Au moment d’écrire ces lignes, la nouvelle est toute chaude: le gouvernement canadien vient de se retirer des dernières séances de négociations avec Washington, pour cause de mauvaise foi patente.
Alors que l’on croyait l’entente quasiment signée, le trumpisme aura, une fois de plus, fait des siennes: de manière impromptue, fallacieuse et absurde, des conditions supplémentaires l’étant tout autant.
S’autoaccorder un droit de veto sur de futures ententes commerciales du Canada à l’international, vraiment? Obliger le retrait ou l’édulcoration des exigences visant à protéger le fait français, seriously? Bref, Donald is gonna Trump.
Dans une envolée devenue classique, Pat Burns, alors entraîneur du Canadien, exaspéré des comportements hors glace de plusieurs de ses ouailles, beugla le sophistiqué «Corson, qui mange d’la marde.»
On aura été, soyons honnêtes, des tonnes à penser de façon aussi éloquente, samedi, lors de l’annonce de l’échec des négos.
Reste maintenant, connaissant le moineau, à se poser collectivement quelques questions en cascade, dont les réponses se doivent d’être réfléchies en symbiose. Suivez-moi.
D’abord, quelle aurait été la valeur effective d’une telle entente ? Qui ici, lève le doigt et affirme faire confiance en la probité de Washington et son irascible président-bandit? Dormir tranquille une fois le tout signé dans le bureau doré?
Ensuite, et en surf de la première, quelles sont les intentions réelles des MAGA — au-delà du fiasco des présentes négociations — à moyen et long terme? Dit autrement, une fois Donald enfin déguerpi (direction prison, si la justice américaine a un brin d’honneur), quid la suite des choses, commercialement parlant, entre les É.-U. et nous?
Pour certains, le but voulu est sans conteste : affaiblir, voire pulvériser, toute souveraineté économique de leurs alliés traditionnels, en débutant bien entendu par les limitrophes, soit le Mexique et le Canada. Si une telle hypothèse, à laquelle les preuves semblent actuellement souscrire, est avérée, l’accalmie souhaitée avec des propos tels que «Trump ne sera pas là pour toujours» ou «On retrouvera bientôt les États-Unis que l’on connaît» relève davantage du fantasme que de l’expectative.
Enfin, et comme résultante des précédentes, celle heurtant schèmes et réflexes traditionnels : pourquoi persister à jouer la prostituée de luxe, le laquais de service, le béni-oui-oui des néo-Kadhafi?
Oui, bien entendu, il nous est impossible de faire fi complètement de l’emprise américaine et de son marché, titanesque. Mais qu’est-ce qui empêche de réfléchir autrement sur nos rapports avec ce dernier ? De revaloriser, voir favoriser, nos propres produits dès lors que faire se peut ? Se délester, autrement dit, de cette camisole de force mentale réprimant l’iconoclaste, l’ingéniosité et parfois les valeurs québécoises ?
Pourquoi, par exemple, ne pas obliger la SAQ, levier fantastique, à mettre en valeur un pourcentage appréciable de nos produits d’ici, bières incluses?
Idem avec les supermarchés et les magasins de grande surface, avec le fruit de nos récoltes agricoles, dont la résultante se veut hautement supérieure, en saison, que n’importe quelle compétition américaine?
Pourquoi ne pas imiter la Norvège, et constituer un fonds souverain en investissant les recettes de l’exploitation des hydrocarbures, et en réinvestissant une portion de celles-ci dans diverses infrastructures vertes, accélérant dès lors la transition énergétique?
Doté maintenant de 200 milliards, et grâce à cette initiative hors des sentiers battus, chaque citoyen norvégien est, sur papier, théoriquement millionnaire. La question autrement : qui engraisser, au choix, entre les actionnaires des pétrolières et une nation entière?
Pourquoi ne pas hausser, de manière significative, les tarifs de l’hydro-électricité vendue à l’étranger, É.-U. compris ? D’y aller de même pour notre eau, bientôt prisée et qualifiée «d’or bleu»?
Rebelote pour nos minéraux, autant variés que nombreux?
Pour citer ironiquement un (autre) grand sage:
Think Big, s’tie!
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