Politique

Don Cherry: l'opposition s'organise parmi les conservateurs du Québec

Au fil des années, il a tenu des propos dénigrants à l’égard des francophones, des Québécois, des immigrants, des Autochtones et des femmes.

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Don Cherry, commentateur de l'émission «Hockey Night in Canada» de CBC, est accueilli par les fans à son arrivée pour le deuxième match de la finale de la Coupe Stanley de la LNH opposant les Penguins de Pittsburgh aux Red Wings de Detroit à Detroit,... Don Cherry, commentateur de l'émission «Hockey Night in Canada» de CBC, est accueilli par les fans à son arrivée pour le deuxième match de la finale de la Coupe Stanley de la LNH opposant les Penguins de Pittsburgh aux Red Wings de Detroit à Detroit, le dimanche 31 mai 2009. (Carlos Osorio/The Associated Press)

L’opposition s’organise parmi les conservateurs fédéraux du Québec à l’idée encouragée par leur propre parti que le commentateur de hockey controversé Don Cherry soit décoré de l’Ordre du Canada, et ce, malgré ses multiples propos racistes et antifrancophones. Mais quelques voix discordantes s’élèvent cependant.

Dans une publication, tard jeudi, sur les réseaux sociaux, le lieutenant de Pierre Poilievre pour le Québec, Pierre Paul-Hus, a annoncé qu’il juge qu’une nomination de Don Cherry serait «une mauvaise idée» vu les propos «inacceptables» qu’il a tenus «envers la nation québécoise et les francophones».

Plus tôt en journée, M. Paul-Hus défendait péniblement la décision de son parti, qui a mis en ligne un formulaire de pétition pour récolter des appuis, et dont le chef a déclaré que Don Cherry «incarne la fierté d’être Canadien».

Alors qu’il tentait de «trouver du positif» à la candidature de Don Cherry, M. Paul-Hus avait mentionné son appui indéfectible aux anciens combattants et le fait qu’il ait «mentionné» à l’antenne le décès dans un aréna d’un jeune hockeyeur québécois.

Don Cherry, qui a été entraîneur-chef dans la LNH et a animé pendant près de quatre décennies le populaire segment «Coach’s Corner» de l’émission «Hockey Night in Canada», s’est bâti au fil des années une solide réputation pour des propos qui dépassent largement le sport.

Il a notamment dénigré les francophones, les Québécois, les immigrants, les Autochtones, les femmes, encouragé la violence dans le sport et douté des changements climatiques.

Le Parti conservateur du Canada juge en revanche que Cherry a un «style franc et direct» qui «reflète un esprit d’authenticité et d’indépendance qui a trouvé un écho auprès de millions de Canadiens».

Le chef Pierre Poilievre n’a pas abordé la controverse lors d’un point de presse à Windsor, en Ontario. Il n’a répondu qu’à une poignée de questions, aucune en français.

Au moment de publier, son bureau n’avait toujours pas répondu à des questions de La Presse Canadienne visant à déterminer s’il appuie toujours la candidature et si la pétition demeurera en ligne.

En plus de M. Paul-Hus, d’autres élus conservateurs du Québec ont aussi manifesté dans les dernières heures leur désaccord avec la candidature que mousse leur parti, notamment à travers un formulaire de pétition mise en ligne sur leur site pour récolter des appuis.

Le député de Mégantic—L’Érable—Lotbinière, Luc Berthold, n’y est pas allé de main morte, notant que si Don Cherry se voit décoré de la médaille de l’Ordre, cela «discréditerait irrémédiablement» tous les précédents récipiendaires.

«De nombreux Québécois qui ont accompli des choses extraordinaires, particulièrement dans les régions, méritent cet honneur bien avant ce commentateur, tranche-t-il. Et leurs réussites ne sont pas le fruit de propos controversés. La popularité n’est pas un critère quand vient le temps d’honorer des Canadiens pour leurs accomplissements.»

Évaluer uniquement sur le sport?

Or, ce point de vue ne fait pas l’unanimité. Le député de Chicoutimi—Le Fjord, Richard Martel, un ancien entraîneur de hockey, estime que le comité de l’Ordre du Canada doit prendre sa décision «en fonction de ses réalisations (celles de Don Cherry) dans le domaine du sport».

«Que l’on aime ou non Don Cherry, à l’époque, tous les amateurs de hockey se ruaient devant leur téléviseur le samedi soir pour écouter Coach’s Corner», a-t-il rappelé.

La veille, son collègue de Montmorency—Charlevoix, Gabiel Hardy, saluait les «grandes choses» qu’a faites Don Cherry. «On l’aime bien, Don», avait-il lancé avant de qualifier d’«erreurs» ses propos sur les francophones.

À l’inverse, le ténor conservateur Gérard Deltell (Louis-Saint-Laurent—Akiawenhrahk) est loin de passer l’éponge. Il déplore les «propos inacceptables et méprisants» du commentateur «envers les francophones, entre autres», et note explicitement qu’il n’appuie pas cette candidature.

Un autre élu, Éric Lefebvre (Richmond—Arthabaska), a quant à lui insisté que la plus haute distinction civile du pays devrait être attribuée à des personnes qui incarnent les valeurs d’inclusion, de respect et d’unité qui définissent le Canada et que la décerner à Don Cherry enverrait «un message contraire».

«Le Canada est un pays fondé sur la diversité, le respect mutuel et la reconnaissance de ses deux langues officielles, a-t-il insisté. Les propos répétés de monsieur Cherry ont souvent donné l’impression que certains Canadiens étaient moins légitimes que d’autres.»

Jeudi, alors que la controverse commençait à prendre de l’ampleur, le porte-parole conservateur en matière de langues officielles, Joël Godin, avait laissé entendre qu’il loge dans le camp des opposants. «C’est des initiatives de députés», avait-il lâché. Une initiative pour laquelle il a «des gros doutes».

L’Ordre du Canada vise à reconnaître des «réalisations exceptionnelles», une «contribution extraordinaire à la nation» ou un dévouement remarquable envers une communauté.

Si Don Cherry a ses détracteurs, il est aussi adulé par une bonne partie du Canada anglais. Au fil des ans, il s’est vu remettre plusieurs médailles honorifiques et a été intronisé dans l’Allée des célébrités canadiennes. Dans les dernières semaines, l’Ordre de l’Ontario a annoncé qu’il sera décoré, et le premier ministre de la province, Doug Ford, est allé le visiter dans la foulée.

Michel Saba

Michel Saba

Journaliste