OTTAWA — Le premier ministre canadien Mark Carney approuve le choix du président américain Donald Trump pour diriger la Réserve fédérale des États-Unis (Fed).
M. Trump a annoncé plus tôt vendredi qu’il nommerait l’ancien membre du conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale Kevin Warsh pour remplacer le président sortant Jerome Powell à l’expiration de son mandat au printemps.
M. Carney, lui-même ancien banquier central, écrit dans un message publié sur les réseaux sociaux que M. Warsh est «le meilleur choix pour diriger la banque centrale la plus importante au monde en ce moment charnière».
Le mandat de M. Carney en tant que gouverneur de la Banque du Canada a coïncidé avec celui de M. Warsh au conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale américaine, de 2006 à 2011.
«Je connais Kevin depuis longtemps et je suis convaincu qu’il restera dans les annales comme l’un des GRANDS présidents de la Fed, peut-être même le meilleur», affirme M. Trump vendredi sur les réseaux sociaux.
«En plus de tout cela, il est parfait pour ce poste et il ne vous décevra jamais.»
Cette nomination intervient alors que le président américain intensifie ses confrontations avec M. Powell et la Fed.
Au début du mois, M. Powell a dévoilé que le secrétaire américain de la Justice avait assigné la Fed à comparaître au sujet de son précédent témoignage devant le Congrès, ce qu’il a qualifié de «prétexte» pour pousser la banque centrale à baisser ses taux d’intérêt.
Le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, s’est joint aux banquiers centraux européens pour exprimer son soutien à M. Powell au début du mois.
S’adressant aux journalistes après la décision de la Banque du Canada sur le taux directeur, mercredi, M. Macklem a souligné que le maintien de l’indépendance de la banque centrale au sud de la frontière était également important pour la stabilité financière au Canada, compte tenu du rôle prépondérant que joue la Fed dans l’économie mondiale.
La Presse Canadienne a demandé à la Banque du Canada si la nomination de M. Warsh avait apaisé les inquiétudes de M. Macklem concernant la mise en péril de l’indépendance de la banque centrale aux États-Unis.
«Je félicite Kevin Warsh pour sa nomination à la présidence de la Réserve fédérale», indique-t-il dans une déclaration.
«J’ai travaillé avec Kevin lorsqu’il était gouverneur de la Réserve fédérale et je me réjouis de travailler à nouveau avec lui.»
Le rôle de la Fed sur l'échiquier mondial
Les mesures prises par la Fed ont des répercussions dans le monde entier en raison du rôle du dollar américain en tant que principale devise pour les transactions commerciales et les réserves des banques centrales. Les modifications des taux d’intérêt de la Fed peuvent influer sur le taux de change du dollar par rapport aux autres devises et sur la valeur des actifs américains des investisseurs étrangers.
Cette nomination, qui doit être confirmée par le Sénat, marque le retour de M. Warsh, 55 ans, qui était le plus jeune gouverneur de l’histoire de la Fed lorsqu’il a été nommé à l’âge de 35 ans. Il est actuellement membre de la Hoover Institution, un groupe de réflexion de droite, et chargé de cours à la Stanford Graduate School of Business.
À certains égards, M. Warsh est un choix improbable pour le président républicain, car il est depuis longtemps un «faucon» dans le jargon de la Fed, c’est-à-dire quelqu’un qui soutient généralement des taux d’intérêt plus élevés pour contrôler l’inflation. M. Trump, en revanche, a affirmé que le taux directeur de la Fed devrait être aussi bas que 1 %, un niveau que peu d’économistes approuvent et qui est bien inférieur à celui d’environ 3,6 % actuellement.
M. Macklem a déclaré mercredi que l’histoire a montré qu’une banque centrale qui fonctionne sans influence politique est plus efficace pour assurer la stabilité des prix, des finances et de l’économie.
«Il ne s’agit pas d’indépendance pour l’indépendance», a-t-il dit.
«Elle donne aux banques centrales la latitude nécessaire pour prendre des décisions difficiles qui profitent à l’économie et aux citoyens de ce pays à moyen terme.»
Pendant son mandat de gouverneur, M. Warsh s’est opposé à certaines des politiques de taux d’intérêt bas menées par la Fed pendant et après la grande récession de 2008-2009. Il a également souvent exprimé à l’époque sa crainte que l’inflation ne s’accélère bientôt, même si elle est restée à des niveaux très bas pendant de nombreuses années après la fin de la récession.
Plus récemment, cependant, dans des discours et des tribunes libres, M. Warsh s’est dit favorable à une baisse des taux.
— Avec des informations de Ian Bickis à Toronto et l’Associated Press.
Craig Lord, La Presse Canadienne

