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Ministre de l’Imagination

À la veille prochaine d’un nouveau conseil des ministres...

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Chronique Me Frédéric Bérard | «Ministre de l’Imagination» (Montage Noovo Info et image tirée de La Presse canadienne) Chronique Me Frédéric Bérard | «Ministre de l’Imagination» (Montage Noovo Info et image tirée de La Presse canadienne) (La Presse canadienne)

Au paroxysme de sa célébrité, dans les années 70, Robert Charlebois se voit draguer à répétition, politiquement parlant, par son chum Pierre Trudeau. Après de multiples refus essuyés, ce dernier croit enfin, un bon jour, l’épiphanie arrivée:

— Pierre, j’ai bien réfléchi, c’est bon, j’accepte ta proposition. Je serai candidat pour toi.

— Es-tu sérieux ?

— Oui, mais à une condition : tu me laisses créer mon ministère.

— Hum… c’est-à-dire ?

— Je veux être ton ministre de… l’Imagination !

— ….

***

Voilà l’anecdote m’étant venue à l’esprit alors que je me trouvais, à l’invitation d’une prof, dans sa classe de sixième année afin de discuter avec ses élèves. Le thème de la conférence ? Démocratie et élections québécoises. À ma suggestion, la meute de préados s’empare du micro, et déballe en rafale une pléiade de politiques à privilégier. Étonné par l’humanisme de celles-ci, soufflé par leur caractère iconoclaste. Nécessaire imagination, dixit Charlebois.

Parce qu’à charge de redite pour le lectorat de cette chronique, s’il y a un truc plus désolant que l’actuel état du monde, c’est bien la manifeste volonté politicienne de répliquer, à répétition, les vieilles recettes sclérosées et sclérosantes, d’administrer nos sociétés à la manière d’un dépanneur Couche-tard : des colonnes de chiffres (balançant ou non), aucune envergure, vision, ou projet collectif — à l’exclusion bien sûr d’un majestueux tube de plastique de 12 milliards de bidous surnommé Troisième Lien, appelé à crisser 50 000 chars de plus sur la route de la Nation.

«On va collaborer avec tout le monde»: PSPP s'adresse à ses nouveaux élus Le chef du Parti québécois et premier ministre élu du Québec, Paul St-Pierre Plamondon, s'est adressé à son caucus à l'occasion d'un rassemblement à Drummondville.

Au point où, à la veille prochaine d’un nouveau conseil des ministres, d’aucuns seraient (enfin) tentés d’oser pour vrai — comme dirait l’autre — côté propositions et lettre-mandat aux ministres nommés.

Les miennes:

Ministère de l’Énergie citoyenne: étatisation de l’ensemble des opérations des sources applicables, à la manière d’Hydro-Québec. On y ajoute ainsi l’éolienne, le solaire, la géothermie et même les gaz de schistes, tout en créant un fonds d’investissement collectif, tel en Norvège, appartenant au Trésor public québécois, et dont une partie importante des bénéfices est redirigée ipso facto vers la transition énergétique.

Ministère des Doyens: un hommage à nos aînés, accompagné d’un portefeuille bien garni. On y accélère les programmes intergénérationnels, où les étudiants habitent chez des personnes âgées en échange de bénévolat ; on crée un réseau d’hébergement public standard (donc même pour ceux n’étant pas en perte d’autonomie) ; on lance une opération nationale de parrainage, où leur expérience serait mise à profit au sein d’entreprises, d’organismes communautaires, institutions scolaires, etc.

Ministère de l’Alimentation publique: on va de l’avant avec la proposition de QS, soit des centres publics, dispersés dans les principales régions québécoises, chargés de concurrencer l’oligopole actuel.

Ministère de la Probité financière: on met passe au peigne fin l’ensemble des investissements publics québécois, notamment ceux de la Caisse de dépôt et du REM, rendant criminellement interdite toute participation à même des entreprises collaborant à un génocide, par exemple, ou encore en soutenant les opérations fascistes des ICE de ce monde.

Ministère de la Solidarité internationale: bien que de juridiction fédérale à la base, Québec peut imiter Ottawa du fait de son pouvoir de dépenser. On y lance donc un vaste programme calqué sur Jeunesse Canada Monde, de feu Jacques Hébert, où l’on jumelle des groupes issus de la jeunesse québécoise et celle d’un pays-ami, six mois ici et six mois là-bas, dans le cadre d’activités communautaires. Une formule-bijou déjà éprouvée.

Ministère de l’Accessibilité: le temps d’arrêter de niaiser. Près de 50 ans après une Charte québécoise visant à combattre l’injustice, celle-ci demeure : une trop large portion des commerces demeure inaccessible, idem pour les services publics, notamment le métro, où plus de la moitié des stations (37 sur 68) demeurent à être adaptées.

Ministère du Télé-travail et du Logement: Le lien entre les deux ? Tout simple : on adopte une politique nationale du Télé-travail (la lutte aux GES, la conciliation travail-famille et la productivité disent merci), et on crée des logements abordables à même les immeubles publics rendus inutiles, et assure des prêts afférents à la conversion, en condos ou autres, d’établissements privés. On amende aussi la Charte québécoise afin d’y garantir, comme obligation positive de l’État, le droit au logement.

Ministère des Animaux: on fait enfin appliquer la Loi sur le bien-être animal, adoptée en 2015 à l’unanimité de l’Assemblée nationale, en congédiant l’ensemble des empotés du MAPAC, et en apportant le correctif suivant : les élevages industriels et autres seront maintenant assujettis aux plus hauts standards éthiques établis connus à l’international, par exemple l’obligation légale, pour toute ferme, de filmer l’intérieur des bâtiments et rendre le contenu disponible sur demande des enquêteurs.

Alors voilà, commençons par ceci.

Quelqu’un sait, d’ailleurs, si M. Charlebois est encore intéressé par le job?

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