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Collision d’un avion d’Air Canada: quel est le rôle des exigences imposées aux contrôleurs aériens?

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A Port Authority firetruck lays on its side just off the runway at LaGuardia Airport, Monday, March 23, 2026, after colliding with an Air Canada jet shortly after it landed late Sunday night in New York. (AP Photo/Seth Wenig) Un camion de pompiers de l'Autorité portuaire gît sur le flanc juste à côté de la piste de l'aéroport LaGuardia, lundi 23 mars 2026, après être entré en collision avec un avion d'Air Canada peu après son atterrissage tard dans la nuit de dimanche à New York. LA PRESSE CANADIENNE (Seth Wenig)

Une collision mortelle entre un avion d’Air Canada et un camion de pompiers survenue dimanche soir à l’aéroport LaGuardia met en lumière les contraintes que le système de navigation, déjà surchargé, impose aux contrôleurs aériens, et montre comment même des protocoles stricts n’ont pas suffi à empêcher la tragédie.

L’enregistrement audio de la tour de contrôle a révélé qu’un contrôleur était en train de gérer une urgence antérieure lorsqu’il a autorisé le vol 8646 d’Air Canada Express à atterrir. Moins d’une minute plus tard, il a autorisé un camion de pompiers à traverser la piste en service.

Des images visionnées par La Presse Canadienne montrent l’avion Bombardier CRJ-900 filant à toute vitesse sur la piste de nuit alors que le camion lui barre la route, s’écartant trop tard pour éviter une collision qui a provoqué un nuage de fumée et projeté des débris.

«J’ai fait une erreur, dit le contrôleur. Nous étions en train de gérer une urgence auparavant.»

La collision s’est produite peu après 23 h 30 dimanche, alors que l’avion — exploité par Jazz Aviation, un transporteur opérant sous le nom d’Air Canada Express — atterrissait à New York après un vol en provenance de l’aéroport Trudeau de Montréal. L’accident a coûté la vie à 2 pilotes et envoyé 41 personnes à l’hôpital, y compris les pompiers.

Le «pire cauchemar» d’un contrôleur

Erin Applebaum, avocate spécialisée dans les accidents aériens et établie à New York, a qualifié l’incident de «tragédie qui aurait pu être évitée».

«C’est le pire cauchemar absolu d’un contrôleur», explique-t-elle.

«Il est important de souligner qu’une autre situation d’urgence était en cours au même moment. C’était simplement une conjoncture de facteurs.»

La tour de contrôle s’occupait d’un vol d’United Airlines qui a interrompu son décollage après que l’équipage a signalé une odeur étrange dans la cabine et a commencé à chercher une porte de secours.

Lors de l’approche finale, les pilotes sont en communication étroite avec la tour de contrôle, qui leur donne l’autorisation d’atterrir. La tour est également responsable de donner son feu vert à tout membre du personnel au sol souhaitant traverser la piste, y compris les premiers répondants.

Selon des experts, il n’est pas rare — en particulier tard dans la nuit, lorsque les décollages et les atterrissages sont moins nombreux — qu’un même contrôleur aérien gère à la fois les avions à l’arrivée et les déplacements du personnel au sol, comme cela semblait être le cas dimanche d’après les communications de la tour de LaGuardia. Mais ils soulignent également que cela soulève des questions quant à la nécessité de renforcer les effectifs et aux risques liés à la pénurie de personnel qui touche le secteur depuis des années.

«Cela va les mettre à l’avant-plan», indique Phyl Durdey, chef de la direction de Flightline Training Services, à Brampton, en Ontario.

«Il est soumis à une forte pression», explique M. Durdey à propos du contrôleur aérien.

Le secrétaire américain aux Transports, Sean Duffy, indique que l’aéroport LaGuardia a pour objectif d’employer 37 contrôleurs aériens. À l’heure actuelle, 33 contrôleurs sont en poste et 7 sont en formation.

«Comparé à nos autres aéroports, LaGuardia dispose d’un effectif très important», ajoute M. Duffy.

Plusieurs événements aux États-Unis

Les problèmes de personnel sont sous les feux des projecteurs depuis quelques années. Plusieurs experts ont évoqué une collision mortelle en vol survenue à Washington, D.C., en janvier de l’année dernière.

La collision entre un avion d’American Airlines transportant 64 personnes et un hélicoptère militaire Black Hawk transportant 3 soldats a tué toutes les personnes à bord des deux appareils, ce qui en fait la pire catastrophe aérienne aux États-Unis depuis près d’un quart de siècle.

«Tout comme lors de la collision de Washington, les enquêteurs vont se concentrer non seulement sur la cause directe de cette tragédie, mais aussi sur ses causes profondes. Dans quelle situation ce contrôleur s’est-il retrouvé en raison des pénuries de personnel et de la charge de travail accrue?», pointe Kevin Mahoney, avocat spécialisé dans l’aviation.

Les enquêteurs auront de nombreuses questions à examiner, allant des enregistrements du poste de pilotage et des données de vol jusqu’à l’horaire du contrôleur aérien.

«Depuis combien de temps cette personne était-elle en service… quelle était sa charge de travail, quelles étaient ses fonctions, qu’aurait-elle pu faire ?», s’interroge David McNair, ancien enquêteur en sécurité aérienne au Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST).

«Ils examineront également ce que les pilotes auraient pu faire — de mon point de vue de pilote, pas grand-chose.»

Une autre interrogation porte sur le fait de savoir si les aviateurs ou l’équipage du camion se sont rendu compte plus de quelques secondes à l’avance qu’ils se dirigeaient vers la piste au même moment.

«Le contrôleur parlait sur la même fréquence de tour que le camion de pompiers et l’avion » — les deux auraient donc dû pouvoir s’entendre — souligne Benoit Gauthier, un pilote à la retraite qui a volé pour Air Canada pendant 37 ans.

«LaGuardia est un aéroport très fréquenté. Parfois, cela peut devenir un peu chaotique.»

Un rapport attendu

Un rapport préliminaire du Conseil national de la sécurité des transports des États-Unis (NTSB) est attendu dans les prochains jours, suivi d’une enquête plus approfondie qui pourrait durer plus d’un an.

Un conseiller de Transports Canada et des enquêteurs du BST ont été dépêchés à New York pour apporter leur aide, selon le ministre canadien des Transports, Steven MacKinnon.

«Je tiens à rassurer tous les voyageurs: nous disposons de l’un des systèmes les plus modernes et les plus performants au monde, et nous devons continuer à travailler pour les maintenir», indique-t-il aux journalistes à Ottawa.

Aux États-Unis, plusieurs incidents évités de justesse se sont produits au cours des trois dernières années, ce qui a incité certains responsables et acteurs du secteur à tirer la sonnette d’alarme.

En 2023, l’Administration fédérale de l’aviation américaine (FAA) a réuni les dirigeants du secteur pour faire face à ce qu’elle considérait comme un système national sous pression. L’agence a annoncé des plans visant à intensifier le recrutement de contrôleurs aériens, à traiter les plaintes liées à la fatigue et à installer de nouvelles technologies pour alerter le personnel lorsque des avions risquaient d’entrer en collision.

Un déficit de main-d’œuvre aussi au Canada

Au nord de la frontière, Nav Canada, qui assure le contrôle aérien des aéroports du pays, a mis en garde en avril dernier contre des retards de vols à l’aéroport de Vancouver en raison de contraintes de ressources.

Combler le déficit de main-d’œuvre à l’échelle nationale constituera un défi. Le parcours pour devenir professionnel du contrôle aérien est l’un des plus longs de l’aviation, devancé uniquement par celui des pilotes et de quelques autres métiers spécialisés. Ce poste exige entre 10 et 27 mois de formation. Un congé parental ou un transfert vers un nouvel aéroport impliquent des mois de formation.

Chez Nav Canada, le taux de réussite des contrôleurs aériens s’élevait à environ 40 % l’année dernière, selon son directeur des ressources humaines.

Entreprise dans cette dépêche: (TSX:AC)

Avec des informations de Kelly Geraldine Malone à New York et de Nick Murray à Ottawa pour La Presse canadienne

Christopher Reynolds

Christopher Reynolds

Journaliste