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Les dirigeants autochtones définissent les priorités pour la session parlementaire

Les principales priorités comprennent notamment des mesures législatives promises depuis longtemps pour protéger l’approvisionnement en eau potable des Premières Nations.

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Le premier ministre fédéral Mark Carney au Sommet des Métis sur les grands projets, à Ottawa, le 7 août 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Spencer Colby Le premier ministre fédéral Mark Carney au Sommet des Métis sur les grands projets, à Ottawa, le 7 août 2025. (Spencer Colby/La Presse canadienne)

La présidente de l’Assemblée des Premières Nations, Cindy Woodhouse Nepinak, souhaite que le premier ministre Mark Carney tienne sa promesse de rencontrer les premiers ministres et les chefs autochtones, où ils auront tous leur place à la table des négociations, plutôt que d’être relégués à l’écart.

Une telle réunion figure parmi la longue liste de priorités que les dirigeants des Premières Nations, des Inuits et des Métis souhaitent voir abordée par le gouvernement de Carney, notamment l’accès à l’eau potable et les infrastructures.

La dernière fois qu’une réunion des premiers ministres avec les dirigeants autochtones a eu lieu avec la pleine participation de tous remonte à 2005, lors des négociations de l’accord de Kelowna.

Mme Woodhouse Nepinak dit qu’une telle réunion est «attendue depuis longtemps». Elle souhaite une collaboration interjuridictionnelle afin de combler les écarts socio-économiques de longue date entre les Premières Nations et les Canadiens, de concilier la volonté du pays de réaliser des projets d’envergure avec la nécessité de respecter les droits des Premières Nations, et de discuter des menaces indépendantistes au Québec et en Alberta.

«La réunion des premiers ministres ne peut pas être un événement ponctuel. Nous allons avoir besoin d’un processus fédéral-provincial continu pour nous assurer qu’il n’y ait pas 20 ans séparant ces rencontres», souligne-t-elle.

Les dirigeants autochtones ont été invités, au cours des dernières années, à participer aux réunions des premiers ministres, mais pas aux délibérations. Mme Woodhouse Nepinak a l’impression que les dirigeants autochtones sont «relégués à la table des enfants».

Pour Mme Woodhouse, les principales priorités comprennent des mesures législatives promises depuis longtemps pour protéger l’approvisionnement en eau potable des Premières Nations, ainsi que le financement des services de police et un engagement en faveur de la réconciliation.

Le gouvernement fédéral a promis de présenter un projet de loi sur l’eau dès ce printemps, mais Mme Woodhouse Nepinak craint qu’il soit édulcoré en omettant les protections des sources d’eau sur les territoires des Premières Nations.

La ministre des Services aux Autochtones, Mandy Gull-Masty, a refusé de dire si cette mesure serait incluse dans le projet de loi.

Divisions métisses

Aucun projet de loi sur l’autonomie gouvernementale des Métis ne figure au calendrier du Parlement. Une mesure législative sur le sujet avait été abandonnée lorsque Justin Trudeau était le premier ministre du pays.

Certaines Premières Nations s’étaient opposées à ce projet de loi, avertissant qu’il pourrait porter atteinte à leurs droits.

La ministre des Relations entre la Couronne et les Autochtones, Rebecca Alty, a déclaré que les discussions avec les nations métisses de la Saskatchewan et de l’Alberta touchaient à leur fin.

Un projet de loi qui reconnaîtrait l’autonomie gouvernementale de la Fédération des Métis du Manitoba (FMM) a été présenté au début du mois. Son président, David Chartrand dit que c’est une bonne nouvelle.

«Le chemin a été long, et j’ai hâte que cela aboutisse et que l’histoire soit corrigée», affirme-t-il.

Mais ce projet de loi fait des vagues parmi les organisations métisses, car il permettrait aux membres métis du Manitoba vivant en dehors de la province de conserver leurs liens avec la FMM, plutôt que d’être obligés de rejoindre l’organisation provinciale de leur lieu de résidence actuel.

La présidente du Conseil national des Métis, Victoria Pruden, soutient que le traité des Métis du Manitoba ne devrait pas être utilisé pour définir l’ensemble de la nation métisse.

«Le Conseil national des Métis et ses membres dirigeants participeront de manière constructive au processus d’examen parlementaire et aux travaux des comités, souligne-t-elle. Notre objectif est clair: veiller à ce que les droits, les intérêts et les compétences des gouvernements métis et des citoyens qu’ils représentent soient pleinement respectés, et que les garanties du Canada soient clairement reflétées tant dans le dossier législatif que dans la mise en œuvre de ce traité.»

Infrastructures inuites

Le président de l’Inuit Tapiriit Kanatami, Natan Obed, affirme que ses priorités comprennent les investissements dans les infrastructures dans le Nord, notamment dans les logements et la connectivité internet, qui, selon lui, sont essentiels pour les communautés inuites et la sécurité de l’Arctique canadien.

«Il n’est pas exagéré de dire que les 51 communautés inuites qui composent l’Inuit Nunangat constituent le fondement de la souveraineté canadienne, lance M. Obed. Le moyen le moins coûteux d’assurer la souveraineté territoriale est vraiment d’investir dans nos communautés.»

M. Obed souhaite également que le gouvernement fédéral s’efforce de mettre en œuvre la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones et permette une plus grande mobilité des Inuits entre le Groenland, le Canada et l’Alaska.

Ottawa a annoncé jeudi une série de mesures en faveur des communautés inuites, dont 50 millions $ pour aider à développer l’université Inuit Nunangat. Cette université serait la première dans le Nord et la première au Canada à se concentrer sur la promotion des langues inuites et le soutien aux occasions économiques et culturelles dans la région.

Le programme de financement comprend également des fonds pour renouveler pendant un an l’initiative «Les enfants inuits d’abord», qui donne accès à des services sociaux et de santé qui ne sont pas disponibles dans les communautés inuites. Ottawa a également alloué des fonds pour aider à lutter contre la tuberculose dans le Nord et pour financer le programme de subventions alimentaires Nutrition Nord Canada.

— Avec des informations de Nick Murray pour La Presse canadienne

Alessia Passafiume

Alessia Passafiume

Journaliste