Après le dépôt jeudi d’un recours collectif historique des chefs héréditaires autochtones devant la Cour supérieure pour revendiquer le respect leurs droits ancestraux dans la gestion des forêts, le gouvernement du Québec dit entendre l’appel des Premières Nations, mais continue de déplorer les blocus des communautés contre la réforme du régime forestier.
Le ministère des Ressources naturelles et des Forêts et le Secrétariat aux Relations avec les Premières Nations brandissent également à nouveau la nécessité d’agir face aux droits de douane de l’administration du président Donald Trump aux États-Unis.
«Nous devons rendre l’industrie plus compétitive face aux tarifs américains, soutenir nos entrepreneurs et assurer des retombées économiques concrètes dans les régions qui vivent de la forêt», ont écrit conjointement les organismes gouvernementaux dans un courriel envoyé à Noovo Info.
Québec rappelle travailler avec le Conseil de la nation atikamekw, dont la vision est différente de celle des gardiens du territoire qui sont responsables des blocus forestiers des dernières année, pour tenter de trouver un terrain d’entente.
«Malheureusement, le dossier étant judiciarisé, nous ne pouvons nous avancer davantage.»
— Extrait d’une communication conjointe du ministère des Ressources naturelles et des Forêts et du Secrétariat aux Relations avec les Premières Nations
Le nœud du problème, selon David Petiquay de la communauté de Wemotaci, croit qu’il en revient aux chefs héréditaires de territoires de s’occuper desdits territoires, et non «un système colonialiste» – les mots qu’il emploi en entrevue avec Noovo Info.
«Ils ne réalisent pas qu’on serait des alliés précieux dans les démarches d’autonomie autochtone», constate-t-il.
Lucien Wabanonik, chef anishnabe de Lac-Simon, ne croit pas pour sa part «qu’on soit rendu à cette étape-là».
«Je peux comprendre le groupe qui veut aller dans son sens, mais comprenez que ça prend beaucoup de préparation, beaucoup de recherche et d’arguments qui vont satisfaire à la demande de la Cour», énumère-t-il dans un entretien avec Noovo Info.
Le Conseil de la Nation atikamekw a préféré s’abstenir de tout commentaire pour le moment auprès de Noovo Info.
La perspective de La Tuque
De son côté, le gouvernement affirme travailler avec ces derniers et la Ville de La Tuque sur un projet pilote en foresterie afin de développer un modèle de gestion participative.
«On espère pouvoir mettre en place une gestion coordonnée entre la nation atikamekw, les chefs atikamekw et l’industrie forestière», a dit le maire Pierre Pacarar à Noovo Info. «La Ville de La Tuque, évidemment, sera partie prenante aux décisions, contrairement à ce qui [existe] présentement, où le gouvernement fait des consultations auprès des familles.»
L’univers des possibles
L’ex-directeur des affaires publiques chez Produits forestiers Résolu et ex-député libéral provincial de Roberval, Karl Blackburn, croit qu’il existerait un monde où il y aurait collaboration.
«Il ne faut pas associer une cogestion de la forêt à inévitablement une réduction de la possibilité forestière – au contraire», a expliqué M. Blackburn dans une conversation téléphonique avec Noovo Info. «Et les Premières Nations, s’ils ont quelque chose de très concret dans leurs gènes ou dans leur ADN, c’est bien évidemment la forêt québécoise.»
M. Blackburn aimerait qu’on «évite d’associer à chaque fois qu’on en parle une réduction de la possibilité forestière lorsqu’on parle de cogestion, par exemple, ou une plus grande part de responsabilité envers les Premières Nations».
Le projet de loi 11, actuellement en étude détaillée en commission, contient des articles qui modifieraient la Loi sur les forêts du Québec.
Cela permettrait à ce projet pilote d’aller de l’avant. Le gouvernement promet des modifications d’ici le 15 avril.

