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Mourir pour son pays: le prix de la paix au Canada

Alors que le Canada entreprend un vaste réarmement et cherche à gonfler les rangs de ses forces armées, la série documentaire «Entre les lignes», diffusée sur Crave, plonge au cœur de cette transformation. Des jeunes recrues prêtes à risquer leur vie aux marchands d’armes attirés par des milliards en nouveaux investissements, on pose une question fondamentale: jusqu’où faut-il aller pour préserver la paix?

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«Entre les lignes» | Mourir pour son pays: le prix de la paix au Canada (bande-annonce) Alors que le Canada entreprend un vaste réarmement et cherche à gonfler les rangs de ses forces armées, la série documentaire d'Étienne Fortin-Gauthier et Alexandre Volpato «Entre les lignes», diffusée sur Crave, plonge au cœur de cette transformation. Des jeunes recrues prêtes à risquer leur vie aux marchands d’armes attirés par des milliards en nouveaux investissements, on pose une question fondamentale: jusqu’où faut-il aller pour préserver la paix? Bande-annonce.

Le premier ministre Carney a été clair : le Canada doit se réarmer et rebâtir ses forces armées. Le 10e épisode d’Entre les lignes propose une incursion inédite dans ce nouveau monde, alors que des milliers de jeunes acceptent de s’engager pour défendre leur pays, quitte à faire le sacrifice ultime.

Voyez le premier épisode sur Crave aujourd’hui.

Étienne Fortin-Gauthier et Alexandre Volpato, journaliste et vidéaste pour Noovo Info, sont allés à la rencontre de certains de ces militaires dans une base de Farnham, en Estrie.

Sous le bruit des bottes et des coups de feu d’entraînement, nos journalistes obtiennent un aperçu de l’effet qu’a l’arrivée des milliers de recrues dans les Forces armées canadiennes (FAC) chaque année.

Entre les lignes Des militaires sont alignés dans un entraînement sur une base militaire des Forces armées canadiennes à Farnham, sur cette image tirée de la série documentaire «Entre les lignes». (Alexandre Volpato/Crave)

Ces recrues sont des candidats dès leurs 18 ans, mais «le candidat le plus vieux qu’on a présentement à 48 ans», nous dit le bombardier-chef (bdrc) Samuel d’Amours, instructeur à l’École de leadership et de recrues des FAC (ELRFC).

D’ici 2032, les FAC veulent atteindre les 70 000 soldats et 40 000 réservistes, soit presque le double des effectifs actuels. Ces recrues, hommes et femmes, qui sont-elles? Et surtout, savent-elles dans quoi elles s’embarquent?

«Entre les lignes»: le prix de la paix au Canada (1er extrait) Le premier ministre Carney a été clair : le Canada doit se réarmer et rebâtir ses forces armées. Le premier épisode de la deuxième saison d’Entre les lignes propose une incursion inédite dans ce nouveau monde, alors que des milliers de jeunes acceptent de s’engager pour défendre leur pays, quitte à faire le sacrifice ultime. Extrait du premier épisode de la saison 2 de la série documentaire d'Étienne Fortin-Gauthier et Alexandre Volpato «Entre les lignes», diffusée sur Crave.

«Faut que tu les réveilles, les jeunes, OK?», nous explique Tommy Mailloux, maître de deuxième classe (m2) à l’ELRFC. «Parce que sinon, ils ne comprennent pas que c’est vrai. On a des candidats, des fois, qui rejoignent l’artillerie, mais qui ne comprennent pas qu’on va leur montrer à dropper des bombes sur les ennemis des Canadiens.»

Entre les lignes Le m2 Tommy Mailloux (à gauche), des Forces armées canadiennes, discute avec le journaliste de Noovo Info Étienne Fortin-Gauthier sur cette image tirée de la série documentaire Entre les lignes. (Alexandre Volpato/Crave)

Le m2 Mailloux tient à dire que les recrues, «on ne va pas juste les envoyer pour mourir non plus, on va les envoyer pour qu’ils gagnent», mais on ressent le danger qui pourrait guetter les recrues dans les paroles du bdrc d’Amours. «On ne peut pas [transformer] des civils en militaires en donnant des câlins pis des bisous», dit-il.

«La diplomatie avant d’utiliser l’outil de la force»

Dans une entrevue accordée à nos journalistes au Collège militaire royal du Canada à Kingston, en Ontario, la cheffe d’état-major de la Défense nationale a admis que de s’engager dans l’armée vient avec des risques. «On ne peut pas prédire l’avenir avec certitude», a dit Jennie Carignan, mais est paradoxalement d’une chose: que «le travail qu’on fait est risqué».

«Mais il faut miser sur la diplomatie avant d’utiliser l’outil de la force», a toutefois déclaré la cheffe Carignan.

«Ce qu’on a appris c’est que lorsqu’on pense qu’on est en paix et qu’on réduit nos appareils militaires, ça crée des vulnérabilités que d’autres peuvent exploiter.»

—  La cheffe d’état-major de la Défense du Canada, Jennie Carignan

Hausse marquée des recrues | Au cours de l’exercice financier 2025‑2026, les FAC ont recruté 7310 nouveaux membres, dépassant ainsi leur objectif de 6957 nouvelles recrues et enregistrant le plus grand nombre d’enrôlements depuis 30 ans.

La paix ou l’appât du gain?

La générale originaire de Val-des-Sources, en Estrie, soutient donc la stratégie industrielle nationale en matière de défense, lancée à l’hiver 2026 par le premier ministre Mark Carney. Un investissement de 500 milliards de dollars (G$).

Sur le terrain, nos journalistes constatent que l’investissement de 2% du Produit intérieur brut (PIB) dans la défense nationale attire les vendeurs d’armes, tandis que certains militants pour la paix croient qu’on prend la mauvaise direction.

Utiliser l’armement comme moteur économique doit créer 125 000 emplois, d’après le gouvernement Carney. La manne pour les vendeurs d’armes? Certains d’entre eux, rencontrés à Ottawa par l’équipe d’Entre les lignes au Salon canadien de la défense et sécurité (CANSEC) en juin 2026, l’argument est plutôt que pour avoir la paix, il faut préparer la guerre.

«Entre les lignes»: le prix de la paix au Canada (2e extrait) Utiliser l’armement comme moteur économique doit créer 125 000 emplois, d’après le gouvernement Carney. La manne pour les vendeurs d’armes? Certains d’entre eux, rencontrés à Ottawa par l’équipe d’Entre les lignes au Salon canadien de la défense et sécurité (CANSEC) en juin 2026, l’argument est plutôt que pour avoir la paix, il faut préparer la guerre. Extrait du premier épisode de la saison 2 de la série documentaire d'Étienne Fortin-Gauthier et Alexandre Volpato «Entre les lignes», diffusée sur Crave.

Au CANSEC, cette préparation à la guerre s’illustre par l’exposition de missiles, de munitions, de drones, de mitraillettes, d’armes de précision, de véhicules blindés, de chars d’assaut et d’hélicoptères – sans s’y limiter.

Antoine Charbonneau, représentant de Cadex nous fait un pitch de vente sur l’arme de précision exhibée devant lui, à son kiosque. «Tu vas pouvoir faire des tirs jusqu’à 1000 verges», dit-il, mais il pointe un autre sniper: «en 338, tu vas pouvoir tirer [jusqu’à] deux kilomètres si tu veux.»

M. Charbonneau explique à notre journaliste Étienne Fortin-Gauthier qu’il peut acheter lui-même une de ces armes à longue portée au potentiel meurtrier. «Tu peux t’en servir chez vous», mais le vendeur prend soin de préciser qu’un éventuel acheteur doit avoir les permis nécessaires pour se procurer une telle arme. «Il y a beaucoup de réglementation à vérifier avant que la personne ait l’arme à feu.»

Entre les lignes Le journaliste Étienne Fortin-Gauthier (à droite) s'entretient avec un vendeur d'armes à feu au CANSEC 2026, à Ottawa en juin. (Alexandre Volpato/Crave)

Cette scène – pas plus que les déclarations de la générale Carignan – n’a pas de quoi réjouir ceux qui prennent position contre les conflits armés.

C’est le cas de la Dre Nimâ Machouf, personnalité publique associée au Nouveau Parti démocrate (NPD). L’épidémiologiste et politicienne ne cache pas sa colère quant à l’investissement massif de deniers publics dans la défense nationale. Selon elle, le premier ministre Canada «n’a pas eu le mandat de tripler notre budget de la défense».

«Je trouve que c’est très inquiétant», nous a avoué la Dre Machouf en entrevue à son domicile, à Montréal. «Est-ce qu’on veut un pays qui se définit et se développe autour de la guerre, de la mort, de la violence? Est-ce que c’est ça qu’on veut pour nos enfants, pour nous? Non, ce n’est pas ça qu’on veut.»

«Le Canada n’a jamais été un pays de guerre. […] Carney a accepté de participer à cette folie guerrière.»

—  La Dre Nimâ Machouf
Entre les lignes La cheffe d'état-major de la défense du Canada, Jennie Carignan, écoute le journaliste de Noovo Info Étienne Fortin-Gauthier dans une rencontre à Kingston, en Ontario, sur cette image tirée du documentaire «Entre les lignes» diffusé en 2026. (Alexandre Volpato/Crave)

Pour la Dre Machouf, «si on veut la paix, on investit dans la paix». «Il faut convaincre le monde entier que la guerre est mauvaise, convaincre le monde entier que l’intégrité territoriale est sacrée», croit-elle. «On n’envahit pas les autres pays.

Les obstacles au recrutement

N’en déplaise à la Dre Machouf et aux autres pourfendeurs de la stratégie militaire du Canada, la reconstruction des Forces armées canadiennes est en cours – non sans obstacles toutefois, du moins en matière de recrutement.

«Entre les lignes»: le prix de la paix au Canada (3e extrait) Dans une entrevue accordée à nos journalistes au Collège militaire royal du Canada à Kingston, en Ontario, la cheffe d’état-major de la Défense nationale a admis que de s’engager dans l’armée vient avec des risques. «On ne peut pas prédire l'avenir avec certitude», a dit Jennie Carignan, mais est paradoxalement d’une chose: que «le travail qu'on fait est risqué». Extrait du premier épisode de la saison 2 de la série documentaire d'Étienne Fortin-Gauthier et Alexandre Volpato «Entre les lignes», diffusée sur Crave.

Les FAC canadiennes ont assoupli leurs critères d’embauche en 2026. Les jeunes qui souffrent d’un trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH), d’anxiété ou d’asthme ou d’allergies peuvent maintenant être acceptés.

Or, voilà qui décourage certains formateurs à qui Entre les lignes en a parlé. Ils considèrent qu’on accepte maintenant des recrues qui n’affichent pas les conditions physiques ou psychologiques pour faire partie de l’armée, ce qui viendrait aussi avec plus d’échecs et d’abandons.

Cette année, les forces canadiennes ont décidé de resserrer les règles: il faudra être résident permanent depuis au moins trois ans pour s’engager.

Pendant ce temps, les conflits armés foisonnent et sont en hausse marquée, selon des responsables du Forum économique mondial (FEM).

Quel est, et quel sera le rôle du Canada à jouer dans cette escalade des tensions? Depuis près d’un an maintenant, Mark Carney prône l’idée de rassembler les pays du monde entier pour poursuivre ce qu’il appelle «des intérêts communs, et parfois des valeurs communes, plutôt que des institutions communes».

Le premier ministre devait d’ailleurs se rendre à New York cette semaine dans le cadre de l’Assemblée générale des Nations unies (ONU), dans un effort de plaidoyer en faveur du multilatéralisme et de lutte contre les crises mondiales.

Avec de l’information de CTV News et de La Presse canadienne.