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Ordre du Canada: Mark Carney refuse de se mouiller sur la candidature de Don Cherry

Malgré le rejet quasi unanime au Québec d’une telle nomination, les appuis de M. Cherry ne démordent pas au Canada anglais.

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Le commentateur de hockey Don Cherry, à Toronto, le 15 février 2011. LA PRESSE CANADIENNE/Darren Calabrese Le commentateur de hockey Don Cherry, à Toronto, le 15 février 2011. (Darren Calabrese/La Presse canadienne)

Le premier ministre Mark Carney est réticent à se prononcer sur la candidature à l’Ordre du Canada du commentateur de hockey controversé Don Cherry, que moussent le Parti conservateur et son chef, Pierre Poilievre, malgré des propos disgracieux tenus pendant 39 ans par l’ancien entraîneur à l’égard des francophones et des immigrants, entre autres.

Malgré le rejet quasi unanime au Québec d’une telle nomination, les appuis de M. Cherry ne démordent pas au Canada anglais.

Par exemple, la première ministre de l’Alberta Danielle Smith a exhorté samedi le premier ministre Mark Carney à appuyer la candidature de Don Cherry.

«Cela ne devrait même pas faire l’objet d’un débat, a-t-elle écrit sur X. Don Cherry est un légendaire Canadien, une légende du hockey bien-aimée des Albertains. Ses opinions au sujet de notre sport national sont encore considérées des paroles d’Évangile par des millions de Canadiens.»

Mais l’entourage du premier ministre a tout fait pour éviter de dire à La Presse Canadienne si M. Carney, lui-même un grand amateur de hockey, considère que Don Cherry a des réalisations exceptionnelles à son actif, qu’il a fait une contribution extraordinaire à la nation ou qu’il a démontré un dévouement remarquable envers une communauté.

Don Cherry devrait-il recevoir l'Ordre du Canada? Le commentateur de hockey controversé Don Cherry devrait-il recevoir l'Ordre du Canada? L'analyste Alain Rayes se penche sur la question.

La directrice des communications adjointe au cabinet du premier ministre Carney, Audrey Champoux, a, sans surprise, noté que ce sont là les critères pour décerner la plus haute distinction honorifique du pays. Et malgré les relances insistant que la question a été délibérément posée sans référence à l’Ordre du Canada, elle a envoyé, tel un «slap shot», la rondelle au ministère du Patrimoine canadien pour qu’il explique «le fonctionnement d’une telle nomination».

Pour le professeur de science politique à l’Université McGill Daniel Béland, cette réaction révèle tout le risque politique face à un personnage aussi clivant que Don Cherry: généralement détesté au Québec, mais adulé dans le reste du pays.

«Quand on parle des deux solitudes, on a un cas exemplaire ici, a résumé M. Béland. Il (M. Carney) aime mieux regarder les conservateurs se diviser et être critiqués que de se lancer dans la bataille.»

Et advenant que M. Carney soit poussé sur la question dans les prochains jours, ce sera pour lui tout «un exercice de patinage» que de trouver le bon ton, puisqu’il pourrait se mettre dans l’embarras avec un mot tant positif que négatif, a-t-il expliqué.

M. Béland, qui est également directeur de l’Institut d’études canadiennes, n’est pas surpris que l’appui enthousiaste de Pierre Poilievre à cette candidature ait provoqué un tollé. «Ça n’aide pas leur cause au Québec. Ça, c’est certain», a-t-il dit.

Il estime que pour le Bloc québécois, la controverse est «une occasion en or», alors qu’une «“star” du Québec bashing» lui est offerte sur un plateau d’argent.

D’ailleurs, le chef du parti, Yves-François Blanchet, a sauté sur l’occasion pour reprocher à Mark Carney ce qu’il considère comme une ambivalence.

«S’il est pour, M.Carney paie le prix au Québec. S’il est contre, il paie au Canada. Un vrai premier ministre du Canada ne veut pas répondre, a-t-il déclaré sur X. Fort comme il l’est en histoire du Québec, on peut penser que sur ça aussi, il est d’accord avec [Pierre] Poilievre.»

Chez les conservateurs, un nombre croissant de députés du Québec ont signalé dans les derniers jours leur malaise face au formulaire de pétition mis en ligne par leur parti, et endossé par leur chef, pour appuyer la candidature de celui qui a animé pendant près de quatre décennies le populaire segment «Coach’s Corner» de l’émission «Hockey Night in Canada».

Selon plusieurs élus conservateurs, les propos dénigrants envers les francophones et les Québécois disqualifient manifestement l’homme aux vestons flamboyants de recevoir la plus haute distinction honorifique du pays.

Don Cherry, aujourd’hui âgé de 92 ans, a également tenu des propos incendiaires à l’endroit des immigrants, des Autochtones, des femmes, il a encouragé la violence dans le sport et a douté des changements climatiques.

Or, la position officielle du Parti conservateur du Canada demeure que Cherry a un «style franc et direct» qui «reflète un esprit d’authenticité et d’indépendance qui a trouvé un écho auprès de millions de Canadiens».

Michel Saba

Michel Saba

Journaliste