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Pourquoi même le père des FNB indiciels n’y croyait pas à 100%

John C. Bogle n’a jamais cru à l’indexation comme dogme absolu.

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Chronique Fabien Major | Pourquoi même le père des FNB indiciels n’y croyait pas à 100% Chronique Fabien Major | Pourquoi même le père des FNB indiciels n’y croyait pas à 100% (Montage Noovo Info et image tirée de La Presse canadienne)

On aime les histoires simples. En finance plus qu’ailleurs.

John C. Bogle, fondateur de Vanguard, créateur des fonds indiciels et icône absolue de l’investissement passif, aurait tranché une fois pour toutes le débat: les FNB, c’est la vérité ; le reste, c’est du bruit.

Mais… ce n’est pas ce qu’il pensait réellement. John C. Bogle n’a jamais cru à l’indexation comme dogme absolu. Il y croyait comme solution statistique, pas comme religion financière. Et surtout — détail que plusieurs préfèrent oublier, il n’était pas investi à 100 % dans les indices lui-même.

L’indexation: une réponse au comportement humain, pas à la perfection des marchés

Bogle partait d’un constat brutal, mais juste : collectivement, les investisseurs actifs ne peuvent pas battre le marché, puisqu’ils sont le marché… et qu’ils y ajoutent des frais, des erreurs et des émotions.

La majorité des investisseurs qui fait de la sélection de titres individuels, surévalue son talent, sous-estime les coûts et la fiscalité, entre trop tard, sort trop tôt, et confond chance et compétence.

Dans ce contexte, l’indexation à faible coût est une arme de protection massive.Elle ne promet pas l’alpha. Elle promet d’éviter l’autosabotage. Mais Bogle était trop intelligent pour confondre :

  • ce qui fonctionne pour la majoritéavec
  • ce qui est pertinent en toutes circonstances.

Ce que Bogle disait vraiment (et qu’on cite rarement)

Bogle répétait inlassablement que : l’indexation est optimale en moyenne, mais que les marchés ont besoin de gestion active pour fonctionner. Pourquoi ? Parce que l’investissement passif ne découvre pas les prix. Il les accepte.

Sans gestion active, il n’y a pas : d’analyse fondamentale, de discipline imposée aux dirigeants, d’arbitrage des excès, de correction rapide des bulles.

Autrement dit, l’indexation repose sur un paradoxe :elle fonctionne précisément parce que d’autres font le travail difficile.

Et Bogle allait plus loin. Il mettait en garde contre une indexation devenue trop dominante :

  • concentration excessive du pouvoir de vote,
  • gouvernance affaiblie,
  • marchés plus fragiles qu’ils n’en ont l’air.

Ce n’était pas une attaque contre les FNB indiciels. C’était un avertissement contre la pensée unique.

Le fait qui dérange: Bogle investissait SON argent hors des indices

Oui, le père des FNB détenait : des fonds activement gérés, une exposition hors indices et une allocation confiée à son fils, gestionnaire actif.

Pas par hypocrisie. Par cohérence intellectuelle. Bogle faisait une distinction claire entre : le conseil public (ce qui maximise les chances du plus grand nombre), et la gestion privée (qui peut se permettre plus de nuance).

Il savait que certains gestionnaires compétents existent, l’alpha (rendement supplémentaire à l’indice) est rare, mais réel, et que la diversification des styles réduit les risques systémiques. Ce n’est pas un reniement. C’est une hiérarchie des probabilités.

Le point clé que beaucoup refusent de voir ; plus l’indexation progresse,plus la gestion active devient potentiellement rentable… parce qu’elle devient plus rare.

C’est exactement ce qu’on observe aujourd’hui. On voit une plus grande dispersion des rendements (comme l’écart entre riches et pauvres, d’ailleurs), une concentration extrême des indices, plus d’opportunités d’alpha dans les niches, les styles délaissés, les marchés moins suivis.

Quand tout le monde achète mécaniquement les mêmes titres, le prix cesse de refléter finement la valeur.

Et c’est là que la gestion active, la vraie, disciplinée, patiente, retrouve un terrain fertile.

Selon Morningstar, en 2025 :

  • plus de 8 300 fonds communs sur 20 800 ont fait mieux que le S&P 500 ;
  • plus de 1 100 fonds ont dépassé le rendement spectaculaire de 28,2 % du S&P/TSX.

Soyons clairs. Cela ne signifie pas que la gestion active est facile. Cela ne signifie pas que tout le monde peut battre l’indice.

Mais cela démontre une chose essentielle : l’alpha existe encore, surtout dans un monde où le capital se concentre passivement.

Et Bogle le savait très bien.

Avant l’heure: le modèle core–satellite

Sans jamais utiliser le jargon moderne, Bogle appliquait déjà ce que plusieurs conseillers sérieux font aujourd’hui :

  • un cœur de portefeuille dans l’indiciel robuste, peu coûteux, discipliné ;
  • des positions satellites en gestion active choisies avec parcimonie, humilité et rigueur.

Ce modèle reconnaît deux vérités simultanées :

  1. L’indexation est un socle exceptionnel.
  2. La gestion active peut ajouter de la valeur… mais seulement dans de bonnes conditions.

Ce n’est pas un compromis mou. C’est une structure solide et reconnue.

Ce que Bogle nous rappellerait aujourd’hui

Probablement ceci :

  • Méfiez-vous des certitudes.
  • Méfiez-vous des slogans.
  • Méfiez-vous des stratégies devenues trop populaires pour être contestées.

Même celles que j’ai créées. Car en finance, ce ne sont pas les idées simples qui sont dangereuses — ce sont celles qu’on croit vraies sans nuance.

Enfin, à ceux qui citent Warren Buffett en toutes circonstances pour justifier l’utilisation de la gestion passive universelle. Rappelez-vous des détails importants, Buffett a fait sa fortune PARCE qu’il n’investissait pas dans les indices, mais dans sa société Berkshire Hathaway.

Berkshire Hathaway est une gestion active concentrée, avec sélection de titres, arbitrage du capital et décisions discrétionnaires majeures. S’il croyait à la gestion passive universelle, Berkshire n’existerait pas. Buffett serait sans doute multimillionnaire, mais probablement pas milliardaire.

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Fabien Major

Fabien Major

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Planificateur et chroniqueur financier