Guerre mondiale.
Renforcer la fierté nationale
La Seconde Guerre mondiale reste l’un des rares points de consensus dans l’histoire controversée du pays sous le régime communiste. Le Kremlin a mis à profit ce sentiment pour encourager la fierté nationale et souligner la position de la Russie en tant que puissance mondiale.
L’Union soviétique a perdu 27 millions de personnes lors de ce qu’elle appelle la Grande Guerre patriotique de 1941-1945, un sacrifice énorme qui a laissé une profonde cicatrice dans la psyché du pays.
Le président Vladimir Poutine, qui dirige la Russie depuis plus de 25 ans, a fait du Jour de la Victoire un pilier central de sa politique, tentant entre autres de s’en servir pour justifier la guerre en Ukraine.
«Traditionnellement, le défilé de chars, de systèmes de missiles et d’autres équipements militaires sur la Place Rouge a toujours été au cœur de ces célébrations, offrant un spectacle impressionnant et renforçant l’image de la Russie en tant qu’héritière de la victoire soviétique lors de la Seconde Guerre mondiale», a expliqué Natia Seskuria, chercheuse associée au Royal United Services Institute.
«La suppression de cet élément important affaiblit la valeur propagandiste de l’événement, en particulier pour le public national, car elle réduit l’un des symboles les plus visibles de la puissance russe et de son prestige militaire», a-t-elle fait valoir à l’Associated Press.
Les préoccupations en matière de sécurité constituent l’explication la plus probable, a avancé Mme Seskuria.
Mais il pourrait également y avoir des considérations militaires pratiques, «notamment la nécessité de préserver le matériel, d’éviter de mettre en évidence les pertes sur le champ de bataille et de réduire l’exposition des ressources militaires précieuses», a-t-elle indiqué.
«Cette décision traduit davantage une certaine vulnérabilité qu’une force, car, même l’année dernière, la Russie avait présenté toute une gamme de nouveaux chars et drones devant les dirigeants mondiaux invités» a avancé la chercheuse.
